Rencontre et identité : « Anonymes, oubliés, disparus, apparus »

Un regard sur notre devenir

17 janvier 2007

Depuis le 20 décembre, la Ville du Port accueille une exposition évolutive et itinérante dont les interrogations sur l’identité reposent sur le principe d’un mouvement et d’une construction interactive tous deux permanents.
Installée dans le hall D2, sur les quais, l’exposition interpelle les notions d’identité, d’histoire, de projet collectif. A voir absolument, sur rendez-vous.

Dans le grand hall d’un hangar aménagé, quelques ouvertures, donnant sur une darse, laissent entrer une lumière oblique. Constanza Aguirre, plasticienne et Jean-François Parent, architecte, déambulent entre les panneaux d’une exposition dans laquelle la peinture, la musique et la photographie jouent chacune leur partition. « Cela donne peut-être l’impression de quelque chose de spontanée, parce que ces toiles sont là pour les gens de la ville ; c’est d’eux qu’il s’agit ici. D’où l’importance que le lieu soit ouvert, accessible aux familles qui viennent voir les bateaux dans le port, par exemple. L’exposition est bien exactement dans le lieu qu’il faut : un hangar sur les quais ouverts sur l’océan », commente Constanza Aguirre. Seul bémol à ce dispositif : faute d’accompagnateurs et gardiens disponibles en permanence, l’exposition est visible sur rendez-vous, à prendre au service culturel de la mairie*.

Sur des toiles noires disposées de façon aléatoire, émergent les visages en noir et blanc de personnages anonymes, tous inconnus, mais tous peints à partir de visages réels surgis de photographies de presse ou de rencontres et travaillés de sorte qu’ils apparaissent en mouvement, en train d’apparaître sur la toile ou près de la quitter. Des hommes, des femmes et des enfants qui ne sont « ni d’ici, ni d’ailleurs et de tous les temps. C’est l’essence même du mouvement : il peut venir de loin, être né aujourd’hui et il se projette toujours dans un futur », poursuit Constanza Aguirre.
« Chaque tableau a une histoire, une histoire de vie, toujours anecdotique, ajoute Jean-François Parent avec son regard de scénographe bénévole -, mais le propos de l’exposition les sort de cette dimension quasi familiale pour dire ce qui nous est commun à tous dans la vie, invitant à abandonner nos petites préoccupations pour participer à un questionnement humain ».

Cette rencontre et ce questionnement ont bien eu lieu, dans la ville, au soir du 19 décembre et le lendemain. Les “Anonymes” présents dans les festivités disaient au public : « Nous sommes de toutes les luttes, de tous les temps ; les petites et les grandes ». Et la rencontre a parfois donné des réactions très fortes. Certaines sont inscrites dans le “livre d’or” de l’exposition, à l’entrée. Des mots reviennent assez souvent : « dérangeant », « étrange », « magnifique »... Le soir de l’inauguration, certains visiteurs ont été photographiés devant un “portrait anonyme” de leur choix, et le photographe amateur qui leur a proposé cette rencontre fortuite constatait, mi-amusé mi-surpris, que les visages ainsi rapprochés avaient parfois un air de ressemblance !

Il s’est aussi produit, à la faveur de ce travail, des rencontres qui n’avaient rien de fortuit. Avec les étudiants des Beaux Arts par exemple. Un projet animé par le photographe Karl Kugel a porté sur “l’anonymat et la photographie”, donnant un large panneau de portraits juxtaposés : photographies familiales, photographies d’archives, et autres... à partir desquelles les étudiants ont abordé les notions de mémoire, d’effacement, d’hérédité... Enfin, deux larges panneaux, deux auto-portraits en noir et blanc : Alexandra - une étudiante aux Beaux Arts dont on pourrait bien entendre parler à l’avenir si elle poursuit sur sa lancée -, donne la mesure d’une “révélation de soi par la peinture”, « un déclenchement rare -, appuie Constanza Aguirre - mais typiquement de l’ordre de ce qui se passe dans une telle exposition ».

P. David

* Service culturel municipal : 0262.42.87.41 ou 0262.42.87.42, demander Patricia de Bollivier.


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