Épisode 6 : Frantz Fanon, le clinicien de la rupture radicale
22 juillet, par« La Voix des Origines : Ces géants qui ont pensé l’Afrique unie »
Notre Histoire : Bilan des journées d’études sur le poète Auguste Lacaussade
11 juin 2004

Les 24 et 25 mai derniers, la Faculté des Lettres et Sciences Humaines et le CRESOI ont organisé deux journées d’études sur Auguste Lacaussade (1815 - 1897). Une vingtaine de chercheurs ont participé à ces travaux. Ceux-ci ont permis de mettre en lumière des aspects méconnus de ce grand poète réunionnais, fils d’une esclave affranchie. Ils ont également souligné l’originalité de son œuvre ainsi que la qualité de ses traductions d’auteurs grecs, polonais, italien et écossais.
Le bilan des récentes journées d’études sur le poète Auguste Lacaussade, organisées à l’initiative de l’historien réunionnais Prosper Ève, est très important. D’autant plus que depuis la thèse de Raphaël Barquisseau sur Lacaussade - soutenue en 1943 et publiée en 1952 -, aucun travail scientifique n’a été entrepris sur cet homme de lettres. Ceux qui lui ont consacré des conférences ou des expositions ont contribué à faire connaître sa vie et son œuvre. Mais ils se sont généralement contentés de répéter les informations fournies par cet auteur sans chercher à les vérifier ou à les approfondir. Cette manifestation a eu pour mérite de démontrer que bon nombre d’entre elles sont erronées.
Ainsi, les avancées sont significatives dans la connaissance sur l’environnement économique et social du poète, sur son milieu familial et notamment sur sa mère, Fanny. D’abord, elle n’a strictement aucun lien de parenté avec le poète Évariste de Parny. Ensuite, elle est née esclave et elle a passé son enfance dans l’esclavage. Elle a été affranchie en février 1789. Auguste Lacaussade est donc le fils d’une esclave affranchie. Il s’agit là d’une donnée que personne ne peut contester.
Il n’est donc pas arrière petit-fils ou petit-fils d’esclave, comme le prétend Barquisseau, il est fils d’esclave. Sa mère ayant été affranchie, elle devait mener un combat quotidien pour montrer aux maîtres blancs qu’elle était digne de la liberté qu’on lui avait octroyée et qu’elle ne troublait pas l’ordre colonial. Auguste Lacaussade appartient à ce groupe social de personnes dites “libres de couleur”. Et c’est pour cette raison que le directeur du collège royal a refusé de l’inscrire parmi ses élèves en 1825.
À partir de l’étude de ce monde des affranchis d’avant 1848, un concept nouveau a été présenté pour désigner le racisme que subissaient les individus noirs dans la société bourbonnaise, celui d’antinégrisme.
Comme tout affranchi ne doit pas être à la charge de la société, Fanny, la mère d’Auguste, agit pour ne jamais être dans cette situation. Elle est une vraie “self-made woman”, une femme qui s’est “faite elle-même”. De propriétaire terrienne, elle devient industrielle à Saint-André. Elle figure parmi les rares femmes à être sucrières dès la fin des années 1820.
C’est lorsque Pierre Augustin Lacaussade est malade, qu’il rejoint la maison de Fanny. Ils n’ont jamais habité sous le même toit. La maison qu’elle habite à l’angle des rues Royale et de la Compagnie est son bien propre. Fanny n’a pas été la “maîtresse intéressée” décrite par Raphaël Barquisseau.
Lorsqu’en 1825 le directeur du collège refuse d’inscrire son quatrième fils, Auguste, parmi ses élèves, elle comprend alors qu’elle n’a plus rien à prouver à la société bourbonnaise et que, quoi qu’elle fasse, elle sera toujours “Fanny la noire”, Fanny la “libre de couleur”.
Elle quitte cette même année le centre de la capitale et elle va vivre près des siens, près du camp des Noirs, avec son compagnon malade. C’est auprès d’elle, dans l’espace des Noirs, que quatre ans plus tard, meurt Pierre-Augustin Cazenave de Lacaussade, cet ex-négociant bordelais, devenu avoué puis avocat à Saint-Denis.
En tant que sucrière, elle influence la carrière de ses fils ; l’un l’aide à gérer son usine de Rivière du Mât. L’autre devient sucrier à Saint-Philippe. Pendant un demi-siècle, ils participent à l’aventure du sucre.
Comme Auguste Lacaussade n’a pas vu d’un bon œil l’extension de la culture de la canne, il peut être assimilé à un “anti-sucre” et comme le défenseur acharné des anciennes productions (café, cultures vivrières et céréalières).
Une mise en garde s’impose. Auguste Lacaussade est l’homme de deux mondes. Il est né au Sud, mais il vit au Nord. Il n’ignore pas les contradictions de ces deux espaces. Ce qui est essentiel pour lui, c’est l’être humain.
Or, que voit-il dans son pays natal ? À la base de la société, ceux qui mettent en valeur l’économie sont traités comme des animaux, ils sont esclaves.
Que voit-il en France, “pays des droits de l’Homme” ? Des ouvriers qui sont durement exploités et qui vivent misérablement. Ces deux éléments doivent être pris en compte pour analyser son positionnement en faveur du progrès humain. (voir les encadrés)
Le but de ces journées était de mieux connaître Auguste Lacaussade, fils d’une esclave de Bourbon devenu poète, de dépasser le temps des approximations et de marquer d’une pierre blanche ce temps de l’appropriation. Car au moment où l’Europe n’était encore qu’une entité géographique, Auguste Lacaussade croit au devenir de ce continent.
Dans cet esprit, il s’implique sur deux terrains : la culture et la défense des droits des peuples européens opprimés. En fait, il n’a de cesse d’agir pour faire honneur à sa terre natale. Enfant, il a subi la pire des humiliations lorsqu’il s’est trouvé un directeur de collège aux idées suffisamment rétrogrades pour ne pas l’accepter dans son établissement et le condamner à s’exiler pour pouvoir se former. Adulte, il a été obligé de fuir son île, parce qu’il ne pouvait mener son combat contre l’esclavage sous peine d’être arrêté, garrotté, emprisonné, jugé et expulsé. C’est de cet humaniste, de ce juste, de ce Réunionnais méritant qu’il a été question pendant ces journées.
Correspondant
Une image retouchée
La question de l’image d’Auguste Lacaussade fournie par ses biographes ne put être esquivée durant ces journées. Et cette image a subi quelques retouches. Lacaussade (comme Victor Hugo) a traversé presque tout le 19ème siècle. En tant que poète et critique littéraire, il a fréquenté les plus grands écrivains du 19ème et au moins trois salons littéraires.
De plus, comme il aimait la musique, il assistait à l’opéra. De même, il aimait recevoir les Réunionnais qui venaient lui rendre visite (ils ne devaient pas être nombreux à l’époque) et les jeunes journalistes ou écrivains en quête d’informations littéraires. Dès lors, il n’a pas toujours vécu replié sur lui-même. Dans les années 1850 et au début des années 1860, quand il dirige des revues littéraires, il est approché par tous ceux qui veulent être publiés.
Au soir de sa vie, après l’humiliation subie à l’âge de dix ans de la part du directeur du collège royal, il a quelques raisons d’être amer. Mais, globalement, l’image du misanthrope, de l’homme d’un autre temps, de l’éternel vieillard grincheux, ne semble pas avoir beaucoup de rapport avec la réalité. Elle a été fabriquée et utilisée pour le rendre antipathique et nuire à son prestige. Et quand Raphaël Barquisseau ou Hippolyte Foucque le rangent parmi les romantiques du second rayon, nul ne peut dire que leur intention était de servir sa cause, de redorer précisément son image.
Le désir d’être inhumé dans son île natale
Auguste Lacaussade reste un auteur méconnu, car même si ses “Salaziennes” et “Poèmes et paysages” ont été réédités récemment, quelques personnes continuent à véhiculer des idées fausses sur ce poète.
Ce romantique est si attaché à son île natale que dans deux de des poèmes, il exprime le désir d’être inhumé dans son île natale. C’est le cas du poème “La mer” (dans “Poèmes et paysages”), où l’on peut lire ceci :
"Je ne veux point dormir sur la terre étrangère,
Sur la terre du Nord je ne veux point mourir !
J’aurai froid sous un sol sans flamme et sans lumière,
Mes yeux veulent se clore où Dieu les fit s’ouvrir !
Au pied du Cap Bernard, frais paradis des tombes,
Il est un cimetière où, sous les filaos,
L’oiseau blanc des récifs, les mauves, les palombes
Mêlent leur voix plaintive aux plaintes de tes flots ;
C’est là, sous ce cap morne où vient gémir ton onde,
puisé-je un jour trouver un repos souhaité !
Puisé-je, ombre bercée à ta rumeur profonde,
T’entendre encor du fond de mon éternité !"
Par ailleurs, il termine le poème “Hoc erat in votis” par ces deux vers :
"Et, fermant de mes jours le cercle fortuné,
Le bonheur de mourir aux lieux où je suis né !"
Grâce à ces deux poèmes écrits dans les années 1841 lorsqu’il était en pleine possession de ses facultés, personne ne peut contester qu’il a voulu être inhumé à Bourbon.
les spécialistes du mensonge peuvent soutenir le contraire, en falsifiant l’histoire.
An plis ke sa
Le marron est un héros
Ces journées universitaires sur Auguste Lacaussade ont permis également d’évoquer son combat abolitionniste. Elles ont notamment permis de rappeler qu’il a été le premier à présenter le marron comme un héros, en comparant son combat à celui des peuples opprimés d’Europe, de cerner sa place dans l’Histoire littéraire.
Elles ont mis en lumière la richesse de son œuvre poétique, de découvrir sa poétique de l’eau et du feu, de la révolte et de l’exil. Elles ont aussi aidé à percevoir la dimension de l’espace réunionnais évoqué dans l’œuvre de ce poète militant et la relecture de cet espace, qui dévoile les frontières ou l’absence de frontières régissant cette œuvre.
Le traducteur
Ces journées ont été enfin l’occasion de se pencher sur les traductions d’Auguste Lacaussade. D’abord, du grec. Notamment un poème d’Anacréon, le fragment 36-395, initié dans le “Poème Anacréontique n°7”, traduit par Marguerite Yourcenar dans son recueil “La Couronne et la lyre” et réécrit par Lacaussade dans les poèmes n°XI et LVII des “Anacréontiques”, ensuite le poème anacréontique n°1 et l’anacréontique LXII.
Ensuite, ses traductions d’œuvres anglaises. Auguste Lacaussade a traduit une œuvre de James Mac Pherson, poète d’Écosse, publiée en 1760 sous le titre : “Fragments de poèmes anciens rassemblés dans les Hautes terres d’Écosse et traduits de la langue gaélique ou erse”. Ce choix traduit peut-être sa problématique identitaire.
Enfin, des traduction d’italien. En 1889, il traduit les “Chants” de Giacomo Leopardi, libre et consciente réécriture, dans un style où l’emphase dépasse celle du grand poète italien, où le poète réunionnais laisse sa propre inspiration se mêler à celle du poète récanatais.
« La Voix des Origines : Ces géants qui ont pensé l’Afrique unie »
Retrouver un niveau de financement proche de 80 millions d’euros
Empêtré dans des guerres sans fin, Trump va-t-il accueillir Xi Jinping ? Alon roparl in kou lo fran CFA In kozman pou la rout « Mové (…)
Ceux qui n’ont que la France comme horizon indépassable tournent en rond
Mézami na pwin lontan mwin la ékrir in n’afèr dann in biyé pou dir d’apré sak mi antann in pé partou épi sak mi lir ossi dann zoinal, bann zansien (…)
In kozman pou la rout
Archéologie : Un campement d’invaincus découvert
Création du Port Sec III
Relance du projet ferroviaire
Washington grand bénéficiaire d’une éventuelle dissolution de l’Union européenne
Na pwin lontan mi oi dann télé, in lanjin apré boulvèrs in kour lékol. Mi domann amwin pou kossa io fé sa, sirtou kan ou la bétone la kour-la na (…)
315 emplois supplémentaires en trois mois