Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
20 octobre 2007

Il y a au moins un point sur lequel l’ensemble des historiens et des personnes qui se sont penchées sur le cas de La Réunion au sortir de la guerre s’accordent : tous reconnaissent que la situation économique, sociale et sanitaire était catastrophique. « La Réunion était un territoire profondément sous-développé et sous-alimenté, dont la population, de plus en plus nombreuse, vivait dans l’inertie et la misère, sous la houlette plus ou moins paternaliste d’une bourgeoisie peu habituée à l’effort et accoutumée dès l’enfance à se faire servir », écrit Jean Defos du Rau (1).
Un état lamentable
Aux méfaits du système colonial s’ajoutaient donc l’attitude d’une bourgeoisie locale passive mais aussi les effets de la guerre (d’abord blocus de 39 à 42, puis difficultés de communication et rationnement) et les conséquences du passage sur l’île de cyclones (avril 44, janvier et avril 45) qui sont restés dans les mémoires.
Délégué de La Réunion à l’Assemblée consultative d’Alger constituée par le Général De Gaulle, Mickaël de Villèle fit l’analyse suivante de « l’état lamentable dans lequel le gouvernement de Vichy et sa bande de profiteurs ont abandonné le pays : le port, privé de sa drague, vit sous une menace de mort,
le commerce à l’agonie,
la misère indicible dans les campagnes, les paysans en haillons, à peine nourris, arrachant au sol de quoi faire vivre la population des villes,
l’industrie sucrière qui tremble d’avoir à payer la prospérité de demain,
la caisse de réserves vide, et le franc, système dévalué pour créer la vie chère,
en résumé, un pays menacé d’asphyxie ! » (2).
La meilleure solution
La misère était telle que toutes les structures sociales de l’île, de l’Église aux organisations syndicales en passant par les partis progressistes, les associations, la Ligue des Droits de l’Homme, étaient obligées d’inscrire l’organisation d’actions de charité dans leurs programmes.
Les conditions sanitaires étaient déplorables. Depuis 1934, une épidémie de paludisme sévissait.
« D’une façon générale, la population réunionnaise aspirait, comme en France, à un changement profond et rapide de la société » (2) . La transformation de la colonie en département apparaissait comme la meilleure solution. Elle aurait permis d’apporter à l’île les investissements dont elle a besoin, et à la population, la couverture sociale et médiale qu’elle réclame. Porteurs de ses aspirations populaires, Raymond Vergès et Léon de Lépervanche décidèrent de déposer auprès de l’Assemblée constituante la proposition visant à transformer La Réunion en un département. L’adoption de la loi du 19 mars 46 allait transformer radicalement La Réunion. Sans l’élection du 21 octobre 45 et son résultat, cela n’aurait pas été possible.
(1) “Île de La Réunion - Étude de géographie humaine” publié en 1960 par l’Institut de Géographie de la Faculté des Lettres de Bordeaux.
(2) Dans “Raymond Vergès 1882-1957”, Chantal Lauvernier
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