Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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KABARDOCK, nouvelle scène des musiques actuelles
10 décembre 2007

Kabardock était en fête vendredi dernier, pour la signature d’une convention triennale qui fait de ce lieu culturel portois, inauguré en 2004, une Scène des musiques actuelles.
Kabardock s’est fait un nom depuis trois ans, pour le plus grand bonheur des musiciens, danseurs, acteurs culturels divers œuvrant au spectacle vivant et noctambule de tous poils. La structure a bâti un bon bilan d’activité et présenté un projet 2007-2009 qui lui vaut aujourd’hui cette reconnaissance. Son image de marque s’est construite dans une action d’aide à la création et à la diffusion, de sensibilisation des publics et de formation, de développement et de rayonnement territorial. Cette action répond aux objectifs culturels de la ville du Port, de mise en valeur de l’identité réunionnaise et d’ouverture à d’autres mondes et cela faisait longtemps que les Portois appelaient de leurs vœux une telle structure. Jean-Yves Langenier, Maire du Port, a rappelé le chemin fait par la ville depuis plus de trente ans pour se doter d’une politique d’aménagement et d’éradication de la misère et de l’insalubrité et, depuis une quinzaine d’années, pour inscrire dans la ville des équipements culturels structurants, tels la médiathèque Benoîte Boulard, un théâtre, un cinéma et désormais une scène des musiques actuelles ouverte à toutes les formes de créations urbaines.
Elle a également reçu le soutien de la Région dont le Président, Paul Vergès, (voir encadré) était présent aux côtés de Jean-Yves Langenier, du représentant de l’Etat, Jean-Michel Porcher, sous-Préfet de Saint-Paul - qui a souligné l’importance de la musique dans la construction de l’identité réunionnaise -, et du Président de l’association Kabardock, Abdéali Goulamaly, pour qui cette structure peut et doit jouer un rôle dans l’émergence de nouveaux talents.
Quatre grands axes
Dans son choix de valoriser et affirmer l’identité réunionnaise, la politique culturelle de la Région privilégie la révélation et l’épanouissement des talents, la recherche d’équilibre et d’enrichissement mutuel entre les différents apports humains qui fondent la société réunionnaise, et appuie en conséquence les déclinaisons de ces choix dans le domaine du spectacle vivant.
La convention signée vendredi, en présence de nombreux officiels - notamment l’ambassadeur de France en Afrique du Sud, en visite au Port ce soir-là - et de nombreux acteurs de la diffusion culturelle - le PRMA, le Rézo... - confie la gestion du Kabardock à l’association AGEMA, animée par Stéphane Rochecouste. Les missions de l’AGEMA sont organisées selon quatre axes :
a) l’attention portée à une création artistique en perpétuelle évolution, avec la programmation d’une saison annuelle d’au moins 45 concerts par an. Le soutien à la création peut se faire aussi par le biais de résidence d’artistes, prioritairement réservées à des groupes.
b) La détection, la découverte de talents et le soutien aux artistes, amateurs ou professionnels. L’une des stratégies de Kabardock est d’assurer le décloisonnement des esthétiques artistiques, en s’ouvrant aussi bien aux musiciens, slameurs, danseurs, vidéastes ou plasticiens, ouverts à des formes expérimentales, en interaction avec d’autres expressions artistiques. Kabardock accueille actuellement en résidence la compagnie Danse en l’R, d’Eric Languet.
c) L’ancrage territorial et le rapport aux publics. Il sera mis en œuvre dans un partenariat étroit avec différentes institutions - Education nationale, Justice, Santé, et Jeunesse et Sports... Kabardock est la délégation régionale des Jeunesses musicales de France, « les premières de l’outre-mer », ajoute Stéphane Rochecouste, qui est fier de cette responsabilité envers différents publics de jeunes. Il a commencé par un premier jumelage, avec le lycée agricole de Saint-Paul, au Grand Pourpier.
d) La coopération régionale est le quatrième objectif fixé à Kabardock par la convention. Il va amener ses animateurs à s’ouvrir de plus en plus aux pays de la zone Océan Indien, pour la co-gestion de projets artistiques (création, production scénique ou phonographique), l’accueil d’artistes étrangers qui viendraient se produire avec des artistes de l’île. Une autre forme d’action dans ce domaine pourrait être de contribuer à un réseau de diffusion participant à la reconnaissance, à l’échelle internationale, d’artistes régionaux.
Ces ambitions font de Kabardock, le dernier né des grands équipements culturels portois (après la médiathèque, le centre de l’image, l’école des Beaux-arts et la Halle des Manifestations) un élément clé dans la construction collective d’une identité culturelle à la fois fortement ancré dans un territoire - et pas n’importe lequel dans l’île ! - et ouverte sur le monde.
P. David
Paul Vergès au Kabardock
Notre « richesse unique », valeur d’échange universelle
Paul Vergès, dans un rappel historique des conditions du peuplement de l’île, a insisté sur les facteurs culturels et les bouleversements intervenus depuis 1946 : la projection des Réunionnais vers les villes et les risques de rupture intergénérationnelle, la mobilité professionnelle, les nouveaux moyens de communication. Tout cela pose sur le plan culturel un défi actuel, qui est de se construire un destin commun pour l’avenir, en gardant le meilleur de nos traditions, en particulier la force de la tradition orale. « C’est le maintien de l’oralité qui a sauvé le Réunionnais », a-t-il dit en évoquant le rôle de la langue créole. Il a également évoqué ce qu’était la ville du Port par le passé, lui qui en a été le Maire de 1971 à 1989 : une zone de bidonvilles aujourd’hui presque entièrement résorbés - c’est toujours une très longue bataille. Au plan culturel, les Réunionnais ont pratiqué l’ouverture, depuis les débuts du peuplement et ce que Paul Vergès a appelé « le miracle de l’échange ». Contre la pensée unique, il a invité à mettre la « richesse unique » de La Réunion, au cœur des échanges par lesquels nous construisons ensemble et conservons notre héritage en même temps que les valeurs du monde entier. « Nous vivons l’universalité du monde au Kabardock », a ajouté le Président de la Région. Il a souligné le rôle de Kabardock pour le soutien à la création, l’enregistrement et donc la conservation de ces créations, qui appartiennent à l’oralité réunionnaises et peuvent en devenir des piliers. En même temps, l’ouverture du lieu à toutes les musiques permet de prolonger le mouvement d’échanges et d’assimilation des apports extérieurs et, si nous la vivons non comme une faiblesse mais comme une fierté, cette ouverture au grand large culturel construit « notre trésor d’aujourd’hui », a conclu Paul Vergès.
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