La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Une date malgache peu connue des Réunionnais
28 juin 2006

Madagascar devint indépendante le 26 juin 1960, mais la marche vers son émancipation débuta quatorze ans auparavant, lorsque deux jeunes députés du mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM) déposèrent à l’Assemblée nationale à Paris, en mars 1946, un projet de loi demandant l’indépendance de l’île, dans le cadre de l’Union française.
Vincent Auriol, alors Président de l’assemblée, refuse d’imprimer le texte signé par Joseph Raseta et Joseph Ravoahangy, car selon lui, ce serait cautionner "un acte d’accusation contre la France, et en somme, un appel à la révolte". Le projet de loi est débouté. La Réunion, quant à elle, devient département français. Le refus français provoquera une révolte nationaliste. Le 29 mars 1947, la population malgache se soulève. À Diego Suarez, Fianarantsoa et Tananarive, les insurgés sont tenus en échec. Ailleurs, ils remportent des succès avant d’être refoulés. Des plantations européennes isolées sont attaquées. Impitoyables, les autorités françaises au mois d’avril 1947 envoient un corps expéditionnaire de quelque 18.000 hommes, principalement des troupes coloniales. Plus tard, l’effectif sera porté à 30.000. L’armée mènera une répression sordide, ponctuée par des exécutions à tout va, des tortures insoutenables, des regroupements forcés, des incendies de village. Des suspects seront jetés d’avion, terrorisant les villageois malgaches. La lutte se poursuivra dans l’Est du pays, où deux zones de guérilla résistent dans la forêt pendant plus de 20 mois. Rares seront les journaux qui relaieront les nouvelles de ce soulèvement. Encore minimaliseront-ils l’importance de la répression !
D’une répression acharnée et inégale
Selon l’État-Major français, la “pacification” fera 89.000 victimes malgaches, contre 1900 pertes dans les forces coloniales. Il enregistre aussi la mort de 550 européens, dont 350 militaires. Le gouvernement de Paul Ramadier pointait ouvertement le doigt sur les parlementaires malgaches du MDRM, accusés d’être à l’origine du soulèvement de 1947. Les trois jeunes parlementaires, informés du projet d’insurrection, avaient pourtant mené une campagne d’appel au calme. Leur télégramme était pour le gouvernement français un message codé appelant à la violence. Les trois députés perdront leur immunité parlementaire, seront arrêtés et torturés. Jugés coupables par la Justice française qui privilégie la piste du complot du MDRM, deux d’entre eux seront condamnés à mort, avant d’être finalement graciés. En date du 10 juillet 1947, le Président de la République, Vincent Auriol, écrivait : "Il y a eu évidemment des sévices et on a pris des sanctions. Il y a eu également des excès dans la répression. On a fusillé un peu à tort et à travers". Albert Camus et Paul Ricoeur manifestèrent leur mépris des méthodes françaises. Aujourd’hui, le centre culturel français à Tananarive, en pleine rue de l’indépendance, porte le nom d’Albert Camus. Il écrivait dans un article de “Combat” daté du 10 mai 1947, "si, aujourd’hui, des Français apprennent sans révolte les méthodes que d’autres Français utilisent parfois envers des Algériens ou des Malgaches, c’est qu’ils vivent, de manière inconsciente, sur la certitude que nous sommes supérieurs en quelque manière à ces peuples et que le choix des moyens propres à illustrer cette supériorité importe peu." Et Paul Ricoeur de déclarer dans un texte intitulé "La question coloniale" : "L’appétit forcené et souvent prématuré de liberté qui anime les mouvements séparatistes est la même passion qui est à l’origine de notre histoire de 1789 et de Valmy, de 1848 et de juin 1940". Malheureusement, peu de Français firent le choix de défendre les intérêts malgaches, tandis que le nombre de victimes indigènes continuaient à s’accroître.
Incohérence des chiffres !
Les chiffres cités à l’époque devant l’Assemblée nationale parlaient de 80.000 morts, une estimation qui sera reprise par les spécialistes comme Jacques Tronchon. Encore récemment, l’écrivain Claude Simon évoquait "Madagascar, dont on a longtemps caché qu’on y a tué, en 1947, 100.000 indigènes en trois jours". Selon un maître de conférence à Paris I Sorbonne, Jean Fremigacci, le nombre de personnes tuées lors de l’insurrection n’a pas dépassé les 10.000 (dont 140 Blancs), auquel il convient d’ajouter le nombre de Malgaches morts de malnutrition ou de maladie dans les zones tenues par les insurgés. "Cette surmortalité reste encore très difficile à évaluer, l’hypothèse la plus vraisemblable tournant autour de 20.000 à 30.000 morts", écrit M. Fremigacci. Il n’y a pas eu de "génocide oublié" à Madagascar, conclut l’historien, mais une faute des dirigeants politiques qui, à Paris, se sont révélés incapables d’éviter un drame annoncé. Cette histoire est-elle seulement connue des Français, de Réunionnais, au jour du quarante-sixième anniversaire de l’indépendance de Madagascar, acquise après 14 ans de lutte pour la liberté d’un peuple à disposer de lui-même ?
Patrick Julie
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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Messages
26 février 2007, 20:58, par Pierre Ranjeva
6.
On va commémorer, le 29 mars 2007, le soixantième anniversaire de ce qu’on a qualifié “évènements de Madagascar et d’aucuns ne manqueront pas de rappeler les 100000 morts de 1947.
D’où vient ce chiffre ? du PC bien sûr mais surtout d’une conférence prononcée par de Chevigné à l’université des Annales.
A mon sens il est assez stérile,soixante ans après, de procéder à un décompte macabre des victimes. N’y en aurait-il eu qu’une seule massacrée sauvagement et un seul déni de Justice (lieutenant Randriamaromana et les parlementaires malgaches) les crimes, s’il ont été commis par le pouvoir régalien, méritent d’être condamnés (je pense aussi au wagon de Moramanga).
Devraient, en revanche être approfondies, les raisons de ces soulèvements (les Aurès en Algérie) et leurs conséquences lointaines.
Pour Madagascar, ce fut l’élimination d’un parti indépendantiste (MDRM) et le pouvoir laissé au PADESM pendant plus de 40ans (de Tsiranana à Zafy Albert en passant par Ratsimandrava et Ratsiraka). Peut-être peut-on aussi attribuer à ces « « évènements » l’inexistence de véritables partis politiques à Madagascar ;
Au lieu de nous confiner dans le rappel stérile d’un douloureux passé, essayons de tirer plutôt des leçons, pour l’avenir, de cette honteuse période
Rédigé par : Pierre Ranjeva | le 26 février 2007 à 17:00
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Nom : Pierre Ranjeva