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Exposition de Joël Pèlerin : “une histoire de femmes”
4 décembre 2007

29 nouvelles photos de Joël Pèlerin sont exposées à l’Office du Tourisme de la Possession, ouvert au public jusqu’au 31 décembre.
On ne peut habiter à La Réunion sans réfléchir sur le singulier "vivre ensemble" qui caractérise cette île. Appelons ça métissage, ou plutôt créolité. Le mot “Créole” vient du latin “creare” qui signifie en français “créer/être créé”. Il désigne, dans son étymologie même, la nouveauté.
Paradoxe de l’"histoire" : c’est dans la douleur de l’esclavage, un des plus grands dénis de l’humanité, que la civilisation créole est née, un modèle aujourd’hui d’humanisme ! Oui, "civilisation créole", le mot n’est pas trop fort car il s’agit bien d’une façon de penser le monde.
Joël Pèlerin raconte : « J’ai fait une image forte d’un couple où l’homme blanc est à la merci d’une femme noire... C’est bien sûr humoristique et provocateur, un clin d’oeil à l’abolition de l’esclavage. Je rappelle que cette expo sera présentée le 1er décembre à la Possession et le 20 décembre à Johannesburg en Afrique du Sud. Cette image n’est pas anodine, d’ailleurs la femme a visiblement pris un plaisir particulier à la faire ! Posons nous la question : pourquoi cette photo nous fait sourire ? »
La Réunion a réussi l’utopie de brasser les peuples, les cultures et les religions et aboutir à un résultat inattendu, totalement nouveau : une culture plurielle, c’est-à-dire une culture qui n’est pas un mélange mais une rencontre incessante ?
Ici, même les plus blancs ont un ancêtre noir. Joël Pèlerin dit : « Le métissage est permanent à La Réunion et je l’ai illustré plus particulièrement par des photos mère-enfant où l’enfant est très blanc sur sa mère bien colorée issu d’un couple père métropolitain - mère réunionnaise, métissée indienne. Un autre bébé est avec sa maman réunionnaise, métissée chinoise, un autre encore avec une mère réunionnaise métissée comorienne... ».
Et c’est bien que tout cela se passe dans un pays où le mot "fraternité" est gravé sur le fronton des mairies !
Les photos de Joël Pèlerin montrent cette réalité ! « Ce que je crois, à travers ce que je vois », elles disent que la beauté féminine est aujourd’hui métisse, c’est-à-dire diverse, ouverte sur le monde et sur l’avenir. Toutes les nuances de couleur de peau existent à la Réunion, les Réunionnaises ont des traits européens, africains ou asiatiques et leur identité culturelle est toujours multiple.
Le photographe explique : « Je laisse beaucoup de liberté à mes modèles, ce sont autant elles que moi qui choisissent les poses, je tiens à ce que ce soit leur personnalité qui s’exprime, un peu de leur "âme" qui transparaît au travers de leur corps... Forcément, il y a du "moi" c’est à dire du "Joël Pèlerin" aussi dans chacune de mes oeuvres, d’abord parce que c’est toujours moi qui choisi mes modèles, il faut qu’elle m’inspire, que tout au fond de moi je la trouve Femme, et que j’éprouve le désir de sublimer cette Féminité. Ensuite, la façon dont elle se comporte, ses attitudes, ses mouvements, ce qu’elle "donne", elle me le donne à moi d’abord, en retour à ce que je lui fais ressentir. Enfin les retouches de lumière et de cadrage sont faites selon ma propre sensibilité : le produit final est bien un produit de nos deux personnalités ».
Un jury de 24 femmes
Comme d’habitude, le photographe a fait choisir les photos exposées par un "jury" composé cette année de 24 femmes de tous les milieux et de tous les âges, toutes les photos sont nouvelles et le choix a été qualifié de "particulièrement difficile" : « Il est cependant obligatoire ne serait-ce que pour des raisons financières, je ne peux faire tirer les 71 photos présentées... » Il y des photos de Nus Académiques avec des poses variées et des cadrages différents, certaines sont jugées plus "esthétiques" d’autres plus "sensuelles".
Il précise : « Je suis plus que jamais à la recherche de la Féminité et du Métissage, les différentes facettes qui me plaisent chez la femme, qui comme je l’avais déjà dit, est avant tout pour moi "Une promesse de bonheur". Bonheur pour son partenaire, pour son enfant, pour l’Humanité... ».
Le photographe n’impose pas sa vision du monde, il la propose, c’est une offrande. Et c’est bien que cette vision du monde soit originaire de ce que l’on appelait autrefois un des "confettis de l’Empire" : un autre paradoxe !
Dans une société qui est aujourd’hui en mal de repères, la culture est génératrice de lien social.
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