Des harkis dénoncent la loi du 23 février 2005 sur le rôle “positif” de la colonisation

’Une loi-geôle’

3 janvier 2006

Dès le lundi 28 février dernier, l’association Harkis et droits de l’Homme a publié un communiqué dénonçant la loi du 23 février 2005, qui prétend réparer les injustices dont ont été victimes les harkis et qui prône l’enseignement des “bienfaits” de la colonisation. Cette protestation est particulièrement significative quand on connaît le rôle joué par les harkis aux côtés de l’occupant en Algérie.

Les harkis sont des Algériens qui ont choisi de collaborer avec l’État français durant l’occupation coloniale de leur pays et pour le maintien de l’Algérie dans l’ensemble français, pendant que d’autres, la majorité, luttaient pour la libération de leur patrie. La plupart des harkis furent abandonnés par l’État français et livrés à la misère en France après l’indépendance de l’Algérie en 1962.
Compte tenu de ce qui s’est passé dans ce pays et en France durant la période coloniale, en particulier pendant la guerre d’Algérie (1954 - 1962), le communiqué publié le 28 février 2005 par les responsables de l’association Harkis et droits de l’Homme pour dénoncer la loi votée 3 jours plus tôt sur le rôle “positif” de la colonisation est remarquable.
Ces harkis voient notamment dans ce texte de loi une tentative de réhabilitation de l’OAS (Organisation armée secrète, une organisation para-militaire illégale qui s’est opposée par tous les moyens - y compris des attentats terroristes - au processus déclenché par le Général de Gaulle en faveur de l’indépendance de l’Algérie).
On lira ci-après le texte de ce communiqué publié sous le titre "Une loi-geôle" et sous la signature de Fatima Besnaci-Lancou, présidente de l’association Harkis et Droits de l’Homme. Les intertitres sont de “Témoignages”. La mobilisation pour l’abrogation de cette "loi de la honte" continue.

Une loi abjecte

"Le 23 février 2005 est promulguée la loi n° 2005-158 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés.
Après les camps, derrière les barbelés, les harkis et leurs familles viennent d’être enfermés dans une loi abjecte votée par des nostalgiques de l’Algérie Française.

Les harkis associés à la promotion du colonialisme

Le texte figurant au Journal officiel du 24 février 2005 s’ouvre par l’article : "La Nation exprime sa reconnaissance aux femmes et aux hommes qui ont participé à l’œuvre accomplie par la France dans les anciens départements français d’Algérie, au Maroc, en Tunisie et en Indochine ainsi que dans les territoires placés antérieurement sous la souveraineté française."
Les parlementaires associent les harkis, à leur corps défendant, à la promotion du colonialisme.

Les anciens de l’O.A.S. camouflés

Le texte se termine par l’article 13 : "Peuvent demander le bénéfice d’une indemnisation forfaitaire les personnes de nationalité française à la date de la publication de la présente loi ayant fait l’objet, en relation directe avec les événements d’Algérie pendant la période du 31 octobre 1954 au 3 juillet 1962, de condamnations ou de sanctions amnistiées, de mesures administratives d’expulsion, d’internement ou d’assignation à résidence, ayant de ce fait dû cesser leur activité professionnelle et ne figurant pas parmi les bénéficiaires mentionnés à l’article 1er de la loi n° 82-1021 du 3 décembre 1982 relative au règlement de certaines situations résultant des événements d’Afrique du Nord, de la guerre d’Indochine ou de la Seconde Guerre mondiale."
Derrière ces personnes se cachent les anciens membres de l’O.A.S.. Pourquoi ne pas appeler un chat, un chat ? Nos élus ont-ils peur de l’indécence ? Ils ont été moins scrupuleux en scellant le destin de leurs français-indigènes aux détracteurs de l’indépendance de l’Algérie.

Un goût de charité et non de justice

Concernant l’article 6 relatif à l’indemnisation des harkis, la loi a un goût de charité et non de justice.
Le rapport demandé par le Premier ministre au député Michel Diefenbacher (UMP, Lot-et-Garonne) et sur lequel s’est basé le gouvernement pour la rédaction de la loi ne s’intitulait-il pas "Parachever l’effort de solidarité envers les rapatriés" ?

Les indigènes toujours infériorisés

Pourquoi donner plus à ces femmes, ces enfants et ces hommes que l’on a abandonnés à l’indépendance de l’Algérie, enfermés dans des camps puis bercés d’illusions depuis plus de 4 décennies à coups de compassion, médailles ou autres cérémonies ?
Le mépris au pays des droits de l’Homme va-t-il être érigé en Art ? ou bien nos parlementaires pensent-ils toujours comme le professeur Porot qui justifia l’infériorité des colonisés, en 1918, dans un ouvrage intitulé “Annales médico-psychologiques” : "la vie essentiellement végétative et instinctive qui est surtout réglée par son diencéphale"... ? (1) Il parlait bien-sûr des indigènes !

Faire preuve enfin de décence

L’association Harkis et Droits de l’Homme se bat et se battra aussi longtemps que nécessaire pour que la Nation française reconnaisse officiellement sa responsabilité dans le drame des harkis. Un drame qu’il serait injuste et dangereux de sortir de son contexte général de la colonisation.
Aujourd’hui, une ultime loi vient d’être promulguée. Nous pensions que la France avait une occasion historique de réparer ce qui peut l’être encore et que face à la question des harkis, elle allait faire preuve enfin de décence".

(1) Diencéphale : partie du cerveau située entre les hémisphères et formée principalement du thalamus, de l’épiphyse et de l’hypothalamus.


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