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10 MAI : COMMEMORATION DES MEMOIRES DE LA TRAITE NEGRIERE, DE ESCLAVAGE ET DE LEURS ABOLITIONS
12 mai 2007

Paul Vergès, Président du Conseil Régional de La Réunion a tenu à en-voyer un message au maire du Tremblay-en-France dans le cadre de cette commémoration. En voici les principaux passages.
(... La décision d’instaurer la date du 10 mai) est l’aboutissement d’une longue lutte pour la reconnaissance dans le récit national des vies et des résistances de milliers de femmes et d’hommes déportés de leur terre natale et mis en esclavage dans toutes les colonies françaises, comme de leur contribution au patrimoine culturel de l’humanité.
Tous les 20 décembre, les Réunionnais célèbrent l’abolition de l’esclavage à La Réunion en 1848. C’est notre fête de la liberté, à tous les Réunionnais. Le 20 décembre nous rappelle chaque année que notre terre a connu l’esclavage pendant plus de deux siècles, c’est-à-dire pendant la plus grande partie de son histoire.
L’objectif du 10 mai, lui, est de faire prendre conscience, en métropole, que ces événements concernent toute la nation ; ce n’est pas seulement l’histoire de l’outre-mer, c’est celle de la France toute entière. Arrachés à leurs terres, à leurs cultures et à leurs familles, 12 à 13 millions d’Africains ont été embarqués à bord des navires négriers européens, toutes destinations confondues, entre le XVIe et XIXe siècle. Devenus esclaves, exploités, fouettés et torturés, privés de sépulture, on leur a enlevé leur statut d’être humain. 15% des captifs sont morts sur les bateaux négriers. Le nombre de victimes en Afrique, du fait de la traite, est estimé à 4 à 5 fois le nombre d’hommes embarqués.
Parmi ces femmes et ces hommes, de véritables combattants ont résisté ; tels les marrons qui ont créé des républiques marronnes dans les pays où on voulait les réduire en servitude, mais aussi les nombreux esclaves qui ont mené, pendant toute la période de l’esclavage, des révoltes constantes qui ont pris parfois la forme de véritables insurrections. Les esclaves et les marrons ont été les premiers abolitionnistes. Avec leurs alliés en France et ailleurs en Europe, ils ont œuvré pour l’abolition de l’esclavage. Leurs luttes et leurs résistances s’inscrivent dans l’histoire mondiale des luttes pour la liberté et l’égalité des droits.
Le 10 mai, nous rendons hommage à toutes celles et tous ceux qui, partout dans le monde furent victimes de l’esclavage colonial et luttèrent contre lui dans toutes les colonies. Les combattants réunionnais de la liberté n’étaient pas isolés. Les marrons, figures emblématiques de l’aspiration à la liberté et de la lutte pour la dignité, les esclaves des plantations, et les abolitionnistes réunionnais participent à l’épopée mondiale contre l’esclavage colonial. Dimitile, Cimendef, Simangavole, Héva sont les sœurs et les frères de Delgrès, Makandal, Dessalines, Toussaint Louverture, la Mulâtresse Solitude, Sojourner Truth, Frederick Douglass, Olano Equiano... Les révoltes et les résistances sur les terres africaines et malgaches, sur les bateaux négriers, à la Jamaïque, à Trinidad, en Louisiane, en Géorgie, à la Martinique, à la Guadeloupe, à Haïti, à l’île Maurice... rencontrèrent les actions des abolitionnistes en Europe et contribuèrent à la défaite de l’esclavage, ce crime contre l’humanité.
(...)
La lutte pour l’abolition de l’esclavage est avant tout une lutte pour la reconnaissance de la liberté de tous les êtres humains et pour leur égalité de droits partout dans le monde, sans distinction de cultures, de religions ou de modes de vie. Cette lutte a été à l’origine de tous les combats menés contre le colonialisme ou les dominations impérialistes, contre les discriminations fondées sur la couleur de la peau, le sexe, la situation sociale, le lieu de naissance ou les pratiques culturelles. Elle est à la base même de la revendication la plus moderne du XXIè siècle, celle qui fonde l’égalité de toutes et de tous sur la reconnaissance de la diversité culturelle, du partage des mémoires et des histoires. A La Réunion, où les ancêtres des habitants ont été tous des étrangers et des immigrés, une culture commune a su se construire à partir de la rencontre parfois violente de six mondes sur le même territoire, dans la lutte contre le racisme colonial, les exclusions et les discriminations et dans l’approfondissement ininterrompu du partage des mémoires et de l’interculturalité pour tendre vers l’intraculturalité. C’est ce savoir, c’est cette expérience, ce sont ces pratiques que les personnes issues de l’outre-mer français peuvent apporter au débat national en cours sur la manière de vivre ensemble, égaux et divers, égaux en droits, divers dans leurs pratiques culturelles, dans le partage d’un même espace public et pour le bien commun.
Pour une vision apaisée du vivre ensemble
Déclaration d’Huguette Bello, Députée de La Réunion, le 10 mai 2007.
« C’est avec joie et gravité que je constate que la Journée commémorative du souvenir de l’esclavage et de son abolition trouve progressivement sa place dans le calendrier national. Je tiens à remercier François Asensi d’y contribuer, tant il est vrai que la détermination des élus locaux joue un rôle capital dans la célébration de cette journée. Merci encore.
Le choix de cette date du 10 mai, qui vient s’ajouter à notre 20 décembre réunionnais, marque une étape. Il nous faut à présent œuvrer pour que les longs siècles de traite et d’esclavage soient aussi considérés comme une page de l’Histoire de la France et de l’Europe. La recherche historique et les programmes scolaires seront déterminants pour une meilleure connaissance de ces tristes épisodes. Sans arrière-pensées, sans souci de victimisation ou de repentance, mais pour une vision apaisée du vivre ensemble à une époque où les échanges entre les hommes et les sociétés sont de plus en plus denses.
Je sais que nous pouvons compter sur François Asensi pour travailler en ce sens à l’Assemblée nationale et ailleurs. »
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