’Anonymes, oubliés, disparus, apparus’

Une réflexion collective sur l’anonyme humanitude

20 janvier 2006

L’École des Beaux-Arts expose aujourd’hui au Port les travaux d’un atelier animé depuis 2 semaines par une peintre colombienne, Constanza Aguirre, sur le thème ’Anonymes, oubliés, disparus, apparus’ : prélude et fugue pour une exposition collective qui sera visible en avril 2006.

Depuis 2 semaines, des élèves des Beaux-Arts participent à un atelier qu’anime Constanza Aguirre, peintre d’origine colombienne - elle est née à Bogotá en 1960 - arrivée en France à l’âge de 26 ans. Depuis le milieu des années 80, elle y déploie une activité artistique et une recherche en peinture qui, d’expositions personnelles en salons collectifs, en France, en Europe et en Amérique, l’ont conduite au projet actuel - commencé il y a plus de 2 ans - sur les "Anonymes, oubliés, disparus, apparus".
De projet artistique indépendant, il est devenu un projet collectif au fil de rencontres et de travail croisé avec d’autres artistes : l’écrivain togolais Samy Tchak (pour Sadamba Tcha-Koura), l’écrivain malgache Raharimanana et le musicien Noureddine Boutella.
Les 2 premiers ont écrit des textes donnant, avec les portraits, leur propre vision de la perte, du deuil, de l’effacement, de l’anonymat et du portrait, ce qu’on en voit et ce qui reste dans l’ombre ; ce que l’on sait, ou que l’on croit savoir et ce qui s’évanouit. Le musicien a proposé le montage sonore qui crée l’ambiance très particulière de l’exposition, actuellement accrochée dans la chapelle de l’ancien carmel de Saint-Denis (Seine Saint-Denis). Elle sera au Port en avril 2006 avant de partir pour Bogotá.

Une soixantaine de tableaux

La raison de ce passage par l’océan Indien se comprend d’emblée, en rapport avec la problématique : les portraits en ombre et lumière de Constanza Aguirre - une soixantaine de tableaux, présentés avec 25 textes (anonymes...) ouvrent une pluralité de parcours possibles, élargissant sans fin notre champ de vision. Ces milliers d’anonymes livrés à l’esclavage, ces anonymes par millions dévorés par les guerres et que nous ne connaîtrons jamais.
"Y a-t-il plus anonyme que l’Homme même ?", demande Constanza Aguirre en prenant à témoin tous les disparus de son pays, les paysans déplacés, les victimes de guerre..., mais aussi "les sans-papiers, les exploités, tous ceux qui souffrent des violences, des prédations qui sont à la base de l’anonymat". Là où il prend sa source. "L’anonymat des déportés et celui de leurs bourreaux se croisent dans les parcours de la construction d’une identité par l’appartenance à un groupe, à l’humanitude, à la mémoire"... La mort anonyme, mais aussi le corps effacé d’après la mort.
"C’est le peuple des sans nom, un peuple sans nom, un peuple à construire, acteur en devenir d’un possible futur", commente Constanza Aguirre en présentant le dispositif volumineux, presque monumental, nécessaire pour accueillir ce travail collectif.

Une humanité en devenir

Il lui faut au moins 6 mètres de haut et 300 mètres carrés pour se déployer, ce qui va donner quelques soucis aux responsables portois en quête d’un lieu d’accueil pour avril. Un magasin sur les docks serait le bienvenu... le lieu tout indiqué pour accueillir une humanité en devenir, l’Histoire en marche. Notre histoire commune, vécue à des milliards d’exemplaires.
En attendant, les étudiants ont travaillé eux aussi sur ces parcours "d’individuation". Ils présenteront leur travail cet après-midi, au Port.

P. David

NB : un site Internet Anonymesexpo.org, en cours d’élaboration, permettra l’association active et permanente de tous ceux qui souhaiteront contribuer à ce projet.


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