La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
20 juin 2011

Jeudi 9 juin a eu lieu dans la salle du Conseil municipal de Saint-Leu la conférence de l’Historien Sudel Fuma sur le thème “Pourquoi la Révolte de Saint-Leu en 1811 ?”. Soubaya Luçay Permalnaick a fait un compte-rendu de cette conférence.
La salle du Conseil municipal de la ville de Saint-Leu semblait très petite en ce jeudi 9 juin dernier, à 18 heures, pour l’accueil de la conférence de l’Historien Sudel Fuma : “Pourquoi la Révolte de Saint-Leu en 1811 ?”. Bien des chaises ont été ajoutées pour asseoir tous les participants.
Excellente prestation du technicien, sans surprise, un support audiovisuel clair, fourni, performant et surtout constamment interpelant. Un débat non moins nourri en fin de la soirée qui s’acheva au-delà de 20 heures.
Le professeur Fuma, par ailleurs Coordonnateur du Kolektif Lané Elie (KLE), inaugurait alors un cycle de conférences mensuelles thématiques, avec d’autres intervenants, et qui prendra fin avec le Vin Désanm 2011.
Je ne sais si nous prenons toute la mesure de ce qui se passe à Saint-Leu, en cette année de la commémoration de la Révolte des Esclaves de Saint-Leu, de 1811, et de la célébration de son bicentenaire.
C’est inouï. C’était impensable. Deux cents ans après ce qu’il faut bien appeler à la fois un massacre de « gens d’en bas », de chez nous, dans l’Histoire de notre île, et aussi un formidable sursaut réfléchi contre un système inique de déchéance de l’être humain ! L’histoire se réveille. Les chapes de plomb de l’obscurantisme se fissurent.
Imaginons un instant un enseignant, aujourd’hui à la retraite, qui a ignoré ces sombres épisodes endurés par les siens, à côté de chez lui, pendant la dizaine d’années d’école où il était censé aller apprendre. Ses années d’études en tant qu’adolescent n’ont soulevé aucune des voiles recouvrant des parties entières de son identité. Parcourons maintenant la quarantaine d’années où, lui-même, partisan de méthodes d’éducation les plus actives, de prise en compte de l’élève comme un être à épanouir avant tout, découvre tout ce qu’il n’a pas pu ou su révéler aux élèves.
Avec ce qui se passe à Saint-Leu, autour du Bicentenaire, l’heure de la revanche non, mais du comblement des béances, entretenues, en notre Mémoire, a sonné. La réparation est possible et indispensable. Il y va de l’épanouissement de chacun par des retrouvailles solides avec son identité propre, premier socle de l’universalisme.
Le professeur Fuma l’a rappelé, il ne s’agit pas de couleur de peau, d’origines géographiques des insurgés, mais bien de combat d’une société contre une autre, d’une quête profonde de justice et d’humanité. La répression fut féroce… inhumaine. Les condamnés à mort de l’insurrection n’ont même pas eu droit à la déjà horrible guillotine qui, pourtant, existait bien en Hexagone. Ici, ils ont subi la « décollation à la hache ». Le bourreau était lui-même un esclave. Aujourd’hui encore, ailleurs, des barbares achèvent les chiens et d’autres hommes à la hache. Ici, la mise à mort s’est faite à la hache. Il est quand même symbolique qu’un descendant d’esclave comme Sudel Fuma, se revendiquant lui-même, fièrement, comme tel, apporte de telles informations, fruits de recherches glanées jusqu’en Angleterre.
La notion de recherche doit surpasser l’émotion légitime. Nous sommes tous, sur cette terre réunionnaise, qui que nous soyons, d’où nous pouvons provenir, de quelque type de pigmentation que ce soit, des Enfants d’Elie, et de ses frères et quelques sœurs de combat. Nous héritons de cette Histoire, dès lors que nous décidons de rester vivre sur cette terre. Cette terre qui sue des souffrances des anciens esclaves et qui se doit d’avouer les exactions des célèbres négriers pays ou de passage.
Que d’aucuns théorisent sur les particularismes de l’Esclavage dans notre Ile, de sa prétendue « douceur », que d’autres en arrivent même à la négation de ce système, que d’autres encore nous proposent d’oublier et de ne pas remuer le passé, où est le problème ? Agissons comme tous les historiens. Recherchons, lisons, participons à tous les débats, apportons la contradiction sereine et fondée sur des textes, des réflexions, des documents iconographiques, acceptons la diversité des opinions pour mieux apporter la contradiction, confrontons nos idées. L’épanouissement de nos élèves, de nos jeunes, de notre avenir est à ce prix. Et alors, ils seront dignes des combats de leurs ancêtres communs. Chaque papa est l’enfant d’un autre père. Elie, Jean, Gilles ont été aussi des enfants du Monde, de la planète Domounité.
Soubaya Luçay Permalnaick,
Portail Piton Saint-Leu
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