Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
Raphaël Folio, ancien météorologue
18 novembre 2008

Nous avons rencontré Raphaël Folio à Hell-Bourg, là où il réside. Agé de 85 ans, il est, comme tous les hommes de son âge, un peu de douleur à droite et à gauche, mais il est toujours alerte. Avec son accord, nous publions les grandes étapes de sa vie.
Il a connu Paul et Jacques Vergès à l’école à Hell-Bourg. Paul Vergès a conservé un bon souvenir de Raphaël. Il a accepté de parler de son ami d’enfance.
Le souvenir a ceci de particulier que, dans son rapport au passé, le temps, parfois, sinon souvent, estompe les aspérités. Il en ressort une certaine idée, généralement embellie, de la réalité d’alors. Pourtant, dans ce récit de vie de Raphaël Folio, il n’en est rien. Il ne sombre pas non plus dans un manichéisme à outrance. La mémoire se fait ici quasi photographique et sans concession.
Il nous dit ces valeurs de solidarité et de partage, fondatrices et structurantes d’une société réunionnaise d’une époque où tout semblait pourtant appeler au repli sur soi. Il nous dit aussi l’appartenance à la communauté, affirmée par l’action, en aidant par exemple à la construction de la case d’un voisin. Un service en appelant un autre, se créait alors une formidable dynamique de solidarité. Ce que d’aucun appelle aujourd’hui l’appropriation de son espace de vie est un concept connu de longue date sur notre île. C’est l’essence même de la notion de “kartié”.
La solidarité et l’ingéniosité étaient une réponse à la précarité de l’époque
Par ailleurs, comment ne pas souligner l’ingéniosité de ces femmes et de ces hommes évoquée dans ces tranches de vie ? Confrontés à une situation de précarité extrême et en dépit de leur faible niveau scolaire, ils ne cessent d’innover afin de répondre à leurs besoins. Cette réponse apportée au dénuement était la démonstration de ce que chaque Réunionnais porte en lui de compétence et de savoir-faire, d’imagination et de créativité. Des atouts qui lui permettaient de palier les lacunes de son instruction et de les dépasser. Une instruction à laquelle peu avait accès et dont les méthodes n’avaient généralement pour autre effet que de réduire à un silence coupable ceux qui avaient tant à exprimer, mais qui ne le faisaient pas dans les normes de l’éducation coloniale.
L’intolérance et le sectarisme de l’administration coloniale
L’intolérance a, d’ailleurs, été élevée au rang d’institution dans tous les compartiments des relations que pouvait entretenir alors le Réunionnais avec l’administration. Le récit que nous fait Raphaël Folio de son passage sous les drapeaux et de son arrivée aux services de la météo en est l’illustration : celle d’un racisme ordinaire.
Cet aspect est sans doute la forme la plus évidente et la plus blessante de l’intolérance et du sectarisme de l’administration coloniale, mais en la matière, celle-ci ne manquait pas d’imagination et ce texte nous le rappelle. Au quotidien, la démocratie était bafouée. La fraude électorale organisée par l’appareil d’Etat de l’époque et son représentant Perreau Pradier, aux yeux de tous, ne feignant pas même la pudeur en tentant la dissimulation est, pour ainsi dire, la sublimation du mépris à l’égard du peuple. L’une des conséquences de cela a été l’engagement pour des réalisations dont l’onde de choc se fait encore aujourd’hui cruellement sentir par la collectivité. L’ordonnance d’octobre 60 en est une autre forme. En prononçant la sentence d’exil à l’égard de ceux qui contestaient légitimement ces pratiques, elle reproduisait un schéma de déportation et une situation de non-droit dont l’écho ne pouvait que raisonner dramatiquement dans l’inconscient collectif du peuple, à peine trois générations après l’abolition de l’esclavage.
Pas de nostalgie du passé mais une envie d’évolution pour tous
Depuis, sans doute, les choses ont évolué. Reste à savoir comment. L’école n’est plus vécue comme un bâillon, la mobilité bénéficie de dispositifs permettant à ceux qui n’en ont pas les moyens d’en profiter. Dans de nombreux domaines, l’aménagement du territoire tend à rapprocher chaque fois plus les infrastructures des citoyens. La condition féminine évolue, même s’il reste encore à relever dans ce domaine des défis considérables. La démocratie, au moins sur les points que nous venons d’évoquer, se porte mieux. Il ne s’agit donc pas de jeter un regard nostalgique sur le passé que nous livre ce document.
L’entraide et la conscience de l’autre : des sentiments en voie de disparition ?
Mais à ce moment de notre propos, je voudrais revenir sur cette entraide omniprésente dans le récit de ce grand témoin, car elle est fondamentale. Il nous faut nous interroger.
Le degré d’évolution d’une société se mesure-t-il exclusivement à la somme de ses progrès en équipements ? Nous prenons tous la mesure de ce que nous avons gagné, héritages de luttes menées par des Raphaël Folio. Mais, indépendamment de cela, que n’avons-nous pas perdu dans le même temps.
La solidarité et conscience de l’autre n’ont actuellement plus grand sens. Or, la lecture de ces tranches de vie nous montre combien elles peuvent être de puissants moteurs de développement. Combien, aussi, elles sont des repères pour une jeunesse en proie à tant d’interrogations légitimes exprimées à sa manière, car à mépriser l’autre, on se mutile soi-même. Il nous faut aujourd’hui rétablir ces valeurs fondatrices de la société réunionnaise et de sa cohésion. Elles participent à cette unité dont nous avons impérativement besoin afin d’avancer ensemble, tous ensemble, sur la voie du développement de La Réunion. Chacun, à son niveau, doit investir avec le souci permanent de l’autre. Tous seront les bénéficiaires de cet effort collectif. L’enjeu est majeur. Savoir et compétence, intelligence pratique et, aujourd’hui, excellence universitaire, sont parmi les atouts de La Réunion qu’il lui appartient de valoriser.
Mais il faut dépasser cette simple évaluation de notre potentiel. A quelles fins entendons-nous les employer ? Nous n’avons pas le droit de faire l’économie de cette réflexion. Nous sommes à la croisée des chemins. Il nous faut faire un choix de société. Celui d’une barbarie civilisée ou d’une solidarité humaine.
Paul Vergès
Récit de vie
Solidarité villageoise et ingéniosité
À travers une interview réalisée par Marc Kichenapanaidou, Raphaël Folio révèle les conditions de vie des Réunionnais à l’époque de sa jeunesse.
Vous êtes né dans le Sud, à la Petite-Ile ?
- C’est exact, en 1923, d’une famille de Réunionnais naturellement, dont les membres n’habitaient pas très loin les uns des autres. C’est probablement comme ça que se sont connus mon père et ma mère, qui étaient déjà âgés quand ils se sont épousés, plus de vingt-cinq ans. A l’époque, pour se marier, il fallait attendre qu’on ait construit sa maison et préparé son trousseau. Le mariage n’était pas comme maintenant, c’était quelque chose de solide ! La preuve, c’est que mes parents ont toujours vécu ensemble, au-delà de leurs quatre-vingts ans. Il y a eu peut-être des petites chamailleries, on a parfois assisté à des petites scènes de ménage, mais c’était un mariage très fort, très solide. Nous n’étions pas riches, mais nous, les enfants, nous n’avions pas beaucoup de besoins, nous étions choyés et nous nous sentions heureux.
Dès le départ, la famille que mes parents avaient décidé de fonder était déjà nombreuse. En effet, d’autres gens faisaient déjà partie de la famille avant notre naissance à nous, les enfants. Voici pourquoi : ma mère était “modiste”, elle faisait des robes. Elle était très sollicitée dans le village ! Et sa sœur aînée lui servait de couturière, elle était peut-être moins douée que ma mère, mais cousait très bien. Donc, quand ma mère s’est mariée, elle a continué son métier de modiste et, évidemment, elle a entraîné sa sœur aînée avec elle. Alors, la famille comptait déjà trois personnes au départ !... Et puis, avec l’épidémie de grippe espagnole, ma mère a eu le malheur de perdre un de ses frères et, trois jours après, c’était sa femme qui trépassait. Ils laissaient derrière eux six enfants... A l’époque, il n’y avait pas comme maintenant la D.D.A.S.S., on a partagé les enfants... Mes parents en ont pris deux, ce qui fait qu’à la première année de mariage, ils étaient déjà cinq personnes à la maison !... Ensuite est né mon frère aîné, puis moi, le cadet. J’ai eu deux sœurs, dont une est morte au bout d’un an, j’étais encore jeune, mais je me souviens de ce drame ; ma mère a encore eu une nouvelle fille et un dernier garçon. Nous formions donc une famille de neuf, dans une maison de quatre pièces.
Quels sont vos souvenirs à propos de votre maison, de votre enfance ?
- Notre première maison, à un kilomètre en amont de l’église, était constituée d’un pavillon sur l’avant qui, comme toutes les maisons créoles, avait sa façade sur la route. On aurait très bien pu orienter la façade de la nôtre sur la mer, puisqu’elle était située sur une éminence, on aurait eu un panorama plus beau, mais c’était comme ça la tradition !... Cette maison n’existe plus car mon père l’a vendue pour s’installer au Tampon... Je me souviens que mon père avait regretté l’avoir vendue. Il disait que c’était une bonne maison... que l’on a pourtant détruite pour construire une maison en béton à la place !
Vous en parlez avec nostalgie...
- Oui, car elle avait été construite par mes parents. Elle se composait d’un pavillon de deux pièces recouvert de bardeaux, avec derrière une varangue à toit plat composée de deux pièces. Quand je suis né, mon père avait déjà construit une petite boutique qui faisait office d’épicerie, de charcuterie et de buvette, la vraie “boutique chinoise” où il y avait un peu de tout... Mais la famille commençait à s’agrandir, alors, sur le côté, mes parents ont construit un appentis qu’on appelait “tapénacle”.
Je me souviens qu’une fois, il a fallu changer les bardeaux du toit. Il fallait tout finir dans la journée, parce qu’à l’époque, il n’y avait pas de bâche !... Quelle solidarité dans le village ! Le travail était attaqué de tous les côtés en même temps, car il était impératif de finir le jour même. Pour se maintenir sur le toit, on installait des sortes de marches maintenues par des cordes et sur lesquelles on disposait des planches.
Mon père fabriquait les bardeaux sur place, grâce aux margosiers de la cour... Il achetait d’autres bois aussi qu’il donnait à des ouvriers payés pour venir faire les bardeaux sur place. Ils taillaient les bardeaux avec une hachette spéciale à un seul tranchant. Ce n’était pas leur métier, mais ils savaient le faire... Il y avait un savoir-faire qui était transmis de père en fils.
Ces gens-là venaient donc tailler des bardeaux, et quand il y en avait dix mille au moins, on organisait la couverture du toit. Tous les voisins venaient donner un “coup de main”.
Ma mère, elle, était bien occupée à préparer le repas car c’était une sorte de grande fête familiale, et la veille, on avait tué le cochon pour nourrir tout ce monde. Et puis, de temps à autre, tout le monde descendait du toit pour boire un “petit coup d’sec” et un café, puis on remontait sur le toit. Tout ce monde-là mangeait, chantait, rigolait, se racontait des histoires, se donnait du courage.
Voilà donc comment on s’était organisé pour refaire la couverture de la maison. Je me souviens que l’arrière était en tôle, et tout le long, puisqu’il y avait de l’eau qui descendait du pavillon, on avait installé des gouttières en bambous. Dans ce temps-là, on n’avait pas d’eau courante, on recueillait l’eau dans des “bacs”.
Votre père avait-il construit lui-même sa maison ?
- Non, mon père n’était pas un homme d’intérieur. Il faisait un peu de tout, il avait un savoir-faire, mais les petites choses de la maison ne l’intéressaient pas. Pourtant, il avait bien un marteau, une scie. De temps en temps, il faisait de petits meubles ou il réparait quelque chose. C’est oncle Léonce, le frère de ma mère, qui était charpentier.
De fait, c’est plutôt ma mère qui a été l’architecte de la maison, car c’était une “femme de tête”. Comme elle était la seule de sa famille à avoir eu de l’instruction, elle avait son certificat d’études, tout le monde venait la consulter. A cause de son métier, elle voyait beaucoup de monde. Elle était considérée comme celle qui était arrivée un peu plus “haut”, tout en restant pauvre.
Mon père, par ses relations, recevait des personnalités, notamment des politiciens, et cela nous donnait une certaine notoriété... Alors pour la maison, ma mère ne la trouvait pas assez pratique, elle a voulu casser la boutique et elle a dessiné le “tapénacle” ; elle voulait que mon oncle le construise.
Un “tapénacle”, c’est un toit à deux pentes au lieu de quatre. Donc elle a voulu un “tapénacle”, une sorte de petite tour au toit triangulaire adossée au pavillon. Il aurait fallu qu’il y en ait une deuxième de l’autre côté pour qu’il y ait une apparence de symétrie. Je me souviens que pour les maisons créoles, la règle était la symétrie, tout était au milieu. Nos maisons créoles n’étaient en général pas très fonctionnelles. Ce n’était pas facile de meubler les coins, le lit était souvent sous une fenêtre ou débordait sur la porte. Je me souviens que dans son “tapénacle”, ma mère n’avait pas fait mettre de porte au milieu sauf pour le salon. Toutes les portes étaient dans les coins. Vous voyez déjà, elle avait sa petite idée...
C’était semble-t-il une femme extraordinaire !
- Oui, elle était extraordinaire parce qu’avec elle, c’était rigoureux, aussi bien au point de vue moral que sur l’éducation. On ne badinait pas avec elle, qui faisait beaucoup de sacrifices, tandis que mon père, lui, se laissait vivre en quelque sorte. S’il y avait deux morceaux de poulet, il y en avait un pour lui, et les enfants devaient se partager l’autre morceau. Il avait peut-être un petit fond d’égoïsme, et ma mère n’aimait pas cela.
Revenons donc à la maison !
- Seules les deux pièces qu’elle avait fait construire étaient plafonnées, avec un vrai plafond créole, les planches les unes sur les autres.(...)
Dans cette maison, il n’y avait une seule pièce qui n’était pas planchéiée, c’était la salle à manger, elle était en terre battue. On ne connaissait pas le ciment, ou bien parce qu’on avait pas d’argent... ou alors, je pense que... parce que c’était la seule pièce où nous étions autorisés à entrer dans la journée. Les autres pièces planchéiées et cirées amoureusement à la “brosse coco”, lustrées au chapeau de feutre de mon père, ou avec des feuilles de bringéliers. Pour entrer dans la maison, il fallait utiliser des patins de toiles confectionnés par ma mère, qui les alignait soigneusement devant chaque porte, et on se laissait glisser dessus quand on nous disait d’aller chercher quelque chose à l’intérieur de la maison.
C’est dans la salle à manger que nous faisions nos devoirs, et c’est bien plus tard qu’on l’a fait bétonner. Je me souviens, la terre faisait des bosses et on les rabattait...
La cuisine était à l’extérieur ?
- Ah oui ! On en reparlera parce que c’était la pièce principale et la plus intéressante. Mais je reviens aux chambres : l’ameublement y était sommaire, il y avait des lits en fer et un seul “lit-bateau” en bois de natte réalisé par mon oncle et qui faisait partie du trousseau de ma mère. Dans les chambres, il y avait toujours trois lits, pour les plus grands, un grand lit, et pour les petits, deux petits lits. Dans la chambre de ma mère et la mienne, il y avait aussi une table de toilette avec une cuvette, un pot à eau, un broc et un savonnier, mais le grand bain, on le prenait dans cuisine. C’était une grande pièce séparée en deux, une partie pour la cuisine et l’autre pour la salle à manger. On utilisait l’autre salle à manger, à l’intérieur de la maison, seulement le dimanche ou quand il y avait des invités, ou bien le soir. Donc, dans un coin, la cuisine, où il y avait un foyer, fait de rangée de pierres recouvertes de terre, et il y avait de la cendre : c’est là qu’on allumait le feu de bois. Les marmites en fonte disposées sur des trépieds ; dans un autre coin, il y avait un grand buffet et un grand baquet pour faire la vaisselle car il n’y avait ni eau courante, ni électricité. Au-dessus du foyer, il y avait un “farfar” qui était notre grenier à provisions, parce qu’à cette époque, sans réfrigérateur, c’était la fumée qui conservait nos produits. Aussi, juste au-dessus du foyer, il y avait des boucanés : les saucissons, les “andouilles”, les saucisses... et tout cela était fumé et doré. On avait une charcuterie où on les vendait, mais où les gens pouvaient les déguster aussi.
- La Petite-Ile était-elle déjà une commune ?
Non, elle dépendait de Saint-Pierre. On avait une agence spéciale... et des histoires politiques pour agrémenter mon enfance... d’autant plus que mon père était dans la politique.
Parlez-nous des dimanches
- Dans le village, on était toujours invités et on rendait les invitations. Cela se passait automatiquement, les gens venaient manger chez nous et ils nous invitaient ensuite. On ne partait jamais chez les gens sans y être invités. Je vais faire une petite digression pour vous parler de la salle à manger qui se trouvait dans la cuisine. Il y avait une table et des bancs qui étaient plantés dans la terre, très rustiques.
Je reviens aux dimanches ordinaires. Mon père était chantre à l’église ; c’était lui qui tenait l’orgue. C’était aussi un homme à tout faire, un bon manuel aussi. Il entraînait la chorale, et nous, les enfants, nous étions automatiquement les enfants de chœur, habillés d’une petite soutane rouge brodée. On allait à toutes les messes et on ne pouvait pas échapper aux vêpres de fin d’après-midi. Imaginez, quand on nous disait que nous ne pouvions pas partir jouer au football pour aller aux vêpres, nous étions malheureux ! Le dimanche, c’était la journée la plus pénible pour nous à cause des obligations religieuses... Le curé exagérait, il faisait pression sur mon père et nous en subissions les conséquences. Ma mère était toujours aux vêpres, aux “chemins de croix”. A la fin, on en avait marre, surtout quand il fallait assister à deux messes de suite. Après la messe, si c’était ma mère qui recevait, elle rentrait vite à la maison bien qu’ayant déjà préparé le repas dès son lever, de très bonne heure. Elle préparait la table et attendait les invités. Quand c’était nous qui étions invités, cela se passait bien mieux ! On n’avait qu’à y aller juste en sortant de la messe !
Le repas dominical était un peu comme des agapes, parce qu’il fallait avoir au moins trois viandes. Absolument de la viande de porc, en rôti ou en cari, le canard bien gras, qu’on faisait frire, et le traditionnel cari de poulet quelquefois remplacé par un cari de poisson.
On avait parfois une entrée, avec du pain ; quand ma mère tuait des poulets ou des canards, elle faisait un “plôt”, c’est-à-dire du riz jaune avec des abattis de volaille : le foie, le gésier, le cœur, le sang et on en avait chacun un petit peu dans l’assiette. C’était délicieux. Auparavant, en entrée, on faisait souvent des macaronis, soit en gratin avec du fromage “tête de mort” qu’on râpait dessus, soit préparés avec de la sauce de poulet. Je me souviens aussi que les pommes de terre frites, on les mangeait seulement le dimanche ! Elles étaient rondes, juste bouillies pour pouvoir enlever la peau et rôties. C’était très bon. Les macaronis et les pommes de terre étaient des plats de gala. Le dimanche, quand il y avait des invités, on avait droit aussi à de la salade, que mon père plantait, et comme il n’y avait pas d’huile, on utilisait de la graisse de canard... Eh oui ! Pour assaisonner la salade !...
A suivre !
Interview : Marc Kichenapanaïdou
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