B. Roy et sa bande en concerts, en mai

Une tournée à déguster avec un mec super !

5 mai 2007

Bruno Roy et sa bande, vous connaissez ? Sans doute pas plus que moi avant de tomber dessus quelque part dans la forêt de l’Étang-Salé. Modeste, B. Roy, alias Biroy, prétend que c’est normal : il n’est pas très connu non plus en France, dit-il. Pas assez du moins pour trouver des salles de spectacles qui l’invite et pour espérer pouvoir les remplir. Pourtant, depuis 2003, année de sa formation, le trio a donné plus de 300 concerts. Alors il joue beaucoup dans les bars, les restaurants et c’est comme cela qu’il fait en ce mois de mai une tournée “gastronomique“ aux quatre coins de l’île : Bruno Roy (chant et accordéon), et les deux musiciens de la “bande”, l’argentin Alejo Marassi (basse) et Patrick Lemarchand (batterie). Ils ont commencé hier au Coco Beach, à l’Hermitage et joueront presque tous les soirs à travers l’île jusqu’au 22 (voir programme).
Ce qui est sûr, c’est qu’ils gagnent à être connus. Biroy chante ses propres textes ou ceux de Gaston Monthéus, ou des Négresses vertes : des histoires simples, incroyables, drôles ou horribles, toujours interprétées avec entrain et énergie. Sa musique, assez inclassable, est généralement affiliée “chanson française”, même s’il dit ne pas aimer l’étiquette. Les textes « dégagent » toujours quelque chose, la musique - entre bals flonflon, java ou musette, tangos ou rock... mais pas seulement - donne envie de danser.
Biroy s’est fait musicien au fil des rencontres de la scène du rock alternatif des années 80. Dans l’irruption du rock français, aux côtés de groupes comme Parabellum (d’où vient son batteur, Patrick Lemarchand), Pampas, Chiwawa, VRP, les Négresses vertes, Satellites et la Mano Negra de Manu Tchao, avec qui il a fait quatre tournées et une inoubliable traversée de la Colombie en train.
Son premier groupe s’appelait les French lovers et au début, il y jouait de la guitare. Il raconte avec drôlerie et détachement comment il s’est mis à l’accordéon : très méthodiquement, en commençant par la main droite, parce qu’il connaissait le piano ! Le maniement des touches, à la main gauche, est venu plus tard... Le groupe a commencé à faire parler de lui en 1993, au cours d’une traversée de la Colombie en train, avec des étapes-spectacles où les French Lovers ont assuré l’essentiel des scènes avec Manu Chao, parce que le groupe, Mano Negra, s’est défait pendant le voyage. Le chanteur sud américain s’est ensuite lancé dans une carrière en solo, avant de reformer un nouveau groupe, Radio Bemba, avec lequel Biroy a refait quatre tournées, en Amérique du Sud et en Europe, est et ouest.
Il en a gardé des liens forts avec l’Amérique du Sud, et beaucoup de respect et d’amour pour les Colombiens en particulier, qu’il trouve “très classes” face à la dictature.
« Les gens me donnent volontiers l’étiquette de titi parisien, mais je ne me sens pas spécialement parisien dans l’âme ». Né à Paris, il reconnaît y avoir « passé du temps » et aimer son visage cosmopolite. « Le monde entier s’y retrouve et par rapport à d’autres grandes villes du monde, on peut sortir le soir, il n’y a pas de gros problèmes de sécurité, contrairement à ce que certains disent... ». Alors s’il dit « saturer au bout de 3-4 ans », c’est juste que le monde est vaste et qu’il aime bouger.
D’autres lui accolent aussi l’épithète de chanteur « engagé ». « Pas plus qu’un autre », dit-il, voulant dire que, comme tout un chacun, il voit le monde tourner à l’envers et il le met dans ses chansons. « On est dans une période d’avant guerre. Ou plutôt, elle est déjà là et ça, je n’aime pas du tout ». Cela s’entend dans les textes, même si le chanteur n’est pas si sûr de l’efficacité d’une chanson « au niveau politique ». Mais il sait très bien que s’il dit qu’il n’aime pas la confiture de fraise, ou qu’il n’aime pas les puissants qui envoient les jeunes au casse pipe, l’impact n’est pas le même.
Il sait que ses textes sont bien reçus parce qu’à chaque concert, le trio fait circuler un Livre d’or sur lequel le public lui exprime à chaud ce qu’il ressent. La suite s’échange sur Internet. « Je sais qu’on “regonfle le moral” au public, mais c’est ponctuel » dit-il. C’est encore beaucoup de modestie.
Si vous trouvez leur premier album, « 17 rue du plaisir » (CinqPlanètes), sorti en 2005, vous aurez beaucoup de chance, mais il ne faut pas hésiter à remuer ciel et terre pour cela parce que l’atmosphère qui s’en dégage est à l’image de ce trio musicien à la fois grave et festif.
Dernièrement, du 23 au 29 avril, ils ont enregistré onze nouveaux titres (dont dix chansons), aux Voûtes, un studio du 13e arrondissement de Paris, installé dans les anciens entrepôts frigorifiques de la SNCF, un lieu mythique (classé), et très délabré. Le résultat vaut le détour également. Biroy y livre quelques unes de ses obsessions les plus tenaces, avec la même légèreté dansante : ses visions de cauchemars, les tours et détours de l’amour (aux dernières nouvelles, il court toujours), des histoires de rebelles, de laissés pour compte ou de paumés et d’infirmiers à camisole, des histoires de désirs assumés ou évités... La nuit et ses ombres, les bars et leurs habitués du soir et du matin...
Au final, beaucoup d’amitié, de solidarité et de tendresse. Et si Biroy n’a pas de chansons « à message », c’est parce qu’il est impossible de faire tenir tout cela en un seul slogan. Il n’a pas non plus de conseil à donner, si ce n’est « qu’il faut se dépêcher de faire ce qu’on a envie de faire ».

P. David


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