Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
“Langues régionales, créoles et médias” à l’UCOI
31 août 2007

Le Président de l’Office de la Langue créole de La Réunion, Axel Gauvin, a donné hier matin le coup d’envoi du colloque “Langues régionales, créoles et médias” qui se tient sur deux jours, aux Villas du Récif à Saint-Gilles, dans le cadre de l’Université des Communications de l’Océan Indien. Échanger, réfléchir, proposer, convaincre, explorer toutes les pistes pour valoriser la langue et la culture créoles en proie à tous les préjugés : le débat en vaut la chandelle.
Il était naturel pour Roger Ramchetty, délégué général de l’UCOI de laisser sa place à l’Office de la Langue créole dans cette manifestation qui a pour thème cette année “Identités”. Soit on laisse les idées reçues sur la langue créole gangrener, soit on ouvre le débat le plus largement possible car comme le dit toujours Axel Gauvin discuter ça n’est pas se disputer. Alors, Alon kozé !
La plaie des préjugés
L’idée de créer une association représentative de la langue créole est d’ailleurs inspirée de ce qui se fait déjà dans d’autres régions de France. Le projet a mûri, puis la première bouture a émergé à l’occasion des États Généraux de la Culture organisés par la Région Réunion en octobre 2004, lors de la semaine créole. Tout un symbole ! Ces rencontres ont permis de tracer les orientations de l’association mais aussi d’évaluer les manques en termes de promotion de la langue et de la culture à La Réunion.
Le 3 mars 2006, la collectivité régionale a officialisé la naissance de Lofis la lang kréol La Rényon. Une association qui a fait le choix de travailler à la valorisation de la langue créole non pas par la revendication, mais par le biais d’actions méthodiques. « L’Office s’inscrit dans cet état d’esprit, ce qui ne veut pas dire que ceux qui s’expriment par la revendication ont tort, souligne son Président. C’est parfois une obligation. » Observer, comprendre pour agir par la suite en faveur de la valorisation de la langue : c’est la méthode que s’est fixée l’association. Un travail de valorisation dont la nécessité n’est plus à démontrer au regard des nombreuses idées reçues dont elle est victime. Le créole n’est pas une langue, le créole n’a pas de syntaxe, ceux qui sont pour s’opposent au français, le créole est impoli, son vocabulaire est pauvre... l’Office recense une trentaine de préjugés de ce type et selon Axel Gauvin, « la liste s’allonge de jour en jour. » Des énormités du genre circulent sur le créole, nourrissant par là-même une image erronée et dévalorisante.
« Etre à l’écoute des gens est fondamental »
L’Office a choisi le sondage, avec l’institut IPSOS, pour tenter de mieux comprendre le rapport que les Réunionnais ont avec leur langue, de mesurer son acceptabilité par la population. « Il est important de demander aux personnes ce qu’elles pensent de la langue, le but n’étant pas de sacraliser ce qu’elles disent, précise Axel Gauvin. Être à l’écoute des gens est fondamental. » Un sondage présenté la semaine dernière à la Région Réunion et hier après-midi à l’UCOI et dont les résultats, qui feront l’objet d’une analyse plus fine, s’avèrent très encourageants. Pour exemple, 83% des 505 interrogés estiment que leur langue doit vivre, 58% qu’elle doit être écrite. De quoi remettre en cause certaines considérations négatives prêtées à la population à l’égard du créole. Ce sondage va être complété par des tests de lisibilité spontanée. IPSOS a demandé aux personnes interrogées de lire un passage en créole qui a été enregistré. L’Office est actuellement en discussion avec le laboratoire de Grenoble pour que soient étudiés la rapidité de lecture, le débit, les arrêts. Une convention est également en cours avec un autre laboratoire de Paris VIII pour que Vigile Hoarau jeune et brillant doctorant réunionnais, spécialisé en psycholinguistique cognitive, puisse travailler sur la lisibilité de la graphie. Les sondés ont été répartis en groupe en fonction de la graphie qu’ils ont choisi, de celle qui leur apparaît le plus lisible. Enfin, le test d’écriture constitue le quatrième volet de l’étude. En effet, 372 personnes soit 58% des sondés ont accepté de se soumettre à une dictée en créole. Chaque mot de chaque graphie a été codé afin de déterminer laquelle est la plus spontanée.
L’objectif n’est pas de créer une 5ème graphie
Tous ces apports spécifiques, ajoutés aux travaux déjà réalisés, vont permettre d’alimenter la réflexion sur la graphie, l’écriture du créole réunionnais étant le grand chantier de l’Office. Il en existe déjà 4 (étymologique ou français relâché ; phonético-phonologique ou écriture 77 ; phonologique ou écriture KWZ de 83 ; phonético-phonologique de 2001 dite écriture Tangol) et l’objectif de l’Office n’est pas de créer une cinquième graphie mais, comme l’explique son Président, « de servir ceux qui veulent arriver à une unité graphique. Ce n’est pas à nous de proposer, mais nous travaillons pour ceux qui sont intéressés par cette réflexion. » Et Axel Gauvin de souhaiter qu’un jour prochain soit créé un conseil qui permettrait de réunir les différentes propositions graphiques. En plus de son Conseil d’Administration et de son Bureau, l’association s’est elle dotée d’un Conseil scientifique pour justement échanger, réfléchir sur les questions d’ordre théoriques. La présence d’universitaires (Christian Barrat, Lambert Félix Prudent...) au sein de l’association est un point positif pour Axel Gauvin, mais « cela ne veut pas dire que quelqu’un qui n’a pas de diplôme n’a pas une vaste culture et connaissance de la langue. » L’Office est justement ouverte au plus grand nombre, à tous ceux qui veulent « agir en faveur d’une représentation plus positive, d’une valorisation de la langue et la culture de la Réunion. »
Il restera toujours d’« irréductibles Gaulois » !
En plus des soutiens institutionnels de la Région Région, associatif de Tikouti, Ankraké, de la FOL (Fédération des Oeuvres Laïques), l’Office a sollicité l’appui du Conseil Général, mais aussi de l’Etat à travers la Drac. « Nous n’avons pas la prétention d’être le seul à représenter la lutte pour la reconnaissance du créole », précise Axel Gauvin. Toutes les bonnes volontés seront les bienvenues pour convaincre ceux qui doutent encore de la nécessité de reconnaître le créole comme une langue, de valoriser la culture créole, de lui donner sa place pleine et entière au sein de l’école de la République. En 1999, un sondage JIR-IPSOS soulignait que 50% des Réunionnais partageaient l’avis de l’enseignement du créole à l’école, soit 50% qui restent à convaincre ou du moins une partie sachant que les préjugés ont la vie dure et qu’il demeurera toujours d’« irréductibles Gaulois » ! N’oublions pas que la première expression en faveur de la reconnaissance du créole comme langue date de 1961 lorsque Boris Gamaleya a écrit sa lettre à un anti-créole dans la revue “Le rideau de canne”. N’oublions pas que c’est grâce aussi à la musique, aux chanteurs, aux groupes qui, comme le rappelle encore Axel Gauvin, « ont fait et font chanter La Réunion en créole », que la culture de l’oralité a pu subsister. Les choses ont évolué positivement même s’il reste encore un important travail à fournir au niveau de l’école afin de démontrer l’intérêt pour les jeunes Réunionnais, mais aussi des médias, formidable support de valorisation. L’action de valorisation est fondamentale. Peut-être que la lutte ne fait finalement que commencer ?
Stéphanie Longeras
An plis ke sa
Sur le côté pile, créole et médias certes les choses bougent un peu mais sur le côté face, il reste encore un gros travail à accomplir pour que les supports d’information s’emparent du débat. Les radios et télés sont un bon moyen de valoriser la langue. L’Office prépare actuellement des « modules de valorisation » sous la forme de sketches diffusables sur les ondes radio et à la télé d’ici 2008. Il faudra attendre 2009 pour se tourner vers la presse écrite, espérant que d’ici là la question de la graphie aura avancé. L’association va essayer de publier au moins une fois par an une brochure de valorisation et en plus de la publication des Contes de Perrault en créole avec la FOL, elle souhaite travailler aussi sur des albums jeunesse.
S. L.
Absence de politique linguistique en France
Toutes les langues minorées ont un besoin fondamental de solidarité
Matinée d’ouverture du colloque et déjà un premier constat partagé avec nos amis occitans, basques, alsaciens, bretons, martiniquais, mauriciens : les défenseurs des langues minorisées doivent être solidaires. Dans son combat pour la valorisation du créole réunionnais, La Réunion n’est pas isolée.
Pour Michel Ducasse, journaliste mauricien, rédacteur en chef de “Week-End” et poète que l’on connaît : « Il ne faut pas rester isolé dans le combat ». Il faudrait selon lui que dans chaque île, dans chaque zone de France ou une langue a besoin de reconnaissance organiser une grande manifestation de valorisation qui se déclinerait partout. « C’est ça qu’il faut pour faire avancer la cause du créole. » Bien qu’à Maurice où créole, anglais et français sont les trois langues usitées couramment la question de la diglossie ne se pose pas, reste à ouvrir l’école mauricienne au créole. Soyons solidaires.
« Ne pas rester isolé dans le combat »
David Grosclaude, président de l’Institut d’Études Occitanes, « très agréablement surpris » de voir les avancées réalisées à La Réunion avec la création de l’Office, invite à une revendication soudée en faveur des langues régionales minorées « face à une puissance qui a besoin de prendre conscience qu’elle n’a pas la science infuse ». Fort de l’expérience pour la reconnaissance et la place de l’Occitan sur les chaînes télé, revendication qui a rassemblé 20.000 personnes le 17 mars à Béziers, il estime nécessaire (en réponse à la remise en cause de la langue régionale dans le primaire) que « les fonctionnaires ne sont pas de droit divin. On a tendance à l’oublier. Chez nous, on a une vision de l’État monarchique (...). Il faut faire comprendre à la population que ce qu’elle veut est légitime. Le problème, c’est qu’on nous met hors la loi car il n’y a pas de législation linguistique en France et qu’il faut s’appuyer sur un droit pour demander un certain nombre de choses. La population n’ose pas dire. L’Office va débloquer les militants passifs car n’oublions qu’il suffit d’une génération pour qu’une langue soit anéantie ». Un enseignant martiniquais souligne que l’exemplarité porte ses fruits. Son épouse, enseignante en classe bilingue, a opté pour la vidéo afin de montrer la teneur de son enseignement et ça marche. Et de souligner que « c’est l’enfant qui convainc le parent. » Et un ami mauricien de souligner à son tour que « le créole a besoin de solidarité ». Pour Axel Gauvin et les autres participants ce sont « toutes les langues minorées (qui) ont un besoin fondamental de solidarité. C’est par la solidarité que nous allons promouvoir ensemble les langues et les cultures mais c’est aussi les gens et les peuples que nous défendons. »
S. L.
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Messages
31 août 2007, 21:08, par Mabee
Je ne c’ est pas trop quoi dire... Tres emue, je voudrais vous remercier du courage que vous avez eu ; en prenant cette initiatife.
Il est temps pour nous tous de nos unir sur terre. je vais a present, rejoindre l association a Paris de la Memoir de noir... Je me bas seul depuis 7 ans et, il est temps maintenant pour nous, de nos unir, pour preserver nos cultures et de valoriser nos droits...
J espere pouvoir unir tres rapidement, un nombre infinit de personnes, qui seront pretes et ouvertes a lecoute, pour faire changer les differences.
Mabee.
4 septembre 2007, 11:36, par un internaute
Pourquoi n’avez-vous pas écrit en Créole,pourquoi le Journal Témoignages n’est pas écrit en créole ?? si on veut valoriser vraiment la langue créole
6 septembre 2007, 15:01
Tous les jours, Justin propose son billet en créole alors que le vendredi est accordé à la page créole.
L’écriture n’est pas le seul élément de valorisation de la langue, d’autant que la question de la graphie est encore en réflexion.
Si c’est un souhait de pouvoir lire davantage de créole dans la presse écrite,je peux dire sans hésiter que nous sommes déjà le seul quotidien qui en propose autant, sachant que la finalité n’est pas de faire un journal tout en créole ou tout en français d’ailleurs.
SL