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11 novembre : commémoration des travailleurs engagés de La Réunion
12 novembre 2018, par

Ce 11 novembre a eu lieu la commémoration de l’abolition de l’engagisme indien. Cet événement a permis de rendre hommage à l’ensemble des immigrés venus à La Réunion sous le régime de l’engagisme, quelle que soit leur origine géographique. Ils ont connu le passage par les lazarets de la Grande-Chaloupe, avant de participer à la création du peuple réunionnais.
Dans l’histoire de La Réunion, les lazarets de la Grande Chaloupe sont un lieu très importants. C’était en effet dans ce lieu qu’une quarantaine était imposée à toutes les personnes qui voulaient entrer à La Réunion. Cette situation a duré pendant des décennies au 19e siècle et au début du 20e. Or, pendant cette période, La Réunion était une terre d’immigration. Les besoins de l’agriculture et de l’industrie du sucre nécessitaient une main d’œuvre importante. Or depuis 1815, la traite était interdite, ce qui compliquait la tâche des esclavagistes qui cherchaient à remplacer les travailleurs exploités jusqu’à la mort dans les plantations.
Le développement de l’industrie sucrière à La Réunion a coïncidé avec l’arrivée de travailleurs immigrés qui étaient dorénavant considérés comme des êtres humains. Ils avaient le statut d’engagé, car ils avaient théoriquement signé un contrat de plusieurs années les liant à un propriétaire foncier. Comme la canne à sucre était une culture déjà développée en Inde, c’est donc vers ce pays que les recruteurs se sont dirigés. L’Inde était alors une colonie de la Grande-Bretagne. Mais les traitements subis par les travailleurs engagés étaient si durs, que la Grande-Bretagne a décidé de ne plus laisser la France recruter des travailleurs indiens. Cette décision entra en vigueur le 11 novembre 1882. Cette date marque donc l’abolition de l’engagisme indien. Elle est devenue une date commémorative dans le calendrier réunionnais. Mais elle ne concerne pas seulement un hommage rendu à de nombreux ancêtres de Réunionnais d’origine indienne.
En effet, les besoins de la société de plantation étaient si importants que des engagés sont venus d’autres pays, notamment de Madagascar, du Mozambique, d’autres pays d’Afrique ainsi que de la Chine.
Tous ces immigrés avaient un point commun : le passage par les lazarets de la Grande-Chaloupe, quarantaine imposée à chaque voyageur entrant à La Réunion.
Le 11 novembre est donc devenue la journée de commémoration des travailleurs engagés de La Réunion.
Hier, cette journée a commencé par une procession religieuse partant du lazaret pour se diriger vers la mer en passant sous les ponts du chemin de fer, de la première route du littoral et de la route actuelle. Des représentants de différentes cultures se sont succédé. Il y eut tout d’abord l’hommage de la Fédération tamoule de La Réunion, puis celui de la Fédération des associations chinoises de La Réunion, ensuite celui du CRAN, de Kafpab et de Miaro. Symboliquement, des fleurs ont été jetées dans la mer, là d’où sont venus les dizaines de milliers d’immigrés qui ont transité et parfois sont morts à la Grande-Chaloupe.
Puis un temps culturel a permis de 11 heures à 14 heures 30 de s’informer sur ce qu’était la vie de ses engagés au travers de différentes prises de parole, et de la visite de stands d’exposition. Ce fut aussi l’occasion pour des élèves des collèges Jean Lafosse de Saint-Louis, Simon Lucas de l’Etang-Salé, Jules Solesse de Saint-Paul et Jean Albany de La Possession de présenter des carnets de voyage, un travail pédagogique qui s’inscrit dans une meilleure connaissance de l’histoire de La Réunion.
Trop nombreux sont en effet les Réunionnais à ignorer qu’un de leurs ancêtres est passé par les lazarets de la Grande-Chaloupe. Un fait à mettre sur le compte d’un système qui ne cherche pas à faire des Réunionnais un peuple conscient de son histoire si singulière.
Aussi aux côtés des travaux de réhabilitation de ces monuments historiques, c’est une autre tâche qui est nécessaire pour dire simplement aux Réunionnais d’où ils viennent. Et pour nombre d’entre eux, quelle que soit leur catégorie sociale ou leur origine culturelle, un point commun est incontestable : le passage d’au moins un de leurs ancêtres par les lazarets de la Grande-Chaloupe. C’est dans cette vallée ouverte seulement sur la mer qu’ils ont eu leur premier contact avec La Réunion. C’est dans ces camps que s’est construite une partie de l’identité du peuple réunionnais.
M.M.
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