Vingt ans après, qu’est donc le jeune FC devenu ?

12 mars 2007

“Vingt ans après !” Dans cet ouvrage, Alexandre Dumas évoquait ses héros mousquetaires plus vieux de 20 ans. Il y dépeint le désenchantement de Porthos, les doutes de d’Artagnan, et tous ses personnages, regardant en arrière, se demandent ce qu’ils ont fait de leur vie, qu’est-il advenu de leurs idéaux de jeunesse ? Déjà, on sent poindre, sous la plume de l’auteur, son propre désenchantement, qui tournera au pessimisme le plus profond avec le troisième volet des mousquetaires : “Le Vicomte de Bragelonne”.

Vingt ans après ! Je me souviens de ce que - en substance - un ami très cher et trop tôt disparu me rapportait d’un jeune journaliste qu’il venait de recruter pour “Témoignages”. Ce jeune est pétri d’idéaux, d’une culture profondément humaniste. Il ambitionne un destin à la Albert Londres, à la Hemingway, pour lui, ce sera ça sa vie ou rien.

Vingt ans après ! Le titre du chapitre 52 me trotte dans la tête : « Le malheur donne de la mémoire ». Tout comme Dumas l’écrit, j’y croyais aussi. Jusqu’à ce samedi 10 mars 2007, juste avant de lire, dans “Le Quotidien“, un billet en tête de la page 15 où s’étale la preuve que, 20 ans après, le jeune journaliste qui se rêvait nouvel Hemingway a renoncé à son beau rêve et préfère désormais tremper sa plume dans la fange. « Le malheur donne de la mémoire » ? C’est vrai que confrontés à l’inconcevable, nous voici contraints de réévaluer ce qu’étaient jusque-là nos préoccupations, nos valeurs. Certains en sortent renforcés, mûris, d’autres en deviennent aigris.

Vingt ans après ! Qu’il est triste de constater que n’étant pas devenu Hemingway, le jeune journaliste prometteur s’est avili et se complaît dans le rôle de colporteur de ragots les plus ignobles, en authentique voyou de plume.

Vingt ans après s’être fixé pour objectif d’être Hemingway ou rien, le constat s’impose, il n’a pas pu, su ou voulu se donner les moyens d’être Hemingway.

Vingt ans après, pour se donner l’illusion d’exister, il lui faut médire, inventer d’impossibles filiations, sans même remarquer qu’ainsi préoccupé à déshonorer les autres, il ne parvient qu’à nous prouver son propre déshonneur.

Jean Saint-Marc


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