“Can’ Tamarin” de Jimmy Désamb

Visite de la société en chansons

6 février 2007

Au verso, une bande adhésive avec des points - le braille - permet à des déficients visuels de connaître les compositions de cet album.

Le regard porté par un artiste sur son environnement, on peut le détecter dans ses chansons. Jimmy est l’un d’entre eux. Dans son nouvel album “Can’ Tamarin”, il jongle avec le vocabulaire créole réunionnais, tantôt pour revisiter ses souvenirs, tantôt pour visiter la réalité. Une des voix qui l’accompagnent est celle de Nicolas M’Tima. Particularité de ce dernier, il est déficient visuel. Il préfère ce terme à celui d’aveugle. Une étiquette que l’on colle facilement à des personnes pour les enfermer dans un monde. Déficient visuel, cela signifie pour lui qu’il voit la vie autrement.

Jongler avec les mots

Au verso d’une cinquantaine d’exemplaires de l’album Can’ Tamarin, une bande adhésive avec des points : c’est l’écriture braille. Cela permettra aux déficients visuels de connaître les intitulés des 6 chansons et le titre de l’album, ainsi que le nom de l’interprète, auteur et compositeur qu’est Jimmy Désamb. Une première, selon ces 2 dalon qui se sont rencontrés lors d’une émission Zambrokal qu’anime Nicolas M’Tima sur Radio Arc en ciel. Jimmy Désamb dit de son compagnon de la chanson qu’« il est modeste ». Cela ne l’empêche pas d’être alerte à tout ce qui se dit. Et d’avoir la réplique et la vue juste !

Parfois « douces » , parfois « aigres »

Revenons à Can’ Tamarin - une variété de canne qui a existé -, un mélange de compositions parfois « douces », parfois « aigres ». Pour qu’on ne reste pas sur notre faim, Jimmy Désamb les explique une à une. Cette rencontre a eu lieu hier durant une grande partie de l’après-midi, justement dans les locaux de la station de radio Arc en ciel. Avec un Nicolas M’Tima prêt à relever la moindre erreur d’interprétation. Entrons donc sans plus attendre dans la danse. “Sak i pran lo van”, décrit la vie d’une personne. Elle a quitté La Réunion. Arrivée à destination après des journées passées à s’acclimater, elle a le mal du pays, « dan son bagaz mèm li pèt pa, na log ou coco lodèr zanana, kan mèm lé loin la ou li sava, dan son tèt i dor in ti séga ». Nostalgie ! Nostalgie !

“Ali mèm mon vré kozé”

“Mon lang” sur laquelle Nicolas M’Tima pose sa voix, est un point de vue de Jimmy Désamb sur la langue créole. Il est pour sa diffusion entière de l’école jusqu’aux administrations notamment. Car il s’étonne de voir les Mauriciens parler en créole dans les assemblées - moi, non. Il ne s’oppose pas à la langue française. Pas du tout ! Mais faute de terrain d’entente sur un K ou un W, la langue réunionnaise a du mal à gagner sa place dans cette société ! Il demande donc la fin des polémiques. « Mon lang lé pou moin cozé, kréol comme sa moin lé né, dacor pa dacor, moin mi coné ali mèm mon vré kozé ». “Kizine momon” est un “plongeon” dans ses souvenirs autour de la cuisine où l’odeur des plats cuisinés à “ravagé” ses narines. Un clin d’œil à sa mère ! Cette ambiance autrefois familiale, il est nécessaire de la préserver. « Mi aime lodèr la fimé, la kizine momon, son marmite noir i san bien bon, néna fil zarénié ».

Un homme orchestre, le politique

L’une des 2 dernières chansons est “Violon politic”. Il colle à l’homme politique une représentation d’homme orchestre. Il revendique ainsi sa liberté de pensée. “Li sèf lorkèss sèf konéssèr, in bon cozèr pou boug en lèr”. Une chanson qui donne déjà le ton des prochaines échéances. Besoin de voix oblige ! Une mélodie de circonstance comme la suivante, “Révolutionnaire”. Pas un refrain pour entrer en guerre, mais un appel à regarder la situation actuelle. A La Réunion, combien de familles vivent encore dans la misère ? Et si l’on jette un regard sur la planète, les nouvelles sont guères réjouissantes. Des tués par ici et des massacrés par là. Des tensions qui peuvent, selon Jimmy Désamb, aboutir à une révolution.

Cette rencontre s’est terminée comme elle a débuté sur la voie joviale. Un partage très intéressant avec 2 jeunes Réunionnais qui s’impliquent dans la vie de La Réunion. Ils souhaitent pour elle une évolution justement par la révolution des cœurs et la mise aux oubliettes des méli-mélo. Ils ne manqueront pas de nous signaler où ils donneront des représentations. Une en mars est d’ores et déjà annoncée.

Contact Jimmy Désamb : 0692-86-9-457 - Nicolas M’Tima : 0692-71-20-59

J.-F. N.


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Témoignages - 82e année


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