Kabar anniversaire Salem Tradition samedi

Voir loin derrière et vois encore plus loin devant

25 février 2008

La pluie battante et le vent tournoyant n’auront pas effrayé le public qui aura bravé de détestables conditions climatiques pour fêter comme il se doit la décennie Salem Tradition.

10 ans de Salem Tradition, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’un phoenix est né de l’année 1998. Se souvient-on de la commémoration du 150 anniversaire de l’abolition de l’esclavage ? Jamais auparavant, et jamais depuis, La Réunion n’a célébré la fête Kaf avec autant d’effervescence.
C’est au cœur de ce renouement, de cette communion, de ce rassemblement que les voix et les percussions de Salem Tradition ont pris leur premier envol.

Ivresse musicale

Samedi soir, pour le kabar anniversaire, Odilon était habité, Vincent était connecté, David était en communication, l’esprit maloya était sur Nadège et Christine, sereinement en transe, versait dans sa voix quelque alcool sans rhum, pour l’ivresse seule de la foule.
400 personnes, à la louche, sans compter les flux. Sous l’espace couvert de Jeumon, une exposition retrace l’histoire de la langue créole, l’histoire de son écriture, une autre celle du groupe. Les instruments maloya trônent au centre, et sur les murs, diaporamas et vidéos nous invitent à voyager avec le groupe sur son chemin maloya.

Kabar Hangar

Bien sûr, on se serait passé des gradins, bien sûr, on aurait préféré pour le groupe un sol où l’eau de pluie ne stagne pas par endroits sur le béton, bien sûr, on aurait aimé quelques écrans géants aussi à l’intérieur... mais tout ça, ce ne sont que des détails, et puis, on pourra se dire dans 10 ans : mon pié té kraz maloya dann lo Jeumon pou laniversèr Salem Tradition. On pourra se dire : dans ce hangar où les techniciens réussissent le miracle d’ajuster les sons, nous avons pilé le maloya jusqu’au-delà de minuit.

Piédboi maloya

Parce que dans 10 ans, Salem Tradition sera toujours là. Le groupe fait partie des nouvelles branches, et le concert de samedi se ramifiait aux troncs inébranlables des aînés : Françoise Guimbert, le monmon, Danyèl Waro et Arsène Cataye, bann papa. Les aînés, oui, les racines, on le sait, sont beaucoup plus profondes. Il n’y a qu’à écouter Christine chante langage...
Les fruits de Salem Tradition ont également semé de nouvelles espérances, comme en témoigne la présence d’Olivier du groupe L’indigo, nouvelle fleur du maloya... Tout le monde avance et poursuit le défrichage et le “dépierrage” du raidillon emprunté par les anciens.
L’âge, ça ne veut rien dire. Puisque notre âme naît et vit en dehors de la scène... 10 ans, ce n’est que 10 ans de scènes, le maloya pour Odilon, Vincent, David, Nadège et Christine, c’est la vie toute entière.

Francky Lauret


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