Théâtre

Vol dann somin kann

27 octobre 2007

L’usine de Beaufonds va fermer ses portes. Il suffira à Sonia Chane-Kune, politologue réunionnaise, d’apprendre cette nouvelle pour qu’elle commence des entretiens avec les habitants de Beaufonds, les mémoires vivantes de l’usine. De ses notes, de ces témoignages bénédictins, de l’entretien sociologique, naîtra une pièce de théâtre, presque écrite par les habitants eux-mêmes. La première est prévue le 6 novembre, dans un champ de cannes.

L’écriture de "Vol somin kann" fut confiée à Lolita Monga, alors à la compagnie Acte III. Cette compagnie, on le sait, est elle-même impliquée dans la vie bénédictine. Et elle a pris un malin plaisir à impliquer les habitants de Beaufonds, devenus des historiens à leur façon, des comédiens malgré eux, pour restituer la mémoire de leur lieu de vie, un coin de La Réunion chargé d’histoire. Pour conserver la mémoire de Beaufonds. Voilà donc 10 ans que ce projet fait son petit bonhomme de chemin, qu’il mature sans faire de bruit. Depuis 2 ans, les choses se précisent. Le théâtre est devenu le moyen pour transmettre cette parole kann. Et la pièce de théâtre est fin prête, la première est pour le 6 novembre. On ne pouvait parler d’un quartier comme Beaufonds sans y inventer un décor à la hauteur de son histoire. Alors, c’est en plein air, dans un “somin kann”, que le public viendra apprécier les causeries, le fonnkèr, l’âme bénédictine. Juste à côté de l’usine désaffectée. Vous verrez. Reconstruire cette histoire orale, cela demande du temps, et de la méthode. C’est lors des veillées objets que l’on pouvait entendre renaître l’histoire de Beaufonds. Les gramounes arrivaient avec leurs objets lontan, qui servaient de déclencheur pour raconter des histoires d’hier, celles que notre jeunesse ignore. L’histoire de la canne, de l’usine, la mémoire ouvrière et agricole du quartier s’entremêlent, et conjuguent le mauvais sort de récits tombés dans l’oubli.

L’imaginaire réunionnais ne peut se penser sans les champs de cannes. "Vol somin kann", mise en scène par Lionel Deverlanges, est un travail de mémoire, sans passéisme, ni misérabilisme, une œuvre atypique qui fait se rencontrer amateurs et professionnels. 16 comédiens en herbe partagent en effet la scène avec 5 professionnels, dont Arnaud Dormeuil et Mickaël Fontaine. L’histoire ? Ça commence par un petit vent frais. On revoit la fumée de l’usine, perdue dans l’étendue des champs de cannes. Pardon ! dann karo kann. L’usine est vivante, elle parle, elle raconte. Peut-être par la voix de Grenouy. On dit que la nuit, il cause avec les âmes de tous ceux qui travaillaient à l’usine. Peut-être entendrez-vous la voix de rat-gro-vent ou de Bator et Guingan. Lors de la représentation, observez tout. Tout a été fait, imaginé, décoré par les habitants eux-mêmes. Si vous croisez la créatrice de costumes Térésa Small, les couturières du quartier ne sont pas loin. La musique de la pièce tient quelques notes et surtout les rythmes de Yohan Calciné et de Damien Mandrin, musiciens, mais ce sont encore des musiciens la kour qui détonnent. Bref, vous ne pourrez pas rester insensibles à ce travail complet, sérieux, populaire, historique, poétique aussi.
Six représentations sont prévues : les 6, 9, 10, 13, 16 et 17 novembre.

Bbj


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Témoignages - 82e année


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