La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Avenir de la canne - 5 -
15 juillet 2006

Né dans une famille sainte-marienne historiquement attachée à l’économie sucrière, dans la proximité de l’usine de la Mare, William Cally est un jeune auteur dont les écrits fantastiques ont puisé leur sève au versant agricole de l’univers sucrier. Un univers dont les dimensions réversibles - jour/nuit, passé/présent, poétique/refoulé... - ont nourri son imaginaire. Quel saut dans le futur prépare cet univers paradoxal ? William Cally n’en est qu’au début de ses recherches en écriture. Mais pour ce qu’il en sait, La Réunion, sans son océan de verdure, souffrirait d’une ’perte esthétique’, d’un ’vide de la mémoire’.
Nous cherchons à cerner la place de la canne à sucre et de son univers dans l’imaginaire réunionnais, aujourd’hui. Que pouvez-vous en dire ?
- Ce que je perçois, c’est l’angoisse de voir les champs de canne à sucre disparaître et, à la place, une prolifération du béton ; l’angoisse de voir un monde ancien submergé par un autre monde - un monde moderne avec ces immeubles, ce béton, ces routes, qui viendraient engloutir le décor qui fonde notre histoire, nos paysages. C’est vrai que, du point de vue des agriculteurs, il y a des champs de canne de moins en moins rentables, qui pourraient disparaître de par cette défaillance économique.
Dans “Kapali...”, vous décrivez plutôt le “côté sombre” de l’univers cannier que vous avez connu à Sainte-Marie.
- A Sainte-Marie, il n’y a pas beaucoup de chemin à faire pour se retrouver dans un champ de canne. J’allais me balader souvent dans les champs. Mais il y a une grande différence entre un champ de canne de jour et de nuit. “Kapali” est l’histoire d’un karo kann à Bois-Rouge (Sainte-Marie), hanté par un “bébèt”, qui n’est autre que le spectre d’un chasseur d’esclaves ayant vécu 2 siècles plus tôt. Ce “bébèt” se promène avec son chien de chasse, qui se lance à la poursuite des promeneurs égarés...
À part l’angoisse, vous ne décelez pas d’autre présence ?
- Pour ce qui me concerne, je cherche le paradoxe dans le champ de canne. Il réunit l’image de la végétation et de l’espace agricoles parfaitement maîtrisés, de jour. Dès lors que la nuit tombe, si on a eu le malheur de s’égarer sur ses sentiers, le karo-kann devient un paysage labyrinthe, un endroit où on peut se perdre corps et âme. Cela rejoint l’image de la forêt occidentale, ou l’image de la jungle, de ces “lieux de perdition” pour humains égarés...
Peut-être aussi lieu d’aventure, de dépassement de soi ?
- En fait, dans le champ de canne, il y a quelque chose qui ressort de la beauté poétique... Ces étendues d’immensité végétale, qui rejoint l’immensité océanique. Une beauté poétique pure.
Mais c’est aussi, cachée sous le couvert végétal, une part de l’Histoire de La Réunion faite de rencontres menaçantes : l’esclavage, les souffrances, les engagés, les efforts, la sueur, le sang qui ont gorgé ces terrains. C’est pour cela que l’image de “sucre amer”, qui revient souvent, est juste.
Votre approche du fantastique exploite ce paradoxe-là ?
- Le fantastique part d’un réel tout à fait ordinaire, où il fait surgir un événement qui fait complètement basculer l’ordre apparent des choses. Le personnage qui est confronté au surgissement du surnaturel ou du fantastique dans sa vie, jusque-là ordinaire et banale, est plongé dans un état d’incompréhension devant le monde. Le fantastique se base souvent sur des héros modernes, empreints de cet esprit rationnel et cartésien, confrontés soudain à des violences archaïques très anciennes...
Pour moi, la disparition des champs de canne serait une grande perte esthétique, au niveau du paysage. Si un jour cette poésie disparaissait, cela laisserait un vide esthétique et un vide dans notre mémoire.
Propos recueillis par P. David
* * *
William Cally, Kapali, la légende du Chien des cannes et autres nouvelles fantastiques créoles. Prix Océan Indien de la nouvelle 2003 - L’Harmattan - collection “Lettres de l’océan Indien”, 2005.
L’auteur a reçu une nouvelle fois en 2005 le Prix Océan Indien de la nouvelle pour “Les chaînes du Jako et autres nouvelles fantastiques créoles” (à paraître).
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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