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Interludes in progress : jeux entre disciplines artistiques
26 mars 2007

Du côté de la Compagnie Danse en l’R, les travaux sont en cours. Eric Languet a confié à ses danseuses la chorégraphie de 4 pièces. Vendredi soir, au K de Saint-Leu, les chaises longues n’étaient pas en nombre suffisant pour accueillir le public : debout, on scrute la scène, on observe, on écoute, et puis on échange.
Quatre fois 15 minutes, 4 bouts de spectacles vivants en construction, et puis, au final, un échange avec le public. C’est ce que proposait la soirée Oblik du K face à un public saint-leusien qui a dévoré des yeux et des oreilles ces instants privilégiés.
Fonnkèr, slam, jazz, hip-hop, beat box ...
Le point commun à toutes ces créations est l’inter-jeu. La première pièce “Le blanc entre les mots” mélange la danse contemporaine au slam, au beat box et au hip-hop. C’est la création la plus avancée qui a d’ailleurs déjà été jouée au Festival de Danse Urbaine de Saint-Denis, fin 2006. Une nouveauté toutefois : l’arrivée de Mickaël Fontaine comme slameur aux côtés de Charlie et de Niko.
La seconde, “Fonnkor”, confronte la danse à la poésie, la danseuse Mariyya et la fonkézèz Barbara Robert. L’interaction entre les deux disciplines artistiques se traduit sur scène par un ralé-pousé entre les deux jeunes femmes : la première secouant la seconde, la traînant par les pieds d’un bout à l’autre de la scène, la roulant par terre, lui intimant de dire son texte de telle ou telle manière, dans telle ou telle posture... et puis, ce final où la poétesse compose sur scène d’après les mouvements improvisés de la danseuse. Le style de haut-vol de Barbara et son engouement pour les proliférations injurieuses et poétiques se fondent à merveille dans la danse de la déstructure que compose (ou décompose) Mariyya. Un régal.
La troisième création, “J’ai pas cherché”, prend pour thème central la rencontre, cet accident de la vie qui nous rappelle à la passion. Sur fond de jazz et de poésie, le duo Soraya-Niko se livre avec une grande sensualité avant que celui-ci ne revienne au beat box avec vibrato pour provoquer chez la danseuse de nouveaux accidents de parcours, quasi électriques.
Enfin, la dernière proposition, “Public 07”, avec Nelly, Diane et Ludovic était sans doute la plus conceptuelle, la plus curieuse. Le fond sonore est composé d’enregistrements de spectateurs effectués avant le début de la représentation et remixés sur scène. L’interactivité va encore plus loin avec cette prise de jack remise au public qui, en la touchant, provoque à son gré des grésillements et des explosions repris par les deux danseuses.
De l’anti-danse à la contre danse ?
Les créations, à des stades d’avancement divers, sont toutes portées principalement par les danseuses de la compagnie Danse en l’R, à qui Eric Languet a donné carte blanche. Le public a véritablement apprécié ces essais chorégraphiques, comme le prouve l’échange qui a eu lieu en final avec tous les artistes sur scène.
La première intervention de spectateur vient questionner le sens de la construction : Est-ce le texte qui vient nourrir la danse ou inversement ? Ce sont les deux. Les ponts tissés entre les disciplines admettent tous les sens de circulation.
« Qu’est-ce que vous exprimez avec la danse que vous ne pouvez exprimer autrement ? », interroge encore un spectateur. « Je me demande si la danse est bien le bon moyen pour exprimer tout ce dont j’ai envie », répondra alors l’une des danseuses. Un touriste se félicite quant à lui d’avoir passé le baro du K, et lance : « Ce n’est pas de la danse que vous nous proposez, c’est de l’anti-danse, c’est de la contre danse. J’adore cette manière que vous avez de vous intéresser à ce qui se passe entre les mouvements ».
Prochaines représentations en juin au Kabardock et probablement en septembre au Séchoir.
Eiffel (avec SL)
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