Yèr la vanzé, zordi sobatt

6 novembre 2006

Samedi, à l’occasion du décrochage de l’exposition Sékanss des artistes Cristof Denmont, Rio Palme, Stéphane Kenklé et David Imaho, s’organisait une manifestation militante en l’honneur de la révolte des esclaves à Saint-Leu, le 5 novembre 1811.

Le comité Elie est composé d’associations (Rasine Kaf, Art Sénik, Lantant Pikan et consort) qui, depuis 1999, luttent pour la reconnaissance d’une partie valorisante de notre histoire pourtant occultée. La résistance des esclaves de Saint-Leu n’est connue que par quelques militants réunionnais, alors qu’elle donne un autre visage de la liberté, non plus axé sur la victimisation de nos ascendants, mais au contraire sur le chemin de “l’humanisation” qu’ils ouvrent. Dès ce 5 novembre 1811, la marche vers l’abolition de l’esclavage est engagée. Certains militants n’hésitent pas à comparer cet événement à une petite « révolution française », dixit Luc Morva. A cette occasion, Rasine Kaf, dans le cadre de ses recherches, a sollicité les acteurs de l’action de 1999 pour un tournage restitué le soir du décrochage par un film de plus d’une heure, réalisé par Sophie Rotbard. Peut-être un peu long, mais fort intéressant, puisque nourri par une dizaine d’entretiens. Les “acteurs”, Alex Mithra, Philippe Bessière, Ida Latchimy, Eddy Babet, Pierre Myrthe, Yvrin Rosalie, Bernard Zopire, Georges Ténor, Georges Tergémina et Luc Morva, ont fait valoir la nécessité impérieuse de valoriser cette histoire inconnue et d’honorer la mémoire d’Elie, en débaptisant le parc du 20 décembre, promesse de Jean-Luc Poudroux, Maire de Saint-Leu. Sept ans après, la promesse est restée lettre morte. Au moins, ce film revendique la reconnaissance du Kaf dans la société réunionnaise. Prendra-t-on en compte cette réflexion sur la rénionité ? L’historien Philippe Bessière présentait ses recherches effectuées récemment à Maurice, en prélude du film, et ouvrait le débat ô combien passionnant. Nous y reviendrons dans une édition ultérieure.

Kabar pour un grand résistant

150 personnes environ, si ce n’est plus, sont venues honorer l’événement. Les activités ne manquaient pas. Entre l’exposition du kolèktif Aléaa, la projection à ciel ouvert devant l’installation des sculptures du talentueux David Imaho et du kabar organisé par l’équipe du magazine “Nout Lang”, l’ambiance fut chaude. Jabo ti kaba, Lao avec « bann laménèr-fonnkézèr » Mikaèl Kourto et Sébastien Técher, Lindigo avec la famille Araste qui nous mène tout droit aux racines malgaches et africaines, cela en correspondance directe avec le propos de la soirée. Elie devait jubiler de là-haut. Le kabar s’achevait sur l’énergie “multiwatt” d’Axel Sautron et son groupe 7po, tous Po... ssédés par le mal... oya. Cela ne doit pas nous faire oublier que les artistes du kolèktif Aléaa décrochaient leurs œuvres dans une ambiance superbe, commémorative. Saluons par la même les artistes “en fleur” qui nous ont concocté un mandala au sol à la mémoire du marron inconnu. Ida Latchimy, Bernard Zopire, Yvrin Rosalie et Ghislaine Bessière, tous concernés par le film “Somin la mémwar”, nous ont artistiquement conduits tipa, tipa vers la liberté.
La manifestation s’est poursuivie tard dans la nuit pour être prolongée dimanche par un rassemblement à la Cafrine à Saint-Leu. Pique-nique partage, exposition, kabar. Elie a été fait roi au quartier Trois Lettres. Espérons que J.L Poudroux, qui était invité et brillait par absence, redorera le blason de sa commune en inaugurant incessamment sous peu la place Elie.

Bbj


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Témoignages - 82e année


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