Culture et identité

Yvan Dejean : « le rôle essentiel des démocrates, des travailleurs et des communistes »

20 décembre : intervention du secrétaire général du Parti communiste réunionnais

Yvan Dejean / 23 décembre 2019

Voici le texte de l’intervention prononcée vendredi dernier par Yvan Dejean à l’occasion de la célébration du 20 décembre par le PCR à Bois de Nèfles Coco, Saint-Louis.

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Yvan Dejean, secrétaire général du PCR et Elie Hoarau, président du PCR, entourés de Ary Yée Chong Tchi Kan et Julie Pontalba, membres du secrétariat du PCR.

Chers amis et camarades,

Chaque année, les festivités marquant l’Abolition de l’Esclavage, le 20 décembre 1848, sont plus nombreuses et variées. Cela correspond à un besoin d’exprimer des sentiments émotionnels profonds et un devoir de mémoire. Ne jamais oublier l’Histoire. Mais avant de continuer, nous allons marquer une minute de silence, une pensée envers nos ancêtres, les esclaves qui ont vécu le pire des régimes politiques qui aient pu exister.

Merci.

Chers amis et camarades,

Il y a moins de 3 siècles et demi, La Réunion était couverte d’une forêt tropicale luxuriante, l’eau était claire ; les animaux et les poisons se ramassaient à la main. Pour les besoins de l’économie Française, l’île a été déboisée et plantée en épices, cannes, vanilles, huiles essentielles. Les animaux comme le Dodo ont disparu. Des personnes ont été amenées de force pour produire la richesse pour la métropole. On appelait ces forçats, des esclaves. Il y avait un marché aux esclaves.

C’est Colbert qui a rédigé le Code Noir. Dans ce code, il est écrit qu’un esclave est un “meuble”. Il appartient a un propriétaire qui décide de son sort et de celui de ses enfants. S’il se révolte, les sanctions sont abominables. Ça va depuis des coups de fouets jusqu’à couper une main ou le jarret. Même la ration alimentaire est décrit. On apprend dans les livres d’histoires que Colbert est un grand personnage politique de France Royale, un premier ministre. Mais, sur le sol de France, l’esclavage n’existait pas.

C’est dans ces conditions inhumaines qu’une société est née, s’est mélangée et a donné naissance à une langue, la langue créole, pour pouvoir communiquer entre les individus et exprimer les émotions, les révoltes. Ce n’est pas la langue française, celle des Maîtres, qui s’est imposée. La langue créole est une langue nouvelle et différente des langues importées des pays d’origine.

Nos ancêtres étaient tous des étrangers, ne se connaissaient pas. Nous en sommes les descendants. Peu importe les points d’origine, nous sommes aujourd’hui un peuple, le peuple réunionnais. La création du Parti Communiste Réunionnais a accéléré la prise de conscience qu’un peuple a droit à la responsabilité pour décider des affaires qui le concerne. C’est pourquoi nous appelons tous les Réunionnais à rédiger ensemble le projet de Développement Durable qui sortira La Réunion du marasme économique et de la catastrophe sociale. C’est quand même l’Insee qui a qualifié notre pays de Département “hors norme sociale.”, en 2013.

Il faut établir de nouvelles normes de solidarité, de partage, d’Egalité et de Fraternité, entre nous Réunionnais. Soixante ans après la fondation du PCR, les Réunionnais ont acquis des moyens de conforts matériels mais il n’y a pas assez d’emplois et de logements, les prix sont trop chers et 120 000 habitants sont illettrés. 42 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Les élections de 2020 et des années suivantes doivent marquer une étape vers le Développement Durable.

Chers amis et camarades,

Les festivités du 20 décembre doivent nous rappeler le rôle essentiel des démocrates, des travailleurs et des communistes dans l’appropriation et la valorisation de notre histoire. Aux premières élections municipales juste après la fin de la 2e guerre mondiale, en 1945, le CRADS a arraché 12 communes sur 23, dont Saint-Louis. Les femmes votaient pour la première fois. En 1948, pour célébrer le 100e anniversaire de l’Abolition de l’Esclavage, des festivités ont été organisées dans toutes nos communes. Symboliquement, un arbre de la Liberté avait été planté.

C’est le PCR qui a sorti le Maloya du Fénoir et lui a donné l’impulsion politique décisive. Combattu et dénigré, au début, il est chanté et joué partout maintenant. Les nouvelles générations se sont emparées du mouvement. Elles méritent nos félicitations et nos encouragements car aucune autre force politique ne pourra plus contrecarrer la dynamique. Cette probablement l’une des plus belles conquêtes politiques du PCR qui va traverser les générations.

Si, en 2019, nous fêtons le 10e anniversaire de l’inscription du Maloya au Patrimoine Mondial de l’UNESCO, nous devons souligner encore le rôle des Communistes, parmi d’autres partenaires.

Ce sont toujours le PCR à travers ses Députés qui a déposé a l’Assemblée Nationale la proposition de loi pour faire reconnaître l’Esclavage, crime contre l’Humanité. Elie Hoarau était signataire et peut en témoigner. En signe de réparation, le 10 mai a été retenu comme date commémorative sur l’ensemble du territoire de la République Française. Cette date mérite d’être mieux connue et plus célébrée.

Enfin, nous avons érigé à Sainte-Suzanne et, à Saint-Louis, au cimetière du Pere Lafosse, une stèle en faveur des Réunionnais morts sans sépulture et dont les âmes traînent partout. Il leur fallait un endroit officiel. C’est fait. Tous les 31 octobre nous allons déposer une gerbe pour saluer la mémoire de ces ancêtres.

Chers amis et camarades,

Il y aurait trop à dire sur le rôle et la place des Communistes dans la reconnaissance de notre histoire, notre culture et notre identité. Le 20 décembre de l’année prochaine, grâce à vous, nous organiserons les festivités sur la place de la Mairie.