Culture et identité

« Zanaka, ainsi parlait Felix » : une mémoire de 1947 à Madagascar

Un ancien combattant de 1947 livre ses souvenirs avant de mourir

Manuel Marchal / 6 avril 2019

La première soirée du Festival du film citoyen coorganisé par ATTAC-Réunion, la Lanterne Magique et Ciné d’îles était placée sous le signe de Madagascar avec la projection de « Zanaka, ainsi parlait Felix », film mettant en images la mémoire d’un combattant de 1947 qui livra ses souvenirs avant de décéder.

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« Zanaka, ainsi parlait Felix » était hier le film d’ouverture du Festival du film citoyen qui se tient jusqu’à dimanche au cinéma Casino du Port.

C’est un travail de plusieurs années qu’a présenté hier le réalisateur malgache Lova. Son film est le quatrième consacré à la révolte de 1947 à Madagascar, souligna-t-il lors du débat suivant la projection. Il vise à immortaliser le témoignage d’un des acteurs de cet événement historique. Felix avait moins de 20 ans quand les Malgaches se révoltèrent contre l’ordre colonial.

Il se souvient des travaux forcés le long de la voie ferrée dans la région de Manaka. Il évoque aussi l’exploitation des Malgaches par les Français, donnant l’exemple d’une plantation de cocotiers attribuée à un colon. Tous les hommes de la région devaient travailler pour ce français qui passait ses journées sur un divan, au bord de la mer. Sous peine de coups, les Malgaches devaient s’incliner et dire pardon quand ils passaient devant lui. C’étaient alors les femmes et les enfants qui cultivaient la terre pour assurer la subsistance des familles des travailleurs.

Felix se souvient du succès de la première attaque contre l’armée française, ce qui donna lieu à une grande fête au village. Mais avec ses camarades, ils furent trahis et livrés aux militaires qui les torturèrent. Obligés de s’empiler les uns sur les autres dans une cellule, ils étaient la cible de tirs aveugles. Felix se rappelle des camions qui emportait vers les fosses communes les victimes d’exécution sommaire, et d’un autre Felix qui fut fusillé à sa place par erreur.
Le Dadabe a ensuite évoqué son transfert à fond de cale jusqu’à Diego Suarez. C’est là qu’il rencontra deux députés du MDRM qui réussirent à le réconforter dans son calvaire. 70 ans après ces faits, Felix resta marqué dans sa chair par ces mois de torture.
Le film se conclut par les obsèques de Felix, l’hommage de sa famille et de l’armée malgache à un ancien combattant de 1947.

La projection d’hier était une première à La Réunion, pour un film qui a été primé par le Poulain d’argent au Festival panafricain du film de Ouagadougou. Il sera prochainement montré à Madagascar, où Lova reste incertain quant à l’accueil du public au sujet d’un film qui traite d’une « période tabou » d’après lui.

M.M.