Zénès Maloya 2008

5 mars 2008

Granmon Dada et Granmoun Sello.

Samedi 1er mars, le Théâtre de Saint-Gilles avait un air de fête. L’association Les Chokas et l’Office Départemental de la Culture ont concocté un spectacle “Zénès Maloya 2008” digne du 160ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage. 600 spectateurs ont répondu présents à cette magnifique soirée teintée d’émotion dont on sentait l’esprit des ancêtres planer sur le site.
A 20 heures précises, Stéphane Grondin, de l’association Maloya Allstars, présente le déroulement de la soirée. 2 heures et demie de spectacle non-stop puissant et intensif (aucun temps mort, aucun changement d’instruments sur scène). Les “coups d’baguettes” des Tambours Sacrés de La Réunion font leur apparition et déjà, c’est le délire dans le public. C’est une formation rodée, professionnelle, grande habituée des festivals européens, aucun détail n’est pris à la légère.
Patrick Manent eut ensuite le privilège de chanter ses compositions, et de quelle manière ! Avec une formation de musiciens de talent (Laurent Dalleau, David Saman...), la prestation fut époustouflante. Pendant 20 minutes, le petit-fils de Granmoun Bébé, avec sa voix unique, digne successeur de ses ancêtres du “Maloya Kabaré”, ravit et conquit un public joyeux et festif. Fabrice Coupama, avec son groupe Zarlor, kayamn à la main, fit frissonner le public quand il interpréta “Kriké Kraké”. Il devient de plus en plus professionnel, il est à l’aise en maîtrisant à la perfection la scène.
Ensuite, vint la force tranquille, le Maître du maloya : Simon Lagarrigue alias Granmon Dada, le fils d’Henri, le célèbre moringueur. Le maloya ancestral de Dada mit le feu aux poudres et de l’émotion, il en dégagea dans le théâtre. Le public était debout pour écouter ce monstre sacré qui fait très rarement des concerts. Simon, malgré son état de santé, a tenu à être présent à “Zénès Maloya afin d’apporter son expérience, son savoir, « son gayar » à cette jeunesse musicale bouillonnante et montante.
Kozman Ti Dalon, avec 21 jeunes sur la scène de Saint-Gilles, a monté une comédie musicale basée sur l’abolition de l’esclavage, spécialement pour “Zénès Maloya”. Ces jeunes font un maloya pur, guerrier, avec des sonorités africaines. Les interventions des moringueurs du groupe étaient impressionnantes. Son leader, Jonathan Camilo, petit-fils de Granmoun Bébé, est un artiste complet et prometteur. Depuis 3 ans, le groupe va en Angleterre dans des festivals.
Lindigo, qui foule pour la première fois les planches de Saint-Gilles, avec son charismatique chanteur et accordéoniste Olivier Araste, mit le feu au Théâtre. Le groupe a une aisance sur scène et pratique un maloya festif, guerrier, proche de la transe. Olivier a une voix unique qui se rapproche de son mentor Granmoun Lélé. Une pure merveille.
Le parrain de la soirée, “Granmoun Sello”, ne faillit pas à sa réputation. L’ex-chanteur de la troupe Roséda, chapeau vissé sur la tête, vêtu de blanc, chante un maloya entraînant qui vous chavire et qui vous fait penser aux festivités du 20 décembre. Sa voix est perçante, juste, belle et agréable. On écouterait ce professionnel du travail bien fait pendant des heures.
Le maloya a encore de beaux jours devant lui. L’association Les Chokas et l’O.D.C. œuvrent depuis 2003 pour que “Zénès Maloya” se pérennise. Ils souhaitent que le public réunionnais vienne en masse applaudir une des facettes de leur musique et aussi que la transmission des valeurs sûres du parrain musical à la nouvelle génération soit un gage, un héritage des anciens qui se perpétuera à travers le temps.
Vivement la sixième édition 2009.


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Témoignages - 82e année


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