En hommage à Paul Vergès

1955, la bataille de Quartier-Français

30 août 2025, par Paul Dennemont

La campagne sucrière 2025, débutée il y a un mois, s’annonce catastrophique. Cette crise de la filière canne-sucre ne date pas d’hier, et c’est d’ailleurs un sujet qui a toujours été l’une des préoccupations majeures de Paul Vergès. Il s’est employé régulièrement à alerter les acteurs concernés, l’opinion et les diverses instances. « .. Il est plus que temps de faire preuve d’imagination pour dégager des solutions réalistes et sérieuses.. » déclarait Paul Vergès lors d’une énième conférence de presse, sur la question. C’était en septembre 2003 !

Déjà en 1955 — le rôle déterminant de Paul Vergès

Au cours des décennies écoulées, la filière a dû faire face à des crises qui ont marqué son histoire, entre autres, celle de 1955 dans l’Est de l’île où l’usine de Quartier-Français était menacée de fermeture, d’où la grosse inquiétude des planteurs, mais également l’angoisse des ouvriers craignant de perdre leur emploi. À l’origine, un combat économique entre usiniers, transformé en combat social mais aussi politique. Il a fallu cette grande mobilisation exceptionnelle des planteurs, des ouvriers, des communistes et une alliance avec l’usinier René Payet, pour sauver l’établissement. Le rôle et le charisme de Paul Vergès ont été déterminants dans le sauvetage de l’unité sucrière qui poursuivra son activité jusqu’en 1982, après le décès de l’usinier. En hommage à celui dont nous célébrons cette année le centenaire de la naissance, retour sur cet épisode historique appelé « La bataille de Quartier-Français ».

Soit rembourser, soit fermer l’usine

Dans l’ouvrage « Paul Vergès en récits », le fondateur du PCR raconte : « … Dans le cadre de la modernisation des unités industriels que se partageaient de très grandes familles, celle de Quartier-Français de René Payet était isolée et a subi la concentration de ses concurrents. Il a dû alors s’endetter considérablement pour moderniser son usine et a été confronté aux représentants du monde financier et aux injonctions de remboursement.. L’ultimatum des banques était, soit rembourser, soit fermer l’usine… ». René Payet accusait les industriels sucriers de vouloir liquider Quartier-Français qui dérangeait. Les trois autres unités de productions concurrentes directes dans l’Est à cette époque étant Bois-Rouge, Ravine-Creuse et Rivière-du-Mât.

La stratégie gagnante bâtie par Paul Vergès

Particulièrement à l’écoute du monde de la canne, Paul Vergès porte une oreille attentive sur la gravité de la situation. En fin diplomate et visionnaire, il propose un accord entre les planteurs et l’usinier sur le thème « Sauvons Le Quartier-Français ». Qu’importe que l’usinier René Payet ait été un adversaire politique du Dr Raymond Vergès qu’il avait agressé verbalement et diffamé dans son journal « Servir ». L’important pour Paul Vergès étant la lutte des travailleurs et des planteurs au-delà des dirigeants, des personnes et des rancœurs personnelles. La mobilisation se fait à l’échelle de l’île. Un comité de défense des ouvriers et planteurs est créé à la mairie de Saint-André regroupant le Dr Vergès, député-maire, Paul Vergès, les maires de Bras-Panon (R. Vidot) et de Sainte-Marie (J. Hinglo), des syndicalistes, des planteurs et l’usinier René Payet. Paul Vergès raconte encore : « .. La bataille de Quartier-Français a eu une très grande répercussion dans toute l’île. Au tribunal de commerce, nous avons remporté une victoire totale. Le compromis proposé a été approuvé par les planteurs et la banque a voté en faveur de notre proposition concernant les créanciers, alors qu’elle avait décidé 6 mois avant d’étrangler l’usine. ».
La stratégie bâtie par Paul Vergès a été payante et Le Quartier Français sauvé. Cette bataille historique et cette magnifique victoire aux élections législatives du 2 janvier 1956 — en obtenant la majorité absolue dans 23 des 24 communes de l’ile — marquaient le début de la carrière politique exceptionnelle de Paul Vergès et de son engagement constant au service du peuple réunionnais dont on se souviendra toujours.

Paul Dennemont

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