Hommage

Aimé Césaire : l’hommage de Claude Hoarau, Jean-Yves Langenier, Maurice Gironcel et Eric Fruteau

Réactions d’élus réunionnais

Témoignages.re / 18 avril 2008

Les maires de Saint-Louis, du Port, de Sainte-Suzanne et de Saint-André rendent hommage à « cet infatigable défenseur des droits de l’homme qui en 1950, en pleine décolonisation écrit une charge virulente et argumentée contre le système colonial occidental ».

Claude Hoarau, Maire de Saint-Louis

Nous apprenons, à l’instant et avec beaucoup de tristesse la disparition de notre ami Aimé Césaire.
Nous présentons à sa famille et à l’ensemble de nos camarades du Mouvement Progressiste Martiniquais nos condoléances les plus attristées.
Un hommage solennel lui sera rendu par la ville de Saint Louis le vendredi 18 avril 2008 à 17H00 sur la place de la mairie de Saint Louis qui porte désormais son nom.


• Jean-Yves Langenier, Maire de la Ville du Port

Aimé Césaire : une lumière s’éteint

Aujourd’hui, avec la disparition d’Aimé Césaire, nous perdons tous un frère, un humaniste rebelle qui proclamait : « je suis de la race de ceux qu’on opprime », un poète génial qui disait avoir « plié la langue française à son vouloir-dire ».

Entré en politique « sans le vouloir », affirmait-il, il sera pourtant Maire de Fort-de-France pendant 56 ans, de 1945 à 2001, et Député pendant presque un demi-siècle, de 1945 à 1993. A l’Assemblée nationale, il côtoie notamment les Députés de La Réunion, Raymond Vergès et Léon de Lépervanche, alors Maire de la Ville du Port, avec lesquels il mène dès 1945 le combat pour la transformation des « vieilles colonies » en départements. Son action politique et son militantisme culturel se confondent comme les deux bras d’un même fleuve qui se rejoignent pour renforcer le flot impétueux d’une vie au service des idées progressistes qu’il défendra sans relâche.

C’est avec les mots de la vérité qu’il fait naître le concept de « négritude » pour la reconnaissance de l’Afrique et de sa culture, en réaction au bâillonnement imposé par l’idéologie d’un système colonialiste dévastateur.
C’est avec les mots de la vérité qu’il dénonce le système esclavagiste et colonialiste : « Moi, je parle de sociétés vidées d’elles-mêmes, des cultures piétinées, d’institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d’extraordinaires possibilités supprimées. Je parle de millions d’hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la danse, à la sagesse. Entre colonisateur et colonisé, il n’y a de place que pour la corvée, l’intimidation, la pression, la police, le vol, le viol, les cultures obligatoires, le mépris, la méfiance, la morgue, la suffisance, la muflerie, des élites décérébrées, des masses avilies ».

L’œuvre d’Aimé Césaire est un cri intemporel, un cri lancé à la face du monde contre toutes les formes d’oppression.
Ce cri doit continuer de résonner pour éveiller dans la tête des jeunes générations une conscience politique, une conscience humaniste, grâce notamment au célèbre “Cahier d’un retour au pays natal” qu’Aimé Césaire a rédigé à 26 ans en 1939, et dont les mots sonnent aujourd’hui avec toujours autant d’intensité poétique, des mots rythmés, des mots ciselés par l’amour et la révolte, des mots précurseurs, des mots accoucheurs d’avenir.
« Le miracle d’une parole entendue par tous, quelle joie ! », disait Aimé Césaire.
La parole d’Aimé Césaire est toujours vivante. Non seulement sa parole mais aussi ses actes. Car nous n’oublions pas qu’il fut l’un des artisans de la loi d’égalité du 19 mars 1946 qui transforma en départements français sa Martinique natale, La Guadeloupe, La Guyane et La Réunion.

Le Conseil municipal de la Ville du Port rendra prochainement hommage à Aimé Césaire. Le cœur géographique de la cité maritime portera le nom de ce grand poète, à travers la dénomination de la future place située devant la médiathèque Benoîte Boulard.


Maurice Gironcel, Maire et Conseiller général de la Commune de Sainte-Suzanne

« Je viens d’apprendre avec une grande tristesse et une profonde émotion la disparition d’Aimé Césaire dans la matinée de ce jeudi. 17 avril au C.H.U. de Fort de France à l’âge de 94 ans.
Il fut toute sa vie un Progressiste et un humaniste. Plus que le peuple antillais, c’est une nation entière qui pleure un homme qui aura consacré sa vie à la Poésie et à la politique.
Aimé Césaire a marqué à jamais la mémoire collective des habitants des pays d’outre-mer que nous sommes par son combat ardent pour l’émancipation du peuple noir.
Il forgea ainsi le concept de négritude avec ses amis de toujours, Léopold Sedar Senghor (disparu le 20 décembre 2001) et Léon Gontran Damas et laisse à la postérité une oeuvre qui met en exergue ses multiples talents littéraires : Poésie (« cahier d’un retour au pays natal »), théâtre, Essais, Histoire.
Adoubé par tout un peuple, il fut le Maire de Fort de France de 1945 à 2001 et Député de la Martinique de 1945 à 1993 sans discontinuer contribuant considérablement au développement et au rayonnement de son île durant cette période charnière, comme le furent Léon de Lépervanche et Raymond Vergès chez nous.
Il avait une vision d’avenir particulièrement claire pour son Pays et pour l’Humanité. Son combat marquera considérablement l’Histoire.
En mon nom personnel et au nom du conseil municipal de la commune de Sainte Suzanne, je présente mes sincères condoléances à toute sa famille et au peuple martiniquais qui perd un des siens. »


Eric Fruteau, Maire et Conseiller Général de Saint André

« C’est sans conteste une pensée au rayonnement planétaire qui vient de
disparaître. Aux origines du concept de “Négritude” dans les années 30, il pose, avec son ami Léopold Sédar Senghor, les fondations d’une conscience noire affirmée et combative. Son engagement, ses idées trouvent très vite un écho dans la reconnaissance de la grandeur des civilisations africaines et du rôle éminent qu’elles ont joué dans l’histoire de l’humanité.

Combattant politique à la conscience aiguisée, il sera avec Raymond Vergès, Léon de Lépervanche l’un des artisans de la loi du 19 mars 1946 qui transformera les anciennes colonies, Guyane, Martinique, Guadeloupe et la Réunion en départements français.

Nous célébrons cet infatigable défenseur des droits de l’homme qui en 1950, en pleine décolonisation écrit une charge virulente et argumentée contre le système colonial occidental. Il s’élève contre la fausse, inacceptable et scandaleuse légitimité théorisée par les européens pour asservir des milliers d’enfants, de femmes et d’hommes pendant des siècles. Nous retiendrons son fameux discours sur le colonialisme.

C’est donc le Citoyen Exemplaire que nous saluons avec respect. La force de sa parole authentique, sa loyauté et fidélité en politique (il fut maire de Fort de France de 1945 à 2001) en fait une figure tutélaire de la lutte contre les formes modernes d’esclavage, Nous invitons les enseignants à consacrer un moment de leur cours à son oeuvre. »