Hommage

Césaire au Panthéon le 10 mai 2008 !

Claude Ribbe

Témoignages.re / 18 avril 2008

Le célèbre écrivain Claude Ribbe a adressé un courrier au président de la République.

Monsieur le Président de la République,

Césaire est mort. Mais son œuvre est indestructible. Voici tantôt deux ans, Monsieur le Président de la République, vous avez tenu à rencontrer Aimé Césaire et il vous a offert, je crois, son Discours sur le colonialisme. Un texte fondamental, vous en conviendrez, puisque vous l’avez lu. Fondamental et scandaleux, vous en conviendrez également. Mais quels sont les grands auteurs qui n’ont pas produit au moins un texte scandaleux ? Quels sont les politiques qui n’ont pas commis au moins une bévue ?

Vous aurez bientôt à célébrer une date importante, celle de l’abolition de l’esclavage, et je ne doute pas un instant que cela vous préoccupe, vous qui avez refusé la « repentance ». À juste titre. Qui aurait osé demander à Césaire, français comme vous et moi, de se repentir ?

On dit que vous assisterez à la commémoration du 10 mai 2008. On dit aussi qu’elle pourrait se réduire à une singerie accommodée par des gens qui n’ont ni compétence, ni légitimité pour parler de l’esclavage et de ceux qui en sont issus. Alors, plutôt que d’enterrer la loi du 10 mai 2001 par un ridicule spectacle de patronage, indigne de votre présence et qui irriterait l’Outre-mer, vous pourriez ce jour-là honorer les descendants d’esclaves en accompagnant au Panthéon l’un des plus grands d’entre eux, l’auteur du Discours sur le colonialisme et de Toussaint Louverture. Ce serait pour vous l’occasion de rappeler au monde entier que la France, pays des Droits de l’Homme, n’a peur ni de son histoire, ni de ses auteurs réputés dérangeants et peut se retrouver sans crainte au sein d’une mémoire partagée.

C’est pourquoi, j’ose solliciter de votre haute bienveillance, Monsieur le Président de la République, un décret pour que la dépouille d’Aimé Césaire, après des funérailles nationales exceptionnelles, soit transférée au Panthéon le samedi 10 mai 2008.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma respectueuse considération.