Nadine Lauret vocalise « Les Marrons »
13 juillet, parLecture orale du livre « les Marrons » de Louis-Timagène Houat
Hommage
7 mai 2005

Amie et compagne de lutte d’Aliette Gauvin pendant de nombreuses années, Clélie Gamaleya, ancienne victime de l’ordonnance Debré, a fait parvenir hier à “Témoignages” depuis La Plaine des Palmistes un texte très émouvant rendant hommage à la dirigeante communiste et féministe réunionnaise disparue à la fin de la semaine dernière. Nous publions ci-après ce texte intitulé : ’En mémoire d’Aliette’.
(page 8)
Ce vendredi matin, 29 avril, le ciel palmiplainois, pourtant assez clair, pleure à fines gouttes... La première sonnerie de téléphone est bien matinale, et c’est avec appréhension que je décroche. Une voix douce, que je reconnais, celle de Lydia de l’UFR
"Mauvaise nouvelle", annonce-t-elle "Aliette Gauvin est décédée".
Abasourdie, je m’assieds un moment pour réaliser avant de communiquer l’affreuse nouvelle à mon époux, qui écarquille les yeux et reste sans parole.
Il y a, me semble-t-il, peu de temps que j’ai entendu Aliette au téléphone. Elle était en pleine forme, évoquait les soins qu’elle avait reçus dans un hôpital de Paris, parlant même de “miracle”, oubliant peut-être que la sale maladie joue trop souvent le jeu cruel du chat et de la souris.
Je revois, comme si c’était hier, la jeune élève, d’une douzaine d’années, en classe de 5ème, au Lycée Juliette Dodu : allure déjà sportive, très posée, studieuse et éveillée, bref le type de l’élève “vive et agréable” selon la formule que l’on aime tant inscrire sur les bulletins scolaires.
Nous ne nous sommes retrouvées, Aliette et moi, qu’une quinzaine d’années plus tard, moi échappée - indirecte - de la fameuse Ordonnance d’Octobre, d’odieuse mémoire, elle, Collègue d’EPS, déjà mère de famille et sportive accomplie.
C’était en 1972. Un an plus tard, au Congrès de l’UFR, nous étions intégrés dans le Bureau directeur présidée alors par notre regrettée Isnelle Amelin. En 1974, à l’instigation de l’UNAF (Union Nationale des Associations Familiales), nous créons les premières Associations familiales de caractère laïque, baptisées “syndicales” en vue de former une Udaf-Réunion avec les Associations familiales catholiques déjà existantes. Au sein du Conseil d’Administration de cet organisme, nous travaillions particulièrement dans la Commission enseignement et Vie scolaire.
À partir de cette époque, nous avons fréquemment cheminé ensemble et il m’a été donné d’apprécier les hautes qualités d’esprit et de cœur d’Aliette. Il y avait en elle quelque chose de tonique, qui apparaissait dans sa voix, son intonation. Son courage, sa fermeté de caractère s’alliaient à une profonde sensibilité. Je jalousais son sens de l’organisation lors des rassemblements de l’UFR (Journée de la Femme sud-africaine, le 8 août, Journée internationale du 8 mars...) et de nos distributions de vivres ou de vêtements à des familles victimes de cyclone ou autre sinistre. Elle avait fini par s’inscrire au PCR.
Quand j’ai dû mettre fin à toute activité et m’éloigner géographiquement, nos rapports se sont naturellement espacés, sans mettre en question notre amitié et notre estime réciproque. Dès qu’elle a été nommée dans l’Ordre national du Mérite, le choix d’Aliette s’est porté sur moi pour lui remettre la médaille ; je m’en faisais, bien sûr, un honneur et une joie ! Hélas ! Le temps passait et c’est en vain que j’ai attendu un signe d’elle pour préparer la cérémonie : les honneurs, le prestige personnel n’avaient guère d’attrait pour la grande dame toute simple qu’était Aliette.
Que Robert, son époux, Daniel, Florent et Pierre, ses fils, que toute la famille, notamment ses frères et sœurs que j’ai tous, plus ou moins connus, sachent que je mesure avec une peine profonde le vide immense creusé par son départ, pour eux mais aussi pour nous tous qui avons eu la chance de la côtoyer tant soit peu. Dans notre mémoire, dans notre pensée, dans notre cœur à tous, Aliette restera vivante.
P.S. Lundi 2 mai. Dernière image d’elle, ce matin, au milieu des gerbes : un visage endormi irradiant de Paix et de Sérénité.
Clélie Gamaleya
Hommage de la L.D.H. à Aliette Gauvin
Le président de la LDH Réunion, Canda Sawmy Pillay, a fait parvenir à “Témoignages” le message suivant : "La Ligue des Droits de l’Homme de La Réunion a appris avec tristesse le décès de Mme Aliette Gauvin. Elle transmet ses sincères condoléances à sa famille ainsi qu’à ses proches.
Elle gardera en mémoire le travail et la contribution d’une militante exemplaire, fidèle à ses principes, pour le respect des valeurs d’égalité de justice et de liberté".
Lecture orale du livre « les Marrons » de Louis-Timagène Houat
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