Hommage

Décès de Bruny Payet : Condoléances de Témoignages

Manuel Marchal / 14 septembre 2020

« Je voudrais bien savoir qui est le directeur politique de ce canard ! » Voilà la manière habituelle avec laquelle Bruny Payet s’adressait à la rédaction de Témoignages, au sujet d’un article qui l’avait interpellé lors de sa lecture quotidienne de notre journal, dont il attendait impatiemment la sortie.
Bruny Payet nous a quittés ce dimanche, c’est une très grande perte pour Témoignages, qui déplore le décès d’un de ses plus fidèles lecteurs, et également un de ses anciens directeurs.

JPEG - 147.7 ko

Engagé dans la France libre, il servit ensuite dans la marine. Il obtint ensuite un diplôme d’ingénieur à Supelec. Il travailla ensuite en Algérie où il assurait notamment la vente militante de notre confrère Liberté, journal communiste algérien, ce qui lui coûta son travail d’ingénieur. C’est en Algérie que Bruny Payet prit clairement conscience du régime d’apartheid imposé par le colonialisme français. Communiste convaincu, il mit depuis toute son énergie à lutter pour faire triompher le socialisme du capitalisme, ce qui passait par l’anticolonialisme et la solidarité avec les peuples opprimés.

Sur la route du retour au pays, son bateau fit escale à Diego Suarez où il fut chaleureusement accueilli par Francis Sautron, syndicaliste réunionnais alors maire de la plus grande ville du Nord de Madagascar.
A La Reunion, il devint secrétaire de la mairie de Saint André, sous le majorat de Raymond Vergès.
Grand artisan de la victoire de Quartier Français sur l’aristocratie du sucre en 1955 Bruny Payet s’impliqua fortement aux côtés des planteurs.

Bruny Payet fut un des fondateurs du PCR, au moment où il n’était pas rare que des communistes soient jetés en prison pour des raisons politiques. Témoignages fut d’ailleurs saisi 47 fois.
Quand Paul Vergès fut condamné à de la prison ferme pour délit de presse et entra en clandestinité, Bruny Payet assuma la responsabilité de Témoignages. Cela signifiait qu’il devait répondre personnellement de la répression exercée à l’encontre de Témoignages.
Il fut ainsi condamné à une peine débouchant sur la saisie de tous ses biens. Lors de la vente aux enchères, ses camarades du Parti ont racheté tous les biens avant de lui remettre.
Inscrit dans l’histoire des luttes des Réunionnais, cet épisode souligne le niveau de conscience des militants communistes malgré la violence de la répression.
Bruny Payet fut ensuite un des premiers élus du PCR en 1967 lors d’une cantonale à Saint Paul où le maire de l’époque refusa à cette occasion de soutenir la fraude électorale.

Membre de la direction du PCR aux côtés de Paul Vergès et Jean-Baptiste Ponama, il prit la responsabilité d’organiser les travailleurs au sein de la CGTR. Il gardait également des liens avec Madagascar, notamment avec la FISEMA cofondée par Francis Sautron. Il représentait d’ailleurs le PCR lors du congrès des 10 ans de l’AKFM.

Jusqu’au bout, Bruny Payet est resté fidèle à son idéal, celui d’une société libérée du joug du capitalisme, où régnera la justice sociale et la partage équitable des richesses produites.

Depuis 2004, le nom de Bruny Payet apparaît tous les jours dans l’ours de Témoignages. Ses conseils nous manqueront, nous devrons désormais faire sans, à nous d’être à la hauteur de l’immense héritage que Bruny Payet laisse à Témoignages.

A la famille de Bruny Payet, à ses proches et à ses amis, Témoignages fait part de ses sincères condoléances.

Le 13 septembre 2020

Manuel Marchal
Rédacteur en chef de Témoignages