Hommage

Décès de Daniel Lallemand, un grand militant pour la liberté de La Réunion

Le PCR exprime ses peines

Témoignages.re / 20 mars 2019

Nous avons appris avec peine le décès ce lundi 18 mars à midi de notre camarade Daniel Lallemand, à l’âge de 93 ans. Une cérémonie de recueillement suivie de la crémation aura lieu ce mercredi 20 mars au Centre funéraire Commune Primat à Saint-Denis à 13 heures. Le Parti Communiste Réunionnais adresse ses sincères et fraternelles condoléances à tous les membres de la famille de Daniel, dont son épouse Iris, et à tous leurs proches. Nous publions ci-après un témoignage sur la vie et l’œuvre militante de Daniel Lallemand que nous a envoyé notre camarade Georges-Marie Lépinay, que nous remercions pour cette contribution à la culture de notre mémoire historique.

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Daniel fait partie de ces quelques étudiants réunionnais en France qui choisissent d’adhérer au Parti Communiste Français au lendemain de la fin de la 2ème guerre mondiale. Notamment avec Paul Vergès, Bruny Payet et Max Rivière, ayant choisi de rentrer au pays, leurs études terminées.

Arrivés à La Réunion, dans la logique de leur engagement, ils se retrouvent à la Fédération de La Réunion du Parti Communiste Français et se mettent au service de leur pays et de son peuple.

Avec les autres, ils participent aux luttes populaires pour l’application de la départementalisation votée en 1946. Mais, assez rapidement, ils se rendent compte de ce qu’ils considèrent comme « l’impasse de la départementalisation » (Daniel a consacré de nombreux articles parus dans ‘’Témoignages’’ à ce sujet dans les années soixante). De cette analyse, ils concluent à la nécessité d’une autonomie de La Réunion dans le cadre de la République, ce qui aboutit, en mai 1959, à la création du Parti Communiste Réunionnais, dont Daniel est un des membres fondateurs. À ce titre, il participe à la rédaction des thèses du congrès constitutif du P.C.R. en 1959.
Lorsque je débarque à La Réunion en janvier 1965 et que je rejoins ‘’Témoignages’’, Daniel est membre du Comité Central, du Bureau Politique et du Secrétariat du Parti (à noter qu’à cette époque ces organismes de direction ne s’appellent pas ainsi, mais Comité Directeur et Bureau directeur, pour changer de dénomination au congrès de 1972 à Saint-Paul).

Daniel est alors, avec Paul, Bruny, Laurence, puis Baptiste, une des pièces maîtresses de ‘’Témoignages’’. Réputé comme étant le théoricien et l’économiste du Parti, il participe activement aux articles de ‘’Témoignages’’ et à ces rubriques. À ce titre, il contribuera activement à la série d’« Arguments » parus dans ‘’Témoignages’’ pour démontrer « l’impasse de la départementalisation » et la nécessité de l’autonomie dans le cadre de la République.

Daniel a eu une activité particulière auprès des intellectuels. Il contribue à la création et à l’animation de la revue ‘’Les Cahiers de La Réunion’’, créée à l’initiative du Parti et réunissant des intellectuels de tous bords, dont la lecture des articles est encore d’actualité.

Signalons aussi un fait qui a son importance dans sa vie militante : Daniel joua un rôle important dans le déclenchement de la clandestinité de Paul Vergès : son domicile jouxtait le siège de ‘’Témoignages’’, rue Maréchal Leclerc à Saint-Denis, avec lequel il communiquait par une ouverture dans le toit du journal.

Enfin, rappelons que Daniel a été victime de l’ordonnance Debré d’octobre 60. N’ayant pas accepté d’être envoyé en France, il s’est mis à compte, en tant qu’enseignant et professeur d’allemand, de dispenser des cours particuliers à son domicile, dans la rue Félix Guyon à Saint-Denis. C’est ainsi qu’il réussit, tant bien que mal, à joindre les deux bouts.

Georges-Marie Lépinay