En mémoire d’une personnalité réunionnaise de grande importance

28 novembre 2007

Personnage illustre de La Réunion, Léon de Lépervanche était honoré hier au Port, la ville dont il fut le maire pendant plus de 16 ans. Une stèle trône à l’angle des rues Léon de Lépervanche et Sadi Carnot, relevant tout le mérite de ce grand Réunionnais, un des pères de la Départementalisation.

Ils étaient nombreux à venir rendre hommage à Léon de Lépervanche, « qui a occupé des responsabilités importantes, au niveau de la commune du Port, et également au niveau de La Réunion », rappelle Jean-Yves Langenier, maire du Port. Il soulignera les actions fortes de ce Réunionnais, de ce Portois, du syndicaliste et homme politique. Le parcours exemplaire de Léon de Lépervanche devrait encourager les plus jeunes générations à s’engager pour le devenir de notre pays. Les enfants écoutent, mais comprennent-ils bien les luttes menées par les anciens ? À la mémoire de Léon de Lépervanche, ils ont chanté hier “la complainte du partisan”, ont restitué de mémoire les grandes lignes de sa vie, lui ont déposé des fleurs, avant de découvrir la stèle qui lui est dédiée.

Un syndicaliste d’exception

Léon de Lépervanche fut « le personnage le plus important sur le plan syndical dans la première moitié du 20ème siècle. Il a été à l’origine du syndicalisme moderne », déclare Jean-Yves Langenier. C’est la lutte syndicale qui l’a amené sur un autre terrain de lutte qu’il a mené avec brio, la politique. Pour autant, les syndicalistes, ses camarades des premières luttes, même les enfants du Port, peuvent dire et redire sur l’implication de ce Réunionnais, engagé dans la vie active dès l’âge de 16 ans, oeuvrant tantôt comme cheminot, marchand de manioc, de vin, mais surtout un syndicaliste émérite, militant de la première heure de la Ligue des Droits de l’Homme et du Citoyen, résistant aussi d’une certaine façon, profondément attaché à la ville du Port, dont il fut le maire de 1945 à 1961. D’ailleurs, ce sera en chanson, en poème et puis en leçon récitée, que les enfants présenteront la vie de l’illustre personnage. Ils n’oublieront pas de dire que « C’est au Port qu’il s’illustre, le 28 novembre 1942, en menant la guérilla urbaine contre les troupes pétainistes mises en place par le gouverneur tandis que le Léopard, contre-torpilleur des Forces Françaises Libres, attend au large de l’île ». C’est peut-être ce qui l’animera, tout au long de sa vie, cette volonté de chavirer l’oppression. Rappelons-nous la grande grève de 1937, où Léon de Lépervanche jouera un rôle capital, faisant battre en retraite le gouverneur Léon Truitard, ainsi que le maire du Port René Michel. Ce sera une des victoires syndicales les plus historiques. Alors que ce n’était qu’un mouvement de protestation contre le retard de paiement des heures supplémentaires, les grévistes obtiennent 15 jours de congés payés, la mensualisation des salaires, une caisse de retraite, les allocations familiales, et même des délégués du personnel.

Un des pères de la Départementalisation

Maire du Port, Député de La Réunion, il fut à l’initiative de la départementalisation des quatre vieilles colonies, aux côtés de Raymond Vergès. Déjà le 6 septembre 1936, au Port, lors d’un meeting tenu devant les travailleurs, il affirmait cette volonté de voir La Réunion devenir département français. « Il faut que les travailleurs de notre colonie soient traités sur un pied d’égalité avec ceux de France. Notre devoir, aujourd’hui plus qu’hier et demain plus qu’aujourd’hui, demeure : La Réunion département français » déclarait-il alors. Cet homme de la lutte quotidienne, parmi les petites gens, rappellera une fois élu député, mais cette fois-ci devant la commission de la constitution, que « La Réunion, La Guyane, La Guadeloupe et La Martinique doivent vivre sous le régime de la loi française ». C’était en janvier 1946. Le 8 février 1946, Léon de Lépervanche fait adopter par la commission « le principe de l’assimilation des vieilles colonies à des départements français auxquels devra s’appliquer la totalité des lois votées par l’Assemblée Nationale à l’unanimité des votants ». La loi de Léon Lépervanche et de Raymond Vergès est déposée le 12 février 1946. Elle sera examinée les 26 février, 6 et 8 mars. Le 12 mars 1946, Léon de Lépervanche fait une déclaration devant la commission, notant la volonté des Réunionnais à vivre en Français libres et égaux. Le 14 mars 1946 à 16 heures et demie, la constituante proclame La Réunion département français, cela à l’unanimité. Le 19 mars, notre île devient officiellement Département français. Notre histoire est à jamais marquée par cette contribution, d’un homme déterminé à défendre son pays, La Réunion. « Vivre, c’est accepter de prendre des risques lorsque les circonstances l’exigent », aimait dire Léon de Lépervanche. Prenons en de la graine...

Bbj

Léon de Lépervanche

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