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5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
14 février 2008

Le chanteur Henri Salvador est décédé mercredi matin à l’âge de 90 ans à son domicile parisien d’une rupture d’anévrisme. Il avait fait, il y a deux mois, ses adieux à la scène.
Auteur, compositeur et chanteur, Henri Salvador a tiré sa révérence après 60 ans d’une carrière solo jamais entamée par l’assaut des modes et du temps.
Le chanteur à l’éternel complet blanc et à l’inusable joie de vivre a été victime d’une rupture d’anévrisme, vers 10h30 à son domicile parisien de la place Vendôme, a-t-on appris auprès de sa maison de disques Polydor.
"Maladie d’amour", "Jardin d’hiver", "Syracuse", "Une chanson douce" ont donc perdu leur interprète, qui avait récemment décidé de quitter la scène. « Je suis le seul qui peut tirer sa révérence encore vivant », avait-il lancé avant son dernier concert parisien en décembre dernier. Il devait encore se produire le 12 avril à La Défense dans le cadre du festival Chorus des Hauts-de-Seine.
Henri Salvador n’avait pas abandonné la musique et il travaillait à la préparation d’un dernier album, qu’il pensait enregistrer cette année. « J’ai encore ma voix », avait-il confié à l’Associated Press en juillet dernier. « Autant m’en servir. Si je peux encore offrir quelques belles chansons aux Français, ce serait merveilleux ».
Blues, rock et biguine
La liste de ses succès est pourtant presque interminable. "Le lion est mort ce soir", "Syracuse" ou "Le loup, la biche et le chevalier" témoignent de sa patte empreinte de poésie et de nostalgie, d’humour caustique aussi, mêlant blues, rock ou biguine ("Blouse du dentiste", "Rock and roll mops", "Faut rigoler" ou "Zorro est arrivé"). Son répertoire va des titres pour enfants, aux chansons "commerciales", "pour manger", et jusqu’aux inoubliables succès intemporels, comme "Chambre avec vue". La chanson-titre de l’album de son retour en 2000, lui avait valu la reconnaissance tardive de ses pairs par le biais de deux Victoires de la musique.
Au total, quelque 950 titres écrits et/ou composés par Salvador ont été déposés à la Sacem, la société de gestion collective du droit d’auteur pour la musique. Mais « j’en ai 2 ou 3.000 qui dorment à la maison », affirmait cet infatigable travailleur, qui composait ses mélodies au "synthétiseur" dans son studio.
Avec Boris Vian, Laurent Voulzy, Benjamin Biolay...
Doyen de la chanson française, ce fils d’un père guadeloupéen d’origine espagnole et d’une mère d’origine amérindienne avait débarqué à Paris l’année de ses sept ans, venu de sa Guyane natale. L’écoute de Duke Ellington et de Louis Armstrong à l’adolescence a "transformé" sa vie et c’est par le jazz qu’il commence sa carrière, après avoir appris la guitare seul.
D’abord accompagnateur de musiciens - dont Django Reinhardt -, il a rejoint Ray Ventura et son orchestre, avant d’emprunter la voie du succès en solo en 1947. Il rencontre le succès dès son premier disque avec les chansons "Clopin-clopant" et "Maladie d’amour".
Salvador a toujours été accompagné du meilleur de l’air du temps : il a travaillé avec Boris Vian, avec qui il a écrit 200 chansons, côtoyé Sacha Distel ou Gilberto Gil. Plus récemment, il avait collaboré avec Laurent Voulzy, Benjamin Biolay, Keren Ann ou les Pink Martini, qui ont repris "Syracuse".
En 1957, il a notamment composé "Dans mon île", qui aurait inspiré Carlos Antonio Jobim pour créer la bossa nova.
Réactions
Laurent Voulzy, chanteur et compositeur, a rendu hommage à "un grand guitariste" avec lequel il a travaillé, ayant notamment "écrit des arrangements" pour lui. « J’avais évidemment de l’admiration pour lui parce que c’était un grand musicien, et puis j’appréciais l’homme ». (RTL, mercredi 13 février)
Michel Drucker, animateur de télévision, a rappelé qu’il était "un très grand musicien qui a amené la bossa nova en France". « C’est un très grand jazzman. Il avait appris à (Sacha) Distel à jouer de la guitare. Ils vont pouvoir faire un boeuf ensemble ». Salvador « était l’artiste préféré de Charles de Gaulle (...) et des Français : c’est une petite partie de nos vies qui disparaît avec Henri ». (RTL, mercredi 13 février)
Elie Semoun, humoriste, a salué la mémoire d’Henri Salvador qui "lui a donné l’impulsion pour chanter, il a même eu la gentillesse de (lui) offrir quelques mélodies dans (son) deuxième album". « Son enveloppe corporelle va disparaître mais son oeuvre va rester ». (LCI, mercredi 13 février)
Nicolas Sarkozy, Président de la République : "salue un artiste qui se plaçait aux confluents du jazz, de la chanson et de la bossa nova, de l’Europe et de l’Amérique, ami de Boris Vian, de Sacha Distel et de Gilberto Gil". Pour lui, Henri Salvador "a incarné avec humour et élégance, pendant plus d’un demi-siècle, l’art de la chanson ’à la française’", citant "Une chanson douce", "Syracuse", "Le jardin d’hiver" chantés par "sa voix de velours inimitable". (Communiqué, mercredi 13 février)
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