Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
12 novembre 2025 : Hommage à Paul Vergès au cimetière paysager du Port
13 novembre 2025, par

Neuf ans après sa disparition, Paul Vergès, fondateur du Parti Communiste Réunionnais et figure majeure du mouvement anticolonial, a été honoré ce 12 novembre au cimetière paysager du Port, lieu hautement symbolique voulu par lui-même. Entre émotion et réflexion, les orateurs ont rappelé l’héritage d’un homme qui, toute sa vie, a défendu la dignité du peuple réunionnais et la solidarité entre les peuples.
Neuf ans après sa disparition, Paul Vergès demeure une boussole, un repère moral et politique. À travers l’engagement des militantes et militants du PCR, son combat pour la liberté, la dignité et la conscience du peuple réunionnais se poursuit, vivant et fraternel. des militants venus de tout le pays étaient présents hier matin à 9 heures au cimetière paysager du Port à l’invitation de la section PCR du Port pour lui rendre hommage.
Après le mot d’accueil de Patric Boitard, secrétaire de la section communiste du Port, Raymond Lauret, ancien premier adjoint de Paul Vergès, a évoqué la double symbolique du cimetière paysager.
Ce lieu, a-t-il rappelé, incarne à la fois la vision écologique du dirigeant — à l’origine de la première pépinière municipale de l’île — et sa volonté de rassembler les hommes au-delà des croyances. « C’est le seul cimetière au monde où chrétiens et musulmans reposent côte à côte », a-t-il souligné.
Ému, il a aussi raconté un épisode méconnu : le soutien clandestin apporté par le PCR à la lutte contre l’apartheid. Une preuve, selon lui, que chez Paul Vergès, la solidarité n’était pas un mot, mais un acte.
Ary Yée Chong Tchi Kan a ensuite pris la parole pour rappeler la nécessité de poursuivre le travail de mémoire autour de la pensée de Paul Vergès. Revenant sur un séminaire consacré à ses grands thèmes — rapport à l’argent, crise climatique, question de civilisation — il a annoncé la parution prochaine d’un livre-débat issu de ces réflexions.
Objectif : confronter les idées, corriger les inexactitudes et faire vivre la pensée de Paul Vergès. « On ne peut pas laisser d’ombre sur son histoire », a-t-il martelé, appelant à écrire, publier, débattre, pour que les Réunionnais continuent de raconter leur propre histoire.
Moment fort de la cérémonie, l’intervention de Françoise Vergès a mêlé mémoire intime et histoire collective. L’ancienne présidente du Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage a rendu hommage à son père, mais aussi à toute une génération de militantes et militants.
Elle a rappelé la répression subie dès 1959 par le jeune Parti Communiste Réunionnais, évoquant les amendes, les prisons, les violences d’État. Elle a cité les noms des oubliés — Ary Payet, Ariste Bolon, Édouard Savigny… — et salué le rôle essentiel des femmes, dont sa mère Laurence, engagée à l’Union des Femmes de La Réunion.
« L’oubli n’est pas naturel, il est fabriqué », a-t-elle insisté. Pour elle, faire mémoire, c’est refuser le repli et la soumission : « Le devoir de mémoire, ce n’est pas la nostalgie, c’est un acte de dignité. »
Le secrétaire général du PCR, Maurice Gironcel, a rappelé la dimension visionnaire de Paul Vergès, qu’il s’agisse de l’écologie, de l’autonomie énergétique ou du métissage culturel.
« Paul voyait dans la diversité du peuple réunionnais une richesse universelle, » a-t-il souligné, citant « D’une île au monde », l’ouvrage coécrit avec Brigitte Croisier. Il a également salué la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise (MCUR), projet porté par Paul Vergès pour affirmer la fierté et la conscience d’un peuple.
Concernant la crise climatique, Maurice Gironcel a rappelé : « Il avait compris avant beaucoup d’autres ce que nous vivons aujourd’hui. » Et de conclure : « Son combat pour une Réunion autonome et durable doit continuer. »
Pour Élie Hoarau, président du PCR, la plus belle fidélité à Paul Vergès est de poursuivre sa lutte contre l’aliénation — ce qu’il appelait la racine de toute oppression. « Pour lui, la politique n’était pas un moyen de se servir, mais de servir. »
Il a rappelé que cette lutte traverse toutes les sphères : sociale, culturelle, internationale. Paul Vergès, a-t-il dit, n’a jamais dissocié la cause réunionnaise de celles des peuples opprimés, de la Palestine aux Chagos.
« Quand nous déposons une fleur sur sa tombe, pensons que nous sommes prêts à continuer son combat », a-t-il lancé, avant un moment de recueillement partagé.
Neuf ans après sa disparition, Paul Vergès reste une boussole morale et politique pour La Réunion. À travers les arbres qu’il a fait planter, les idées qu’il a semées et les consciences qu’il a éveillées, il continue d’inspirer les combats d’aujourd’hui : pour la justice, la liberté, la mémoire et la dignité.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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