Hommage

Hommage à Raymond Vergès

À l’occasion du 50ème anniversaire de son décès

Témoignages.re / 2 juillet 2007

Il y a cinquante ans aujourd’hui, jour pour jour, le peuple réunionnais a eu la douleur de perdre un grand compatriote, le Docteur Raymond Vergès. À cette occasion, Eugène Rousse a fait parvenir à “Témoignages” un texte très riche et passionnant, où il rappelle la vie et l’œuvre d’un des pères de la loi du 19 mars 1946 abolissant le statut colonial de La Réunion. Nous publions aujourd’hui le premier article de cette série d’Eugène Rousse, en remerciant chaleureusement ce dernier pour ce travail au service de la mémoire historique réunionnaise.

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Raymond Vergès vers 1930 avec ses deux premiers enfants, Jean et Simone.

Le 2 juillet 1957 Raymond Vergès s’éteignait à Saint-André, commune dont il était le maire depuis près de dix ans.
À l’occasion du cinquantième anniversaire de la disparition de ce grand Réunionnais, je me propose d’apporter ma modeste contribution à la célébration de sa mémoire en évoquant les périodes les plus importantes de sa vie.

Né le 15 août 1882

Marie, Louis, Adolphe Raymond Vergès est né à Saint-Denis le 15 août 1882.
Peu après la naissance de Raymond, son père, un Dionysien de 26 ans, s’installe avec sa famille à Tamatave, où il exerce la profession de pharmacien.
La mort prématurée de son épouse conduit le pharmacien, aux revenus plus que modestes, à confier son fils unique à ses parents résidant à La Réunion.
Entouré de l’affection de sa grand-mère Hermelinde, et de sa tante Marie, l’enfance puis l’adolescence de Raymond se sont écoulées dans un climat propice à son épanouissement sur tous les plans.

Un élève brillant

Inscrit au lycée Leconte de Lisle en qualité d’interne et de boursier de la colonie, Raymond Vergès se révèle tout au long de son parcours scolaire comme étant l’élève le plus brillant de sa génération.
Sa scolarité qui s’achève en 1901 dans le célèbre établissement dionysien par l’obtention du baccalauréat Lettres et Mathématiques est, au demeurant, sanctionnée par l’attribution du « prix d’honneur de l’association des anciens élèves du lycée ». Le prix le plus prestigieux décerné par le lycée.

Des études supérieures

Désireux de se rendre en France pour des études supérieures, Raymond Vergès n’a pas trop de mal à obtenir de la colonie qu’elle lui accorde une bourse. D’autant que son père, revenu dans l’île après un séjour d’une dizaine d’années à Tamatave, n’occupe qu’un emploi de commis à la prison centrale de Saint-Denis.
Grâce à l’aide de la colonie, Raymond Vergès suit les cours de la faculté des Sciences de Paris en vue de devenir professeur.
Après 5 années d’études, il est titulaire d’une licence en sciences ainsi que de divers certificats. Il ne peut toutefois mener à leur terme les études qu’il comptait entreprendre ; le Conseil général ayant décidé de supprimer toute aide à un étudiant déjà titulaire de diplômes susceptibles de lui permettre de subvenir à ses besoins.
Ayant pu obtenir une demi-bourse du ministère des Colonies, Raymond Vergès s’inscrit en septembre 1906 à l’École nationale supérieure d’agronomie tropicale où il prépare avec succès le diplôme d’ingénieur en agronomie tropicale.

Premier emploi en Chine

A la recherche d’un premier emploi, il se voit proposer un contrat de trois ans par la Société de construction et d’exploitation des chemins de fer en Chine.
Peu après son mariage avec une riche Parisienne, Jeanne Daniel, célébré à Paris le 14 avril 1908, il entreprend en compagnie de son épouse un interminable voyage en chemin de fer pour rejoindre son poste à une trentaine de kilomètres de Pékin.
Recruté comme dessinateur, Raymond Vergès, dont le séjour en Chine dure presque cinq ans, consacre plus de la moitié de ce séjour à la formation d’ingénieurs locaux.

Études de médecine et guerre

A son retour en France en novembre 1912, Raymond Vergès s’inscrit immédiatement à la Faculté de médecine de Paris.
Lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale, il a pratiquement achevé ses deux premières années de médecine et il est père de Jean, son premier fils né en janvier 1913. Ce qui n’empêche pas sa mobilisation au tout début du conflit.
Il est dirigé sur le front Est en qualité d’infirmier militaire, puis de médecin auxiliaire. Blessé à plusieurs reprises, notamment lors de la sanglante bataille de Verdun, il doit se replier sur Paris ou Rennes pour se faire soigner.
Dans cette dernière ville où il est jugé inapte à regagner le front, il poursuit ses études de médecine qui s’achèvent le 23 août 1919.

Retour en Chine

Un an plus tard, Raymond Vergès est de retour en Chine, où un poste de professeur à l’Institut technique franco-chinois d’industrie et de commerce lui est proposé à Shanghai. Cette fois, le voyage s’effectue par la voie maritime et il est accompagné de son épouse Jeanne, de son fils Jean et de sa fille Simone âgés respectivement de 7 et de 4 ans.
Après un peu plus d’un an passé à Shanghai, il se rend au Laos (sous administration française) où il occupe le poste de médecin-chef de l’hôpital de Savannakhet et où son séjour de trois ans est marqué par le décès en 1923 de son épouse, victime du paludisme.

Retour à La Réunion

Quelque temps plus tard, le médecin se lie à une jeune institutrice annamite, Khang Pham-Thi qui lui donnera deux fils, Jacques et Paul, nés respectivement à Savannakhet et à Oubône, ville du Siam (aujourd’hui Thaïlande) où il exerce de 1925 à 1928 les fonctions de Consul de France et de médecin.
Le 6 mars 1928, quelques jours avant de quitter Saigon pour La Réunion, Raymond Vergès se marie avec la mère de ses deux fils, qui sont alors déclarés à l’état-civil.
C’est donc en compagnie de sa jeune épouse et de ses quatre enfants (Jean, Simone, Jacques et Paul) qu’il arrive dans son île, île qu’il n’avait pas revue depuis 27 années.

Un deuil cruel

Toute la petite famille, rejointe rapidement par Tante Marie, s’installe à Hell-Bourg.
Au terme d’un congé laborieux, les préparatifs du retour en Indochine sont pratiquement achevés lorsqu’un deuil cruel vient frapper le docteur Vergès, qui avait déjà perdu son père un an plus tôt. Cette fois, c’est son épouse, âgée seulement de 25 ans, qui est foudroyée par le paludisme.
Le départ pour l’Indochine ne peut toutefois être différé. Jacques et Paul sont alors confiés à Tante Marie, tandis que Jean et Simone voyagent avec leur père.
Après avoir occupé divers postes dans la péninsule indochinoise, le médecin réunionnais quitte définitivement l’Extrême-Orient pour Paris où il arrive en novembre 1930, accompagné de Jean et Simone.
Désormais, il n’aspire qu’à une chose : se fixer définitivement dans son île natale.

Médecin à Salazie

Sa rencontre avec Jeanne Desvignes, une Parisienne belle et fortunée qu’il épouse le 28 août 1931, vient toutefois retarder de quelques mois son retour à La Réunion, où il espère occuper le poste de médecin de la station thermale d’Hell-Bourg et de la commune de Salazie, suite au décès du docteur Émile de Fayard survenu le 22 octobre 1931. Ses espoirs ne seront pas déçus, puisque par arrêté en date du 31 décembre 1931, le chef de la colonie le nomme au poste que le docteur Émile de Fayard occupait depuis août 1930.
Début 1932, le docteur Vergès s’empresse de rejoindre Hell-Bourg. Il est accompagné de Jeanne son épouse, de Jacques et Paul ses deux fils et de tante Marie.

Eugène Rousse

(à suivre)