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26 août, parConséquence du système néocolonial
Hommage à un avocat qui défendit une Réunionnaise violée par des parachutistes français
26 août, par

L’UFR rend hommage à Michel Folio, avocat engagé, homme de conviction et de courage, qui a choisi, dans des moments où il fallait beaucoup de force pour le faire, de mettre son talent et sa parole au service de femmes réunionnaises confrontées à la violence, à l’injustice et au silence.
Cette phrase — « Nous n’avons pas eu peur de l’armée française » — résume à elle seule l’esprit d’un combat qui appartient désormais à l’histoire de l’UFR et à l’histoire des luttes des femmes à La Réunion.
Dans les années 1980, les violences sexuelles étaient encore largement entourées de silence. La parole des victimes était mise en doute, leur comportement scruté, leur réputation attaquée. Les rapports de pouvoir — professionnels, sociaux, institutionnels — pesaient lourdement sur celles qui osaient porter plainte. C’est dans ce contexte que l’UFR s’est engagée dans des combats qui ont marqué durablement notre histoire.
Marie-Claire Angama, victime d’un viol commis à Saint-Pierre par plusieurs parachutistes, L’UFR, Huguette Bello, les avocats, Folio et Dambreville ont affronté un rapport de force institutionnel considérable.
Face à la gravité des faits et à la puissance de l’institution militaire, l’UFR refusa le silence. Elle soutint Marie-Claire Angama, l’accompagna dans son combat judiciaire et se constitua partie civile.
Ce choix était considérable. Il signifiait qu’aucune institution, aussi puissante soit-elle, ne pouvait être placée au-dessus de la justice.
L’UFR ne s’est pas contentée de dénoncer. Elle a accompagné la victime, assumé publiquement sa solidarité et porté le combat jusque devant la justice. « Sur le banc des accusés, le Colonel, venu soutenir ses hommes incriminés, assis auprès d’eux, nous regardait de haut komsi nou lavé fé in crime de lèse-majestés ! »
Et dans ce combat, Michel Folio fut aux côtés des femmes.
Le 29 novembre 1983, alors qu’elle travaillait dans un restaurant, elle fut confrontée aux agissements sexuels de son patron. Pour y échapper, elle sauta du premier étage de l’établissement.
À cette époque, le harcèlement sexuel n’était pas encore reconnu comme une infraction spécifique. La parole d’une femme victime pouvait facilement être retournée contre elle.
L’UFR choisit pourtant de soutenir Mylène Velna sans faillir.
Pendant près de trois ans, l’organisation l’accompagna dans son combat judiciaire. Lorsque la justice prononça une relaxe en première instance, en août 1985, le combat continua.
Le 17 avril 1986, l’affaire revint devant la cour d’appel de Saint-Denis.
Les militantes de l’UFR, qui n’avaient pu assister à l’audience parce que celle-ci avait été avancée au matin, sortirent du palais de justice et se dirigèrent vers le Jardin de l’État en criant :
« Violeurs en prison ! »
Le 15 mai 1986, elles furent à nouveau présentes. 400 à 500 femmes se rassemblèrent pour soutenir Mylène Velna et attendre le verdict.
Cette fois, la justice condamna son agresseur à un an d’emprisonnement avec sursis et 30 000 francs d’amende.
Cette affaire fut l’un des combats qui contribuèrent à faire entrer dans le débat public une réalité que la loi ne reconnaissait pas encore pleinement.
C’est dans cette histoire que l’UFR veut inscrire la mémoire de Michel Folio.
Car dans ces affaires, être avocat ne signifiait pas seulement exercer une profession. C’était accepter de prendre place dans un rapport de force.
Face à l’armée dans l’affaire de Marie-Claire Angama.
Face au pouvoir professionnel et social dans l’affaire de Mylène Velna.
Face aux préjugés, au silence et à ceux qui préféraient que les femmes se taisent.
Michel Folio a choisi de défendre celles qui parlaient.
Il savait que le droit ne pouvait être séparé de l’exigence de justice. Que défendre une victime, c’était aussi défendre un principe. Et que, parfois, le courage consistait à se tenir aux côtés de celles et ceux qui n’avaient pas le pouvoir.
L’UFR salue aujourd’hui cet engagement.
Elle rend hommage à Marie-Claire Angama et à Mylène Velna, qui ont eu le courage de parler à une époque où la parole des femmes était encore trop souvent mise en doute.
Elle rend hommage aux militantes qui les ont accompagnées, qui ont manifesté, qui ont occupé l’espace public et qui ont compris avant beaucoup d’autres que les violences faites aux femmes sont une question politique, sociale et collective.
Et elle rend hommage à Michel Folio, parce qu’il a accepté de prendre sa part dans ces combats et à Maître Jean Pierre Dambreville connu sous le nom d’artiste, Rieul Debars qui était à ses côtés pour plaider.
Nous devons nous souvenir de cette époque.
Nous devons nous souvenir que le harcèlement sexuel n’était pas encore reconnu par la loi. L’affaire Mylène Velna a largement dépassé le cadre d’un procès. En soutenant cette jeune femme, l’UFR a contribué à faire entrer pour la première fois avec une telle force la question du harcèlement sexuel dans le débat public à La Réunion. Son combat a suscité la venue dans notre île d’Yvette Roudy, première ministre des Droits des femmes, qui s’est saisie de cette affaire emblématique. Quelques années plus tard, en 1992, le harcèlement sexuel était enfin reconnu comme un délit par la loi française.
L’UFR avait donc été pionnière : pionnière dans la dénonciation du droit de cuissage, pionnière dans l’accompagnement des victimes, pionnière dans la mobilisation collective et pionnière dans le combat pour faire évoluer la loi. L’affaire Velna montre que les droits des femmes sont souvent conquis avant même que la loi ne les reconnaisse, par des femmes qui refusent le silence et par celles et ceux qui choisissent de les soutenir.
Nous devons nous souvenir que les victimes étaient souvent suspectées avant même que les faits soient pleinement examinés.
Nous devons nous souvenir qu’il fallait du courage pour affronter une institution comme l’armée et un restaurateur bourgeois notable.
Et nous devons nous souvenir de cette phrase : « Nous n’avons pas eu peur de l’armée française. »
Elle appartient à l’histoire de l’UFR.
Elle dit la détermination de femmes qui ont refusé de courber la tête.
Elle dit le courage de celles qui ont pris la parole.
Elle dit aussi le courage de celles et ceux qui, comme Michel Folio, ont accepté de les défendre.
Les droits des femmes ne sont jamais tombés du ciel. Ils ont été conquis.
Par des femmes qui ont parlé.
Par des militantes qui ont refusé de reculer.
Par des avocats qui ont accepté de mettre le droit au service de la justice et des femmes
C’est aussi cette histoire que nous voulons transmettre en rendant hommage à Michel Folio.
À sa famille, à ses proches et à toutes celles et tous ceux qui ont partagé ses combats, l’Union des Femmes Réunionnaises adresse ses condoléances les plus sincères.
Que sa mémoire demeure associée à celles qui ont refusé le silence et à celles et ceux qui ont eu le courage de se tenir à leurs côtés.
L’Union des Femmes Réunionnaises
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