La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
10 avril 2008

Je l’avais croisé devant le 1er bureau de vote, à la Mairie du Port. C’était le 9 mars dernier. Il en ressortait, après avoir joint son bulletin de vote aux 9.200 autres suffrages qui, quelques heures plus tard, devaient consacrer Jean-Yves Langenier et ses colistiers pour un autre mandat municipal.
Certes, il “traînait” un peu la jambe et soutenait un de ses bras. Mais les quelques mots que nous échangeâmes alors ne m’avaient pas laissé l’impression que, sitôt rentré chez lui, il allait brutalement chuter et entamer les dernières semaines de sa vie. Et j’aime à penser, qu’entre deux de ces douleurs qui font comprendre au grand malade que la fin peut désormais arriver à tout instant, il put sourire de la satisfaction d’avoir pu une fois encore, une fois de plus, apporter sa voix au candidat de son cœur pour que la victoire soit belle et sans nuage.
Jean-Marc était l’un des (nombreux) enfants que notre regretté Ariste Bolon et Suzelle, son épouse, avaient eus.
Je n’ai pas oublié nos parties de football, sur la place de l’église ou bien à “Olivier Manès", là où nous jouions, les pieds nus, sur des terrains sans gazon, jusqu’à ce que la nuit tombe.
Il était un redoutable dribbleur et un vrai poison pour ceux qui, comme moi, avaient à garder les buts vers lesquels il fonçait, balle armée au pied, prêt à déclencher le tir foudroyant qu’on arrêtait en se prenant alors forcément pour le “Lev Yachine” ou le “François Remetter” de l’île.
Pour une raison que seule connaît cette tradition bien réunionnaise de coller malicieusement d’étonnants surnoms à ceux d’entre nous qui se distinguent, on l’appelait “Lamisse”. Je ne me suis jamais demandé pourquoi. Aurait-il malencontreusement un jour parlé de “la miche" de pain que son chef de gare de papa avait pu acheter ? Ou bien aurait-il laissé entendre et ré-entendre que telle ou telle "Miss"... "la Miss" de nos concours de beauté donc... lui avait particulièrement tapé dans l’oeil ?
La vie l’accapara sans que jamais il ne se voulut mondain, ne serait-ce seulement qu’un tout petit peu. Et pour bien montrer qu’il était de racines populaires, et rien que de ça, il ouvrit pour les travailleurs de la ville un petit "restaurant la cour" à côté du Grand Marché après avoir été taxiteur...
Jean-Marc Bolon - du haut de ses 63 ans - nous a quittés mardi.
Hier, nous étions tous là, autour de ses frères et sœurs, un peu tristes évidemment, un peu attendris aussi en nous souvenant des bons moments passés en belle complicité.
Salut à toi, "Lamisse"...
R. Lauret
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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