Hommage

La culture et la politique... Aimé Césaire, le maître, le père.

Alain Armand, Président fondateur du groupe Ziskakan et du Mouvement Réunion Autrement, Vice-président délégué à la Culture de la Région Réunion

Témoignages.re / 19 avril 2008

Peu de Grands de ce monde auront été reconnus à la fois pour leur apport au monde des arts et de la culture et pour leur parcours politique au service de l’affirmation identitaire et de la souveraineté des peuples. Cela, tant il est de plus en plus vrai que l’homme « politique », aujourd’hui, n’est plus, par essence, un homme de culture mais plus souvent le produit d’une savante opération « marketing » sur fond de régime démocratique.

En ce siècle, deux « nèg » ont pourtant cumulé avec succès cette double appartenance aux arts et aux lettres et à la politique. Léopold Sedar Senghor et Aimé Césaire, tous deux chantres de la négritude : ils ont su transcender la condition de l’Homme noir, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, grâce à leur compétence de poète extraordinaire.
Après eux la négritude pour tous les hommes noirs n’aura plus la même couleur du désespoir inéluctable.
Chanter le nègre c’est bien mais accepter de gouverner c’est un défi d’une autre dimension qu’ils ont relevé dans leur société respective à des degrés de responsabilité différents, mais toujours en pensant à gérer le risque de la trahison du discours poétique dans celui de l’action politique nécessairement manichéenne.
Aimé Césaire a quitté la mairie de Fort de France en 2001 de son plein gré après l’avoir dirigée pendant plus de cinquante ans. Le peuple sait donc parfois reconnaître les êtres d’exception et leur manifester à sa façon, même en politique, l’admiration qui leur est due.
Aujourd’hui le peuple martiniquais est nécessairement triste et égaré.
Qu’il sache néanmoins que c’est un sentiment partagé et que nous sommes tous, en ce 17 avril 2008, les nègres et colonisés du monde entier, les anticolonialistes, un peu martiniquais et beaucoup enfants de Césaire.
Fé bien konpliman tout banna la o pou nou.