Hommage

« La force de la négritude animait Aimé Césaire »

Bruny Payet, ancien secrétaire général de la CGTR

Témoignages.re / 18 avril 2008

Ancien secrétaire général de la CGTR, Bruny Payet rappelle qu’Aimé Césaire est « une figure marquante du mouvement anti-colonialiste ». La négritude a été le moteur de son action politique et culturelle, souligne Bruny Payet. Au-delà de la couleur de peau, la négritude c’est la prise de conscience de sa différence.

« J’ai rencontré Aimé Césaire lors de la préparation d’un rassemblement de partis autonomistes à Paris. Je me souviens que cette réunion s’était déroulée dans son appartement parisien.

Je garde un souvenir impérissable de ce fervent défenseur de l’autonomie des départements d’Outre-mer. Aimé Césaire est une figure marquante du mouvement anti-colonialiste. L’autonomie reste sa pensée politique, il l’a rappelé ces jours derniers. C’est une bataille qui, à La Réunion, a démarré en 1959 avec la création du PCR.

En Martinique, Aimé Césaire avait fondé le PPM une année plus tôt. Il était l’âme de tout cet ensemble de mouvements autonomistes qui se sont développés à partir de la fin des années cinquante.

Homme politique, Aimé Césaire est également un des premier à mettre en avant la négritude, avec Léopold Sédar Senghor. La négritude, c’est quelque chose qui nous domine, qui se situe bien au-dessus des départements d’Outre-mer. Et c’est difficile d’expliquer aux jeunes générations. Mais en ce début de semaine, la presse a révélé l’histoire d’un Réunionnais qui s’est aperçu qu’il était Noir lorsqu’il est arrivé en France. A La Réunion, il n’avait jamais eu l’impression d’être Noir. Cela me rappelle que nous étions comme cela à l’époque.

Il faut se replacer dans un contexte, celui d’un jeune Martiniquais qui arrive au lycée Louis le Grand, là où n’entraient que les enfants des plus puissants, et qui rencontre Léopold Sédar Senghor. Et là, pour la première fois de leur vie, ils se rendent compte qu’ils sont Noirs. Ils ont découvert leur négritude en se trouvant à Paris.

Cette négritude, c’est quelque chose que j’ai éprouvé lorsque je faisais mes études à Supélec à Paris. J’étais invité à une soirée à laquelle je me suis rendu accompagné d’une Française. Et là, en nous regardant dans un miroir, je me suis rendu compte que moi, Payet, je n’étais pas Blanc. J’ai vu la différence manifeste entre le Blanc de France et moi, le métis.

La négritude, c’est cette force qui a animé Aimé Césaire et Leopold Sédar Senghor. »