La résistante Lucie Aubrac vient de disparaître

La mort d’une héroïne

16 mars 2007

Les jeunes générations connaissent peut-être Lucie Aubrac grâce au film que le réalisateur Claude Berri lui a consacré en 1997... Incarnée à l’écran par Carole Bouquet. Ou bien dans le film de Jean-Pierre Melville, “L’Armée des Ombres”, où le personnage de Mathilde, joué par Simone Signoret, est librement inspiré des actions de résistance de Lucie Aubrac.

Lucie Aubrac est morte mercredi soir à l’âge de 94 ans à l’Hôpital suisse de Paris, à Issy-les-Moulineaux. Grande figure de la Résistance, elle était l’une des fondatrices du réseau Libération-sud. Epouse de Raymond Aubrac, proche de Jean Moulin, chef du Conseil National de la Résistance (CNR).

Née en juin 1912 près de Mâcon, Lucie Bernard dite Aubrac, après son agrégation d’Histoire à la fin des années 1930, est professeur au lycée de Strasbourg, où elle rencontre Raymond Aubrac, ingénieur des Ponts, qu’elle épouse en décembre 1939.

Au début de la guerre à l’automne 1940, en zone libre, elle rencontre, à Clermont-Ferrand, le journaliste Emmanuel d’Astier de la Vigerie, qui organise un petit groupe clandestin, "La dernière colonne", et fait paraître un journal clandestin "Libération", qui devait aboutir au réseau de Libération-sud, un des premiers mouvements de Résistance.

A partir de novembre 1942, elle dirige, dans la région lyonnaise, un corps franc qui organise des évasions. Le 21 juin 1943, Raymond Aubrac est arrêté par Klaus Barbie, avec Jean Moulin et une dizaine de résistants. En octobre 1943, avec ingéniosité et sang-froid, les armes à la main, Lucie Aubrac, enceinte de son deuxième enfant, réussie à soustraire son mari des griffes de la Gestapo, ainsi que 13 autres prisonniers qui parviennent à s’enfuir lors du coup de main organisé par la Résistance.

Après la guerre, refusant d’utiliser sa notoriété et son statut d’héroïne de la Résistance pour faire carrière en politique, Lucie Aubrac reprend son métier d’enseignante. Elle ne cesse alors de militer en faveur de la paix - comme dirigeante du Mouvement de la Paix -, et de livrer, à travers de nombreuses conférences, le témoignage de son engagement dans la Résistance. Elle poursuivra son engagement, notamment pour Amnesty international. Elle milita contre le colonialisme au Maroc et pour l’indépendance de l’Algérie. Elle se mobilisera aussi en faveur des sans-papiers.

Celle qu’Emmanuel d’Astier de la Vigerie avait surnommée "Madame conscience"... était Grand officier de la Légion d’honneur, Croix de guerre 39-45 et médaillée de la Résistance.


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Témoignages - 82e année


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