Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
6 juin, parIEDOM : « Un premier trimestre favorable avant l’impact de la crise au Moyen-Orient »
13 mars 2006

Après une agonie de plus d’1 mois due au chikungunya, Léon Martin est décédé au CHD de Bellepierre samedi 11 mars, à l’aube.
Fils d’un employé d’usine sucrière à Saint-André, Léon Martin est né dans cette commune de l’Est le 1er janvier 1924.
Sa mère, femme au foyer et d’une grande piété, choisit de lui donner pour parrain Lucien Gasparin, le député de la 1ère circonscription de l’île (Saint-Denis, Sainte-Rose) qui siège à cette époque sur les bancs de la gauche au Palais Bourbon.
Dès le retour définitif du docteur Raymond Vergès à Saint-André en 1932, la famille Martin ne manque pas d’apprécier la disponibilité et la générosité de ce médecin dont les fils Jacques et Paul nouent des liens d’amitié avec Léon à l’unique école de garçons de la ville dirigée par Damase Legros, père de l’ex-maire de Saint-Denis, Auguste Legros, un pédagogue de qualité exceptionnelle qui n’est sans doute pas étranger à l’orientation professionnelle du fils de l’employé d’usine.
Léon choisit en effet de devenir enseignant lorsque s’achèvent ses études primaires sanctionnées par le Brevet élémentaire suivi de la réussite en juillet 1941 au très sélectif concours d’élèves instituteurs.
L’École normale de la rue Roland Garros - qui a accueilli l’ex-député de La Réunion, Raymond Mondon, à son ouverture en 1933 - ayant été fermée par le gouverneur Pierre Aubert, suite à un câblogramme de Vichy en date du 31 mai 1941, Léon Martin poursuit sa scolarité au lycée Leconte de Lisle, l’unique lycée de l’île.
Reçu second au concours, il fait partie des 5 garçons et de filles bénéficiaires d’une bourse mensuelle de 560 francs. Bourse ô combien précieuse, lorsque l’on sait que son père percevait à peine 1.000 francs par mois.
Après 3 années d’études dans l’ancien “lycée impérial de Saint-Denis” dirigé par Hippolyte Foucque, Léon Martin obtient brillamment le Bac “math-élem”. Ce qui lui donne droit immédiatement au grade d’instituteur stagiaire.
Il exerce successivement au Port et dans les communes limitrophes de Saint-Denis et se voit confier, au milieu des années 50 , un poste d’adjoint au secrétaire du Vice-recteur Padovani.
Sa conscience professionnelle est vite appréciée de tous ses supérieurs hiérarchiques et il ne tarde pas à être promu chef du service des examens où il restera une dizaine d’années.
À la rentrée de 1968, Léon Martin sollicite et obtient la Direction de l’École Gabriel Macé dans un quartier populaire de Saint-Denis. Il y restera jusqu’en décembre 1978, date de son départ en retraite.
À ce poste, il s’attirera l’estime de tous, supérieurs, collègues, parents d’élèves, élèves, tant par sa capacité de travail que par sa parfaite connaissance des innombrables dossiers s’empilant dans son bureau.
Pour ses jeunes collègues auxquels l’administration n’a pas donné la possibilité de se former, il est un précieux conseiller, de même que pour les parents qui peuvent franchir la porte de son bureau bien avant ou bien après les heures de classe. Son étroite collaboration avec la Mairie a pour effet d’améliorer sensiblement la qualité des repas servis aux élèves, de leur offrir des conditions matérielles et pédagogiques de travail aussi bonnes que possible ainsi que de nombreuses activités hors temps scolaire.
Mais Léon Martin n’est pas qu’un militant de l’École publique. Il est aussi un militant mutualiste, président de la MAE (Mutualité accident élèves) pendant de longues années. Militant syndical, il défend les intérêts de ses collègues au sein de la Commission administrative paritaire départementale (CAPD) de La Réunion. Militant politique, il porte les couleurs de son parti aux législatives du 5 juin 1988 et il est d’une remarquable assiduité à toutes les grandes manifestations auxquelles il est convié à travers l’île. Lecteur assidu de “Témoignages”, il n’a jamais hésité à aider financièrement son journal à chaque fois que celui-ci a rencontré des difficultés.
Convaincu que les Réunionnais doivent être traités sur un pied d’égalité avec les métropolitains, il répond à l’appel à la grève lancé dans la Fonction publique du 15 mai au 17 juillet 1953. 35 ans plus tard, le 17 mars 1988, il adhère au “Comité du 19 mars pour l’égalité” constitué au Port à la veille des présidentielles des 24 avril et 8 mai 1988.
À son départ en retraite professionnelle en décembre 1978, Léon Martin se fixe à La Montagne au lotissement Terre-Rouge ; là où son corps a été veillé par sa famille et ses amis samedi soir ; là aussi où son admirable épouse - “Mine” comme nous l’appelions familièrement- avait reçu lors de son décès, le 17 octobre 2003, un hommage à la mesure de son dévouement.
Léon Martin n’est plus. Mais nous n’oublierons pas qu’il a été un époux attentionné, un père de famille exemplaire, un enseignant modèle, un militant intrépide et d’une grande modestie, toutes qualités qui ont fait de lui un excellent bâtisseur de l’avenir de son île. Il a droit à la gratitude de tous.
Me faisant l’interprète de ses amis et camarades qui l’ont vu une dernière fois en bonne condition physique le samedi 21 janvier dernier à la Halle des manifestations du Port, à l’occasion de l’hommage rendu à Claude Letoullec*, j’adresse à ses enfants et petits enfants si cruellement éprouvés aujourd’hui nos très sincères condoléances.
Eugène Rousse
* Léon Martin était venu à cette manifestation au volant de son propre véhicule. C’est assez dire que le Chikungunya a emporté un homme qui, bien qu’âgé de 82 ans, était en pleine possession de ses moyens.
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