Hommage

Les voix du monde s’élèvent pour revendiquer la liberté

Aimé Césaire n’est plus : son combat continue

Manuel Marchal / 21 avril 2008

Trois jours de deuil national décrété au Bénin : cette mesure est à la hauteur du vaste élan qui parcourt le monde. A l’heure où se multiplient les émeutes de la faim, les peuples du Sud rendent un hommage hors du commun à Aimé Césaire. Ils le considèrent comme un des leurs. Imagine-t-on en effet la portée historique que peut revêtir la décision d’instaurer un deuil national de trois jours ?

A l’annonce de la mort d’Aimé Césaire, le Bénin a décrété 3 jours de deuil national en hommage à l’homme de culture et à l’homme politique martiniquais.
C’est du continent africain que parviennent les déclarations les plus intenses. La disparition d’Aimé Césaire est considérée comme la chute d’un baobab. Pour les peuples du Sud, Aimé Césaire a été un acteur historique de la lutte pour la décolonisation. Pour son peuple et pour les peuples réunionnais, guyanais et guadeloupéens, Aimé Césaire a fait voter dès 1946 par le Parlement français l’abolition du statut colonial. Or, en 1946, le régime colonial est encore présent dans la quasi-totalité des pays africains, la Seconde Guerre mondiale vient à peine de se terminer, et en Asie, les peuples de l’Indochine commencent leur guerre de Libération. La Chine vient d’en finir avec un siècle de colonialisme européen et japonais.
Aimé Césaire rédigera en 1950 une analyse du système colonial. Dans son “Discours sur le colonialisme”, il souligne en effet des aspects essentiels de la domination occidentale sur le monde :
« Une civilisation qui s’avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente », écrit-t-il, « le fait est que la civilisation dite “européenne”, la civilisation “occidentale”, telle que l’ont façonnée deux siècles de régime bourgeois, est incapable de résoudre les problèmes majeurs auxquels son existence a donné naissance : le problème du prolétariat et le problème colonial ; que, déférée à la barre de la “raison” comme à la barre de la “conscience”, cette Europe-là est impuissante à se justifier ; et que, de plus en plus, elle se réfugie dans une hypocrisie d’autant plus odieuse qu’elle a de moins en moins chance de tromper ».
Plus de 40 ans après la première vague d’indépendance des colonies françaises d’Afrique, à l’heure où le continent lutte toujours contre un nouveau colonialisme plus pervers sous couvert de mondialisation ultra-libérale des échanges, cette analyse reste toujours d’actualité.
Cela explique l’intensité des hommages des peuples du Sud. C’est en effet la prise de conscience de la perte d’un frère de lutte, dont les écrits figurent en bonne place dans les programmes des systèmes éducatifs de ces pays.
D’ores et déjà, dans le Sud, la voix d’Aimé Césaire continue de résonner, et partout se lèvent d’autres Aimé Césaire qui entretiennent les luttes. Au moment où le monde affronte la crise du système ultra-libéral matérialisé par les émeutes de la faim, c’est l’hommage unanime des peuples qui s’élève dans le monde entier, en l’honneur d’un des pères des luttes de libération.

Manuel Marchal