« De la vision politique à l’action publique : comment la pensée de Paul Vergès sur le changement climatique s’est traduite concrètement dans les politiques d’aménagement et de développement de La Réunion »
29 août, parPaul Vergès : 2016-2026
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Figure indissociable du barreau de Saint-Denis et compagnon de route historique des luttes sociales de notre île, Maître Michel Folio a marqué de son empreinte un demi-siècle d’histoire judiciaire et politique à La Réunion. Son parcours, indissociable des archives et des combats de « Témoignages », n’était pas seulement celui d’un orateur passionné : il fut l’un des premiers à faire de la rigueur du droit une armure inexpugnable pour la défense des opprimés.
Né en 1946, l’année même où La Réunion devenait département français, Michel Folio appartenait à cette génération de juristes qui refusèrent de voir le droit s’exercer comme un outil de soumission ou un simple calque de la métropole. Dès son retour au pays après ses premières armes au barreau de Paris, il choisit son camp : celui des travailleurs, des militants, des planteurs et de toutes les voix qu’on tentait de faire taire.
Le bouclier de la presse libre et de la parole réunionnaise
Pendant les décennies d’affrontements politiques majeurs, lorsque le pouvoir étatique usait de la censure et des saisies pour étouffer l’opposition, Michel Folio s’est imposé comme le gardien naturel de la liberté d’expression. Face aux nombreuses poursuites visant les journaux engagés — et en premier lieu « Témoignages » —, il ne se contentait pas de plaider le fond avec l’éloquence qu’on lui connaissait.
En véritable orfèvre du droit de la presse et de la loi de 1881, il débusquait avec une précision d’horloger le moindre vice de forme, la plus petite faille dans la rédaction des citations ou le dépassement des délais de prescription pour faire annuler les procédures. Face aux accusations de diffamation orchestrées pour asphyxier la presse d’opinion, il a méthodiquement construit devant les juges la démonstration de la bonne foi journalistique et de l’intérêt général d’informer le peuple réunionnais. Les exemplaires de journaux saisis sur les quais ou dans les imprimeries trouvaient en lui un défenseur acharné, dénonçant sans relâche les voies de fait administratives.
Une ingénierie de la procédure au service du mouvement social
Au-delà de la presse, c’est toute sa pratique du prétoire qui a fait école. Bâtonnier respecté, fondateur de l’Union des Jeunes Avocats à La Réunion, il a enseigné à toute une génération que la meilleure façon de défendre une cause noble consistait à être irréprochable sur la technique juridique.
Avocat du Parti Communiste Réunionnais, de la CGTR, de la CGPER, des acteurs du mouvement social et des accusés des Procès du Chaudron en 1991, il usait des nullités de garde à vue et des règles de la procédure pénale comme de véritables barrages contre l’arbitraire. Pour Michel Folio, chaque vice de procédure soulevé in limine litis n’était pas un simple jeu d’avocat, mais un rappel intransigeant à l’État de droit : nul ne peut juger un homme ou un mouvement sans respecter la légalité la plus stricte.
Une parole d’assises et de combat en héritage
Du Palais de justice de Saint-Denis aux réunions populaires de quartier, Michel Folio portait la même dignité, la même exigence et le même mépris des courbettes. Pour lui, la robe n’était pas un costume d’ostentation, mais l’armure indispensable de ceux qui n’ont que le droit pour se défendre.
Rendre hommage à sa mémoire dans les colonnes de « Témoignages », c’est saluer l’alliance rare entre une fidélité politique sans concession et une orfèvrerie juridique hors pair. C’est se souvenir de l’écho de sa voix faisant trembler les travées du tribunal lors des procès politiques ou des audiences de censure, lorsqu’il martelait aux juges cette vérité fondamentale :
« Vous n’enfermez pas une idée entre quatre murs, et vous ne réduirez pas au silence un peuple qui demande justice. Ce que vous appelez un délit de presse ou un trouble à l’ordre public n’est que le cri de la dignité réunionnaise. Si la loi doit régir la cité, elle doit d’abord protéger le faible contre l’arbitraire du puissant. C’est cela, et rien d’autre, le sens de notre serment. »
Son nom demeure gravé parmi ceux des grands Réunionnais qui ont utilisé le savoir et l’éloquence non comme des privilèges, mais comme de puissants leviers d’émancipation collective.
David Gauvin
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