La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Disparition d’une militante exemplaire de l’U.F.R. et du P.C.R.
16 juillet 2007

Hier se sont déroulées au Port les funérailles d’Odette Mofy, grande militante réunionnaise, décédée samedi à 81 ans. Après la cérémonie religieuse en l’église Sainte Jeanne d’Arc pleine de monde, où le Père Sylvain Labonté, sa filleule Thérèse, le maire Jean-Yves Langenier et la députée, présidente de l’UFR, Huguette Bello lui ont rendu un vibrant hommage, son inhumation a eu lieu au cimetière paysager. “Témoignages” s’associe à cet hommage et présente ses fraternelles condoléances à toute la famille d’Odette, une fidèle lectrice de notre journal, en particulier à Roger, son mari. C’est pourquoi nous publions ci-après un certain nombre de documents qui nous sont parvenus ce week-end, parlant de la vie et de l’œuvre d’Odette Mofy. Nous publierons dans notre prochaine édition l’hommage prononcé par Huguette Bello.
Biographie
« Les Portois n’oublieront jamais cette femme »
Sitôt informé du décès d’Odette Mofy, notre ami Eugène Rousse, qui a mené bien des combats à ses côtés, nous a fait parvenir une brève biographie de son ancienne collègue conseillère municipale du Port. “Témoignages” l’en remercie.
Odette Mofy - née Toret - est décédée peu après son admission à l’hôpital Gabriel Martin de Saint-Paul, où elle a été conduite le samedi 14 juillet en début d’après-midi. Elle venait d’avoir 81 ans et était clouée au lit depuis de longs mois.
Née à Saint-Denis, Odette Mofy a passé 70 années de sa vie au Port. Pendant près de 30 ans, elle a vécu dans le quartier de L’Épuisement, qu’elle a dû quitter au milieu des années 60, lorsque la décision a été prise de creuser une nouvelle darse au Port-Ouest. Elle s’est alors fixée au boulevard de Brest, à l’extrémité de la ville, là où d’innombrables Portois avaient coutume de lui rendre visite afin de solliciter son aide. Ce qui avait contribué à faire de cette femme de cheminot une des figures les plus populaires de la cité maritime.
Première femme
adjointe au maire du Port
Mariée, sans enfant, Odette Mofy a consacré sa vie à servir ses concitoyens. Elle a recueilli et élevé une bonne demi-douzaine d’enfants, qu’elle a tous placés sur la voie de la réussite.
Sur la scène politique, Odette Mofy a joué un rôle remarquable en adhérant très tôt au Parti communiste réunionnais et en acceptant d’être candidate sur la liste conduite par Paul Vergès aux municipales du 21 mars 1971 au Port, où elle devait être réélue en 1977, 1983, 1989 et 1995.
Lors de son second mandat, elle devient le 19 mars 1977 la première femme à occuper un poste d’adjointe au maire du Port. En sa qualité d’élue, elle s’occupe plus spécialement de la petite enfance et des personnes âgées ainsi que des écoles et de l’organisation des colonies de vacances et des centres de loisirs.
Responsable de l’UFR
et de l’OPIAPA
Militante de l’Union des Femmes Françaises (UFF), devenue Union des Femmes de La Réunion (UFR) le 14 septembre 1958, elle y accède rapidement aux postes de responsabilités et se rend disponible pour les missions les plus importantes et aussi les plus délicates.
Pendant de nombreuses années, Odette Mofy a dirigé l’Organisation portoise, d’information et d’aide aux personnes âgées (OPIAPA), où elle s’est dépensée sans compter.
Une œuvre
inoubliable
C’est en récompense de tant de dévouement qu’Odette Mofy a été décorée le 21 juin 1986 de la médaille de l’Ordre national du mérite.
Le 28 novembre 2001, elle devait recevoir la médaille vermeil régionale, départementale et communale « en récompense de son dévouement au service des collectivités locales ».
Odette Mofy n’est plus. Mais l’œuvre qu’elle a accomplie est telle que les Portois et de nombreux Réunionnais n’oublieront jamais cette femme.
À son époux Roger, qui l’a accompagnée dans toutes ses luttes, à tous ses proches, nous adressons nos condoléances attristées.
Eugène Rousse
Paul Vergès : « une grande Réunionnaise »
Le Président de la Région Réunion, Paul Vergès, a publié hier un communiqué dont nous reproduisons l’essentiel :
« C’est avec une grande tristesse que j’ai appris la disparition d’Odette Mofy, une grande Réunionnaise, une grande figure portoise, dont la vie fut tout entière dédiée à la lutte pour le mieux-être et pour la dignité de ses compatriotes.
À partir du moment où elle s’est engagée, dès 1958, dans l’Union des Femmes de La Réunion, puis en 1959, lors de la fondation du Parti Communiste Réunionnais, elle a mis en œuvre ses valeurs de solidarité active avec une fidélité sans faille.
Cette même détermination s’est exprimée en tant qu’élue municipale du Port à partir de 1971, en tant qu’adjointe à mes côtés, puis avec Pierre Vergès et Jean-Yves Langenier jusqu’en 2001.
Avec une soif de dévouement inépuisable, elle anima avec enthousiasme l’OPIAPA (Organisation portoise d’information et d’aide aux personnes âgées).
Seule la maladie a pu mettre fin à tous ces combats menés tout au long de sa vie et qui nous font, aujourd’hui, un devoir non seulement de mémoire, mais aussi de fidélité à ses engagements en poursuivant son action.
J’adresse à son mari, Roger, qui fut aussi son compagnon de lutte, et à tous ses proches, mes sincères condoléances ».
« Odette Mofy, une combattante courage »
Elle a été de tous les combats politiques, dès la naissance du P.C.R. en 1959. De toutes les luttes pour la cause des femmes, dès la création de l’U.F.R. en 1958. De tous les engagements au service de la population de sa ville du Port, sur plus de trois décennies.
Notre camarade Odette Mofy nous a quittés, non sans avoir déposé dans nos mains un "patrimoine militant" considérable. La section communiste du Port gardera d’elle les innombrables images d’une femme d’un courage hors de pair, d’une disponibilité et d’un dévouement remarquables, d’une fidélité à toute épreuve.
Odette Mofy, c’était la camarade qui assurait chaque semaine la diffusion de "Témoignages", son journal qu’elle soutenait activement chaque année en se "mettant en quatre" pour le succès de la "vignette". C’était la militante qui était restée très attachée à son quartier Titan, animant des années durant sa chère cellule Alice Pévérelly, chez le vieux camarade François Drôle. C’était la dirigeante qui volait de réunion de quartier en réunion de quartier, comme à la Rivière des Galets sous la varangue de chez Imelda Grondin. C’était la femme qu’on retrouvait à la tête de tous les défilés, de toutes les manifestations, sur toutes les tribunes pour galvaniser ses sœurs de combat. (...) Nous rendons hommage à sa mémoire, conscients que sa personnalité généreuse trouvait des échos bien au-delà du Port et même de La Réunion, jusqu’à la France hexagonale, jusqu’aux rivages de la Grande Ile...
Que son mari, Roger Mofy, compagnon de toute une vie, qui l’a toujours soutenue dans son engagement, trouve ici l’expression de notre amitié et tout notre soutien fraternel. Que tous ses proches soient ici assurés de nos sentiments attristés, mais aussi de notre fierté d’avoir œuvré avec Odette au changement de notre société réunionnaise.
La section P.C.R. du Port
Jean-Yves Langenier salue la mémoire d’Odette Mofy
« Une fervente chrétienne
et une militante très engagée »
Nous publions ci-après des extraits de l’allocution prononcée hier après-midi en l’église du Port lors des obsèques religieuses d’Odette Mofy par le maire de la cité maritime, Jean-Yves Langenier. Cette allocution a été prononcée au nom de Paul Vergès, président de la Région Réunion, de la Direction du Parti Communiste Réunionnais et de la municipalité du Port. Les inter-titres sont de “Témoignages”.
C’est sans doute très rare que des élus, une députée et un maire, prennent la parole en ce lieu sacré de la ville du Port. Mais Odette fut à la fois une fervente chrétienne et une militante très engagée. Elle a donc su vivre pleinement sa foi et son idéal politique et c’est pour cela que nous lui rendons hommage ici.
Odette, c’est une femme qu’on rencontrait dans tous les combats : pour la dignité des femmes, pour l’égalité, pour le développement de son pays, pour l’aide aux personnes âgées.
C’est aussi une silhouette familière à beaucoup d’entre nous : tout le temps dans le chemin, au contact de la population portoise.
C’est l’image d’une militante infatigable, soucieuse de son apparence : nous nous souvenons de son élégance sobre, de son fier maintien, toujours bien droite sur ses talons hauts.
La constance
de ses engagements
Quand on déroule le récit de sa vie, on est frappé par la fidélité de ses convictions, par la constance de ses engagements.
Quand elle épouse Roger, en 1947, il y a 60 ans, elle unit sa vie à un cheminot militant, syndicaliste, communiste, elle en partage la volonté de lutte. (...) S’engager, à cette époque, c’était lutter contre les fraudes électorales, contre la violence, contre une répression féroce. Celles et ceux qui ont vécu cette période s’en souviennent et peuvent en témoigner. Odette était au premier rang de ces combats, elle affrontait les coups avec courage.
Elle se dévoue
au service de la population
En 1971, Odette accepte d’assumer les responsabilités d’élue municipale dans l’équipe de Paul Vergès. Quand elle parlait du « camarade Paul », Odette le faisait toujours avec une grande admiration. Là encore, elle se dévoue au service de la population du Port. Elle le fait pendant plusieurs décennies.
En cela, elle a été fidèle à la délibération solennelle du Conseil municipal prise le 2 décembre 1971 sous la présidence de Paul Vergès.
Cette délibération proclamait que « la population du Port (...) doit avoir droit :
- à la ville
- à la nature, et en particulier à la mer,
- à un logement décent,
- à la formation scolaire, professionnelle et culturelle,
- aux loisirs ».
Cette délibération ajoutait que « ce droit collectif de toute la population doit être la base permanente de toutes les préoccupations et de tous les choix du conseil municipal ». (...)
D’importantes
responsabilités
Elle a occupé d’importantes responsabilités dans l’équipe municipale en étant conseillère municipale, puis adjointe de mars 1977 jusqu’à juin 1995, aux côtés de Paul Vergès, de Pierre Vergès et de moi-même.
Toujours soucieuse du bien-être de la population, elle s’est occupée plus particulièrement des affaires sociales en étant présidente du CCAS (Centre communal de l’action sociale).
Elle a aussi œuvré dans le monde associatif en étant Présidente de l’OPIAPA (l’Organisation portoise d’information et d’aide aux personnes âgées). Elle y a déployé ses capacités d’organisatrice et cela, toujours avec enthousiasme, entrain et bonne humeur.
Elle n’a jamais courbé la tête
On le voit, toute sa vie a été tournée vers les autres.
Elle s’est constamment dévouée au service des Portois et des Réunionnais, dans tous les domaines, sous toutes les formes, tant que ses forces le lui ont permis. Elle n’a jamais courbé la tête, fidèle à ses valeurs, courageuse, toujours au premier rang.
Ce fut une grande Portoise et une grande Réunionnaise.
Odette, nous ne t’oublierons pas.
Tu vivras dans la mémoire collective de La Réunion. ».
Une grande militante réunionnaise
Et Huguette Bello, députée et surtout Présidente de l’UFR, prit la parole pour évoquer tout particulièrement le combat de cette militante pour le droit des femmes...
« Bien chère Odette
Dans cette atmosphère de recueillement à laquelle nous invite ce rituel de la mort dans le chœur de cette église qui reste l’un des symboles marquant de l’histoire de la ville du Port, je voudrais en tant que femme m’incliner en toute modestie devant toi. Je voudrais devant tous ceux qui sont ici assemblés, et avant que tu nous aies quittés, te rendre un fervent hommage et te dire notre reconnaissance pour l’héritage moral que tu nous laisse, à nous femmes et hommes de ce pays. Nous le recevons comme un bien précieux parce qu’elle est l’histoire exemplaire de ta vie qui fut une vie de combat pour la justice et le droit, une vie de dévouement à un idéal et à des principes. (...)
Odette un exemple
Dans la bouche de la plupart des responsables de l’UFR à qui j’ai dû annoncer la mort survenue de notre amie, le mot est revenu sans cesse comme une évidence, pour dire, à travers les regrets exprimés, qu’Odette avant tout était un exemple. Un exemple en ce qu’elle était une battante, une ardente, une fidèle, comme elle l’aura été en tout, je crois, aussi bien dans ses fonctions d’élue qu’auprès du Parti communiste réunionnais. (...)
Pour la cause des femmes
Cette cause, Odette l’a épousée dès sa jeunesse. Elle était à l’avant-garde du mouvement d’émancipation des femmes. Elle a été une actrice engagée dans la fondation de notre UFR et elle se trouvait naturellement présente à son congrès constitutif lorsqu’il s’est tenu le 14 septembre 1958 à Saint-Paul. Elle était active dans l’animation et dans les batailles, elle n’a cessé de l’être et, quarante ans après, elle l’était encore et tout autant, jusqu’à ce que, vers 1997/1998, la maladie la contraigne à s’éloigner définitivement des théâtres de l’action. On peut s’imaginer, même si elle a gardé secrets en elle sa douleur et son dépit, ce qu’elle a du ressentir à devoir se résigner à s’arrêter à jamais de monter au front. Dieu sait si ça a du être pour elle comme un grand vide qui s’ouvrait devant elle. (...)
Pour ne s’en tenir toujours qu’à ce que lui doit l’UFR, elle a été en toute détermination, en toute certitude, en toute loyauté de tous les combats que nous avons engagés en faveur des femmes pour élargir devant elles le champs des libertés, pour les aider à conquérir l’égalité qu’on a cessé au long des siècles de leur disputer. (...) Elle était encore et toujours en première ligne dans toutes les luttes que nous avons menées, par l’intermédiaire de l’UFR dans les combats pour l’émancipation de notre peuple à travers la conquête la conquête des libertés publiques, celle des droits sociaux, de l’égalité de traitement que nous exigions pour les nôtres concernant la sécurité sociale, les retraites, le SMIC, la gratuité des cantines scolaires.
Une femme d’exception
Si son terrain d’élection si l’on peut dire, son champ d’action aura été bien sûr en priorité le territoire de cette insoumise qu’est la ville du Port où, du point de vue de la mobilisation de masse. Mais Odette avait une réputation et une influence qui s’étendaient à l’ensemble de l’île. Elle parvenait alors, grâce à la force de conviction et d’entraînement qu’elle portait en elle, à réaliser des exploits.
Cher Roger,
C’est à toi cette fois que je m’adresse et que je prends à témoin parce que tu es de ce point de vue le mieux placé pour le savoir et pour le dire, ce qu’Odette avait en elle des qualités qui font les femmes d’exception, une grande dame à tout le moins comme l’on dit de quelqu’un qui a en elle de la distinction, de la noblesse d’âme, de la générosité. (...) »
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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