Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
25 mars 2013

Ringounardin Anacary Moneyenne, décédé vendredi dernier à l’âge de 94 ans, était un prêtre, et précurseur du bal tamoul à La Réunion. Jean-Régis Ramsamy, journaliste, historien et écrivain, lui a consacré un article dans son ouvrage “Barldon”. En voici des extraits.
Tonton Ringou (ou tonton Lingou) est une personnalité atypique dans le milieu tamoul/malbar de La Réunion. Chacun a entendu parler de lui, cependant, une “zone d’ombre” entoure sa vie privée.
Le nonagénaire saint-pierrois a toujours cultivé ce souci de discrétion, propre aux grands hommes. Tout le monde parle de lui sauf lui. Cette nature timide — modeste —, qui peut paraître au départ déroutante pour quiconque voudrait le voir livrer un long chapitre sur sa vie, est une qualité supplémentaire de Tonton Ringou. D’ailleurs ne répète-t-il pas souvent « moin sé rien », « je n’ai aucun mérite ».
Ringounardin Moneyenne, connu sous le nom de Tonton Ringou, est né le 30 janvier 1919 à Saint-Pierre, fils d’un engagé qui venait du pays Maléalom (actuel Kerala). Ce père de 5 enfants a effectué une partie de sa carrière à l’ancienne usine des Casernes (Saint-Pierre) et aux anciennes forges appelées communément l’atelier mauricien. Très tôt, le jeune Ringounardin, sous la houlette de Ringuésamy Tambouran, ancien commandeur, s’initia au bal tamoul. Parmi les héritiers du bal tamoul dans le Sud, il se rappelle aussi du dénommé Narsaya, chef cuiseur à l’usine du Gol (Saint-Louis).
En 1939, Tonton Ringou qui était aussi poûsâri (officiant), lança son premier bal tamoul sur le site des Casernes devant plusieurs centaines de personnes. En ce jour béni, son professeur et ses parents présents furent agréablement surpris de la prestation qu’il fit de « Sri Mahabarldon Vilāson ». « Des anciens tels Canou Carosse ou Grand Manicon furent émus. Ils découvrirent à leur tour la pièce avec bonheur » . Ce fut le début d’une belle aventure. « J’ai encore 2 élèves. Leur moyenne d’âge est de 70 ans », confie Tonton Ringou [1].
A sa place, d’autres exigeraient reconnaissance et prébendes, mais cela n’a jamais effleuré son esprit. Sa satisfaction ne réside pas dans ces honneurs, mais à un niveau plus élevé dans le champ du développement culturel indo-réunionnais. Malgré son grand âge, l’homme n’a jamais abandonné son combat. Il s’inquiète toujours de la disparition progressive des valeurs d’antan, dont on ne saurait faire l’économie tant les phénomènes de non emploi, d’assistanat — et son lot de délinquance — frappent notre jeunesse.
En 1989 déjà, Tonton Ringou regrettait que « depuis plusieurs années, des écoles ont été créées, des cours de langues, philosophie, civilisation yoga, etc. dispensés. Des gens lettrés sont venus d’Outre-mer développer l’hindouisme dans ses aspects les plus divers.
Combien sommes-nous à La Réunion capables de parler, écrire ou lire le tamil correctement ? (…) Nous avons chanté, ri, dansé. C’est bien, mais ce n’est pas tout. Nous avons une religion, une culture, une tradition. Jusqu’ici, la matière a primé. Nous avons oublié, négligé l’essentiel , c’est-à-dire l’esprit. Si rien ne change, nous risquons d’être, pour un bon siècle encore, des orphelins ».
Le nombre de bals se confond avec le nombre d’années qu’il a mises au service des autres, pourtant Tonton Ringou n’est pas frappé d’amnésie lorsqu’il faut élire le plus beau récit. Inévitablement, il cite Harishandrin : « C’est le plus émouvant. J’ai visité l’endroit en Inde où il est sensé avoir vécu. Je crois que Harishandrin a réellement vécu » .
Nos peines
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