Hommage

« Un vibrant appel à la fraternité »

Message de Paul Vergès à Serge Letchimy

Témoignages.re / 19 avril 2008

Le Président de la Région Paul Vergès a adressé un message de soutien aux proches d’Aimé Césaire et à tout le peuple martiniquais par le biais d’une déclaration adressée à Serge Letchimy, Député-Maire de Fort-de-France.

« L’homme de chair s’est éteint mais le souffle d’Aimé Césaire continuera à animer les peuples d’Afrique et du monde au delà de ses chères îles de la Caraïbe. Aimé Césaire est l’exemple même de celui qui a su par l’universalité de son oeuvre illuminer tous les êtres humains.
Encore jeune étudiant à l’Ecole Normale Supérieure, il construit le concept de la négritude qui donne naissance au "Cahier d’un retour au pays natal", manifeste pour toute une vie. C’est en affirmant sa singularité d’être humain unique, c’est en approfondissant son identité martiniquaise qu’il a élargi sa création poétique, théâtrale et théorique aux dimensions universelles de l’Humanité. Car la proclamation de son identité et la défense de la diversité culturelle ont toujours été accompagnées d’un vibrant appel à la fraternité entre tous les humains. C’est cette valeur fondamentale de fraternité qu’il nous a transmise lors de notre dernier entretien par visio conférence en 2006.
En symbiose avec son oeuvre, il assume les responsabilités politiques de maire de Fort de France et de député. II est hautement symbolique qu’il ait été le rapporteur de la loi du 19 mars 1946 qui a profondément marqué la vie de nos peuples de Guyane, de Guadeloupe, de Martinique et de La Réunion. Cette loi a ouvert l’ère de l’égalité sociale, après l’ère de la conquête de la liberté inaugurée en 1848, date de l’abolition de l’esclavage.
Au delà du combat pour ces valeurs essentielles, il a su allier ses responsabilités politiques et sa créativité poétique en accompagnant concrètement la lune quotidienne de ses compatriotes et en assumant la revendication de responsabilité collective des Martiniquais.
En cela, il a illustré jusqu’à ses derniers moments l’unité d’une vie partagée entre une création intellectuelle à vocation universelle et une lutte sociale et politique de tous les jours. A ce titre, il continuera à inspirer tous ceux qui ont été colonisés et qui veulent aujourd’hui sortir des conséquences de cette colonisation et accéder à l’égalité et à la dignité, inséparables de la fraternité qu’il n’a cessé d’exalter.
C’est pourquoi, à l’heure où tout le peuple martiniquais est rassemblé pour rendre hommage à son grand homme, qu’il sache que, dans le monde entier, des frères et des soeurs communient dans un sentiment unanime d’admiration et de respect pour cette figure essentielle du XXe siècle qui nous éclairera longtemps.
Nous adressons à sa famille, ses proches et ses camarades de combat nos plus sincères condoléances. »