Hommage

« Une veillée poétique autour de la mort d’un grand homme »

Le Port rend hommage à Aimé Césaire

Témoignages.re / 21 avril 2008

Les obsèques d’Aimé Césaire ont eu lieu hier à la Martinique en présence du président Sarkozy. Dans le reste du monde de vibrants hommages ont également été célébrés. En Métropole comme à la Réunion ou en Afrique : le monde entier à tenu dire adieu au poète...

JPEG - 23.9 ko
Les citoyens venus nombreux ont observé une minute de silence avec l’équipe municipale, en hommage à Aimé Césaire. (photo EP)

La municipalité du Port a voulu joindre sa voix au fleuve immense des discours qui ont porté Aimé Césaire jusqu’à sa tombe. Le portrait du grand homme était déployé sur la façade de la mairie et la population est venue entendre la parole du défenseur des opprimés et lui rendre hommage.

« Le miracle d’une parole entendue par tous, quelle joie ! », disait Aimé Césaire. L’hommage qu’a rendu la Mairie du Port au poète samedi matin avait justement l’intention d’inciter le plus grand nombre à entendre la parole du grand homme, à travers ses discours et surtout sa poésie. « Nous souhaitons que tous ceux qui nous ont rejoints ici ce matin repartent avec le sentiment d’avoir vécu, l’espace de quelques minutes, un instant d’éternité à travers la parole d’Aimé Césaire. Nous voulons partager avec vous cette parole rebelle, parole non seulement philosophique mais aussi et surtout poétique qui, tout au long de sa vie, a nourri les combats d’Aimé Césaire. Nous voulons aussi que les jeunes générations se retrouvent dans les mots d’Aimé Césaire, dans le battement de ses mots », a déclaré Jean-Yves Langenier aux citoyens qui ont répondu à l’initiative de la mairie.

L’association Soleil Caraïbes, par la voix de son Président, Denis Charini, et Julienne Salvat, écrivaine et comédienne, a participé à cet hommage en citant quelques vers du poète. Soleil Caraïbes existe depuis 35 ans et représente les Antillo-guyanais de La Réunion. Ils sont environ 4.000 Antillais à vivre dans l’île. Un film, “Regards de mémoire”, a été diffusé dans la salle du Conseil municipal où la population s’est rassemblée. Jean-Yves Langenier a invité les citoyens à observer une minute de silence en mémoire d’Aimé Césaire.

Transformer cet hommage en une « marche pour l’avenir »

Après les discours officiels et le recueillement, la population a pu s’exprimer. Un jeune homme s’est d’abord levé pour prendre la parole, raconter sa propre quête d’identité, métis né comme il l’a souligné d’un père originaire de la Côte d’Ivoire et d’une « rose ». « Merci à Aimé Césaire d’avoir fait résonner en nous la voix de nos ancêtres », a-t-il déclaré.
Une femme, qui venait de perdre son père il y a quelques jours, a tenu à être présente pour cet autre Père qu’est Aimé Césaire. Et c’est à travers un chant en créole qu’elle a retenu l’attention de la salle, et que chacun a fini par entonner avec elle cette romance. Nègre, Noir, Cafre... autant de mots qui ont circulé dans la bouche des citoyens présents, suscitant un début de réflexion, du moins un questionnement sur notre identité et sur le sens de la parole de Césaire.

Denis Charini a invité les Portois à poursuivre cet hommage, à venir discuter de la vie de Césaire à l’association Soleil Caraïbes, dont le siège se trouve au Port. Le maire a pour sa part précisé que la place située devant la médiathèque Benoîte Boulard porterait le nom d’Aimé Césaire. « C’est l’une des plus belles places de la commune, pour Aimé, nous ne pouvions pas faire moins que cela », a dit Jean-Yves Langenier. Une journée autour de l’œuvre du Martiniquais sera prochainement organisée à la médiathèque pour continuer la réflexion. Jean-Yves Langenier y tient particulièrement et il explique pourquoi : « Il nous faut semer les mots d’Aimé Césaire pour que germe et s’épanouisse une conscience politique engendrée par le cri de révolte contre toute forme de racisme et d’oppression, cri sorti de la gorge d’Aimé Césaire et qui lui survivra. C’est de cette façon que vous serez en parfaite harmonie avec la parole d’Aimé Césaire. C’est de cette façon que nous aurons accompli un hommage fécond dont les effets se prolongeront dans le temps et l’espace ». Un Livre d’or est mis à disposition de la population à l’entrée de la mairie.

Edith Poulbassia


Extrait d’un discours prononcé par Aimé Césaire en 1950 sur le colonialisme

« Moi, je parle de sociétés vidées d’elles-mêmes, des cultures piétinées, d’institutions minées, de terres confisquées, de religions assassinées, de magnificences artistiques anéanties, d’extraordinaires possibilités supprimées.
On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemin de fer.
Moi, le parle de milliers d’hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l’heure où j’écris, sont en train de creuser à la main le port d’Abidjan. Je parle de millions d’hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la danse, à la sagesse ».