Il était une fois

il était une fois....le gouverneur Vauboulon.

Georges Gauvin / 24 mars 2009

1692 : le gouverneur Henri Habert de Vauboulon, meurt dans un cachot de l’île Bourbon, où ses administrés l’avaient enfermé deux ans auparavant. Personne, pour lui, n’avait porté le deuil, ni trempé son mouchoir de larmes. Les colons de Bourbon semblaient soulagés. Enfin, une triste histoire qui prenait fin.

Le pouvoir lui était monté à la tête !

Pourtant, c’étaient les colons de Bourbon eux-mêmes qui avaient supplié la compagnie des Indes de leur donner un gouverneur, un vrai de vrai avec les pouvoirs qui vont avec. Le roi avait fini par céder à leurs suppliques et avait désigné Vauboulon, à ce poste, Henri Habert de Vauboulon, avec tous les pouvoirs : si en France, il y avait le roi, dans la colonie, il y avait le gouverneur. C’était sans doute cela qui lui était monté à la tête. Le voici décidé à mâter ces têtes dures, ces anciens forbans, ces paresseux, opportunistes et profiteurs de tous acabits.
Il allait se donner les moyens de leur faire filer droit, de cesser d’attraper les oiseaux à la glue, de passer leur temps à pêcher au lieu de travailler la terre qui leur avait été si généreusement remise. Ah ! Ils allaient en voir de toutes les couleurs, ces gens qui ne savaient même pas prier Dieu, faire le signe de la croix, même pas signer leur nom.
Et les règlements n’allaient pas manquer : des quantités, sur tout et à propos de tout.. Certes, tout n’était pas mauvais, mais trop, c’est trop : voyez vous-mêmes !

Ce n’était pas une façon de faire !

Pour commencer il fut interdit aux colons de se tenir éloignés de leur domicile plus de quinze jours et vagabonder. Puis, la chasse fut limitée à une journée par semaine alors que c’était leur plus grand plaisir ! Il fallait que les enfants soient inscrits à l’école et pour les jeunes gens et jeunes filles, sans éducation religieuse, pas question de se marier et même s’ils ne savaient pas lire et écrire
Ajouter à cela, sa manie de commander, aux uns et aux autres, d’ordonner tout et n’importe quoi ! Avec, en plus de tout cela, sa soif d’argent : il fallait payer pour garder sa terre, payer pour retrouver sa liberté après avoir été arrêté sans raison réelle. Il fallait remettre au gouverneur de l’argent, des poulets, des cochons, du riz, des bijoux etc… Autrement, aucune chance de recouvrer sa liberté, de revoir le soleil. Pire encore, une fois le mari jeté en prison, le gouverneur entourait la femme de ses assiduités, et "cajolait l’épouse" comme on le disait joliment l’époque.
Ce n’est pas tout, le voici qui se mêlait des affaires religieuses. Selon lui, il était le supérieur du prêtre, ne serait-ce que pour s’approprier une part de la quête. Il obligeait le prêtre à lire en chaire le sermon qu’il avait lui-même rédigé !
Mais trop, c’est trop !

Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin, elle se brise !

Cela s’est passé un dimanche pendant la messe dans l’église de Saint-Denis. Le père Hyacinthe commençait à officier alors que le gouverneur faisait son entrée. Il y avait là des gens de Sainte-Suzanne, mais que faisaient-ils donc là ? Le gouverneur n’en avait cure et voilà que trois hommes lui sautaient dessus tandis que le père Hyacinthe continuait imperturbablement l’office en latin et lorsque Vauboulon criait qu’on était entrain de l’assassiner, le prêtre n’entendait rien. Le secrétaire du gouverneur essayait bien de s’emparer de son épée, mais on sans succès.
Lorsque le gouverneur était maîtrisé, le père Hyacinthe, enlevant son aube s’écriait :
« Attachez- moi ce bandit ! Ce voleur ! Cet homme qui ne respecte ni le roi, ni l’église ». On l’attacha et on le conduisit en prison et tout le monde s’en retourna à la messe. Celle-ci étant terminée, le drapeau du roi fut hissé et l’on tira sept coups de canon... et on fit la fête !

Epilogue !

La suite fut moins glorieuse : Vauboulon mourut, semble t’il, empoisonné. Firelin fut jugé et pendu, les autres conjurés furent condamnés aux galères et le père Hyacinthe fut remis à sa congrégation.
On voit que les Bourbonnais, de tous temps, n’étaient pas des enfants de cœur, que la Compagnie des Indes n’était pas la meilleure gestion pour nous et quant à Vauboulon, il ne fut pas le dernier des profiteurs, des dictateurs, que notre île ait eu à connaître. Sûr que chacun de nous a, aujourd’hui encore, en mémoire un ou plusieurs Vauboulon dont l’inventaire de la malfaisance n’a pas encore, hélas, été fait !

G. et R.Gauvin