Il était une fois

Il était une fois... le p’tit train longtemps

Zarboutan nout kiltir

Georges Gauvin / 3 mars 2009

Il arrive parfois qu’une brise vous ramène, allez savoir pourquoi, des bouffées d’odeurs d’un temps révolu qui vous montent à la tête et vous picotent les narines.

Souvenir, souvenir !

Si l’on évoque le p’tit train longtemps, les plus de cinquante ans vont tout de suite sentir l’odeur tenace et permanente du charbon de terre... mais au-delà, il y a bien aussi celles des tamarins de l’Inde de La Possession ou bien d’ailleurs, des embruns marins lorsque la brise du large rentre à l’intérieur des terres… ainsi que celle épaisse et chaude du sirop qui bouillonne dans les cuves de cristallisation du sucre. Et puis, il y a encore le parfum léger des raisins de mer… Au bout du compte, chaque endroit, chaque ville, chaque quartier a ses propres odeurs. Ajouter à cela les odeurs de soleil, de vacances, de liberté, de l’insouciance du temps de l’enfance ou de l’adolescence.

Odeurs, images et bruits !

Il y a aussi ces images qui défilent, comme celles d’un vieux film, avec ses couleurs, ses mouvements, sa musique et les bruits de conversation ou autres qui accompagnent tout cela.
Dîtes donc, mes bons amis… vous souvenez-vous de cela ? Vous souvenez-vous du train qui pénètre dans le tunnel ? Vous souvenez-vous de votre cœur qui bat la chamade ? Du wagon qui balance de droite et de gauche, comme désarticulé, et puis de la petite lumière qui n’éclaire rien d’autre qu’elle-même, si faible lueur. Vous souvenez-vous du fait-noir, de l’enfer, de cette éternité d’au moins vingt minutes… et tout à coup du coup de sifflet libérateur, de la grande lumière et du train qui, à nouveau, fend le fait-clair du jour. Fini le tunnel ! Enfin sauvés !
Vous souvenez-vous de votre grand soulagement ressenti, de votre respiration qui revient, du cœur qui reprend peu à peu sa place. La vie est prête à nouveau à redémarrer !

Jujubes, galettes de noix de coco, bonbons fondants !

Non ! ne me dîtes pas qu’aujourd’hui encore, vous n’entendez pas les bruits du train engagé à fond dans les descentes ; il accélère, il fonce à bride abattue et fait chanter ses roues de fer sur les rails et répète inlassablement : « du feu dans les cannes ! du feu dans les cannes ! du feu dans les cannes ! ».
Ce n’est pas toujours comme cela, parce que la chenille de métal est bien moins à l’aise dans les montées, grandes ou petites ! Il faut voir comment elle peine, comment elle se plaint, comment elle geint, comment elle crie au secours : « plus capable ! plus capable ! plus capable ! ».
Ne me dîtes surtout pas que vous avez oublié, lorsque le train s’arrête dans une gare, toute cette meute d’hommes et de femmes, de marchands et de marchandes qui entourent la longue chenille de métal avec leurs paniers chargés de jujubes, de galettes de coco, de douceurs fondantes, de mangues vertes salées et pimentées et tout ce qui suit. Vous n’avez pas au moins oublié les moques d’eau que l’on vous vendait pour quelques katsou !

Un train qui dit l’heure qu’il est !

Lorsque les gens n’ont pas de réveil, à quelle heure ils rentrent en classe ? A quelle heure la récréation ? A quelle heure sonne-t-on la cloche pour la sortie des enfants ? Le train, mes amis ! C’est le train qui a permis tout cela !
Ne me dîtes pas que vous avez oublié le grimpé dans les arbres de la cour pour dire l’heure de la rentrée en classe, de la grande récréation, du repas à la cantine, et de la libération, le soir, pour rentrer à la maison !
Ne me dîtes pas non plus que vous n’avez plus en mémoire l’image du journalier s’appuyant sur sa pioche pour s’étirer un peu et contempler en même temps le passage de la chenille noire longeant la côte.
A cette époque, il n’y avait presque pas de bruit, alors, écoutez le long sifflement du train sur la côte pourtant éloignée ! Ces trémolos-là, ça ne s’oublie pas !
Ce temps-là, c’était notre beau temps, notre temps béni !

C’est la lutte finale !

Quelque chose que j’ai vu de mes yeux, c’est le défilé des employés du train et des dockers, poing levé, marchant comme des soldats, de la place du gouvernement à la Mairie de Saint-Denis, et les voix puissantes chantant “l’Internationale”... Cela faisait peur à certains, d’autres au contraire se sentaient revigorés : on battait des mains, on criait avec les gamins de notre âge, et on chantait : « l’Internationale sera le genre humain ! ». L’accordéon, la grosse caisse et le jazz se donnaient à fond dans la camionnette et les enfants de chanter tout juste quelques paroles de “l’Internationale”.

Et un jour, plus de train !

Ce train-là, train de notre jeunesse, train de la vie, de l’espoir, et un jour, cependant, train de mort… c’est fini, il n’y a plus de train… Bien sûr, on a dit que cela coûtait trop cher et il y avait désormais de l’essence, des routes, des voitures et des camions. C’est bien pratique le progrès ! Et puis, tuer le train, c’est aussi se séparer de cheminots, et d’employés trop revendicatifs, de syndicalistes, ce qui n’était pas pour déplaire à tout le monde.
Maintenant, regardez un peu comme tout cela est moderne ! Comment les routes goudronnées tranchent les montagnes, ravinent la terre et les voitures qui filent, qui filent et filent encore ! Filer ou bien faire du sur-place ? Mais ne voyez-vous donc pas que nous sommes en train de crever sous l’asphalte ? Lorsque l’on quitte la maison pour se rendre au travail de bonne heure, que l’on rentre chez soi de plus en plus tard, l’un derrière l’autre, derrière l’autre, derrière l’autre encore… ne pensez-vous pas que nous sommes devenus un troupeau d’escargots, dans leurs coquilles de fer ?

Pourquoi pas le train ?

Qu’est-ce que j’ai entendu l’autre jour, voilà que les grands se sont mis ensemble pour parler de la question des transports, et qu’est-ce que j’entend ? Des gens bien d’émettre l’idée, de déclarer ingénument : « Et si on faisait un train ? ». Voilà une idée qu’elle est bonne ! La solution viable, économique, pour sortir de l’impasse !
Vous entendez cela ? Vous voyez comment l’histoire est étrange, et je vous jure que l’on va peut-être finir par où on a commencé !

G et R. Gauvin

NB : Le 11 février 1882, on inaugure 123 kilomètres de voies ferrées reliant Saint-Benoît à Saint-Pierre ; ainsi commence l’aventure du p’tit train longtemps.


Lavé in foi... le ti-trin lontan

Souvénir, souvénir !

Souvan dé foi, in souvnir, konm inn ti briz, i sort dann tan lontan i armont a la tèt é avèk sa in bon pé l’odèr i dig-dig le né.
Si ni di “ti-trin lontan”, moin lé pliské sir bann moun nana sinkantan a monté, i san tout suit l’odèr sharbonn tèr, mé si i ral l’odèr, i pé myé, in pé plis a-fon, si i ral ankor, kosa nana an plis ké sa ? Sa, kosa i lé ? Sa tamarin l’Inn kan i atak la kot La Posésyon. Kosa i lé sèt-la ? Sa la mèr, koté Kap la Houssaye ou byin d’ot landroi kan lo van i sort la grann mèr, épi i rant byin dan la tèr. Sète-la ? Sa i kol déssi la po, in l’odèr lour k’i sort dann bann kiv k’i bouyone dann lizine : sa la pa siro la kuit ? Épi, rézinn mèr, épi ankor l’odèr four-a-sho. Finn kont, tout kartyé, tout landroi nana son l’odèr, dann l’ès konm dann l’ouès, lo sid konm lo nor… mé sirtou in parfin’vakans, in l’odèr d’libèrté, d’solèy, l’odèr dann tan nou lété ankor marmay, ti-marmay, moiyin épi gran marmay.

Bann l’odèr, bann z’imaz é bann brui !

An plis ké sa, nana zimaz k’i défil, konm k’i diré in film dann tan lontan, èk son koulèr, son mizik é bann kozman i sava ansanm.
In ! Mon bann zami, In ! Mon bann dalon ! Zot i ansouvyin sa ? É zot i ansouvyin kan lo trin té i anbèk dann tinèl, konm lo kèr té ki bat dann do ? Zot i ansouvyin kan lo konpartiman té i balans-balansé, té i kalang-kalangé, épi lo pti lanp lété si tèlman fay, té niabou éklèr aryink li-mèm ! Épi, fénoir, lanfèr, in létèrnité pandan… vin minit o moin. É tou-d’in kou : tiout ! In gran kou d’siflèt ! In gran limyèr ! Sové ! La tinèl lé fini !
Zot i ansouvyin lo soulazman, la réspirasyon kan té i arvyin, lo kèr kan sa té i ropran son plas, la vi té paré pou ardémaré !

Zizime ! bonbon koko ! fondante !

Oté ! di pa moin zot i antan pa koméla ankor koman, dan la désant, lo trin té i donn di gaz, té i pèz a plat, té i mète dovan. La rou an fèr té i shant déssi lo ray : ti trin té i fish épi té i répèt é i arpèt ankor :
« Do fé dann kann ! do fé dann kann ! Do fé dann kann ! ».
La pa toultan, pars kan lavé in monté, in gran konm in pti, té i falé oir koman li té i ral son kor ! Koman son shanté té pi parèy ! Koman li té i souplègn ! Li té i kri sokour !
« Pi kapab ! Pi kapab ! Pi kapab ! ».
Di pa moin zot la bliyé kan lo trin té i arète dann in gar, tousa bann madam, bann mésyé, bazardyé, bazardyèz té i antour lo gran sheniy avèk z’ot panyé zizime, bonbon koko, fondan, mang karot piman-désélé, é touskisansui ! Ziska mok dolo té i vann pou dé pti katsou !

In trin pou konète l’èr k’i lé !

Kan la plipar d’moun l’avé poin révèy, kèl èr i sava lékol ? Kèl èr la ré kréasyon, kél èr i sonn la klosh pou alé manzé, pou ar-rantré épi pou alé la kaz ? Lo trin, mé z’ami ! Di pa moin zot la bliyé kan la métrès té i anvoy azot mont déssi pyédboi pou oir si lo trin i pas !
Di pa moin zot i an souvyin pi kan bann zournalyé té i apiy déssi la piosh pou dépliy in pé lo rin fatigué épi pou rogard lo shoniy noir pas an ba bordmèr ? Dann tan-la, lavé près poinn dézord é té i antann, mèm in pé dan lé o, mèm kan ou lété in pé loin, lo trin apré fé tiououout ! Tan-la té nout bo-tan ! Tan-la té nout tan béni !

É la lite final !

Anfin in n’afèr, moin la vi : sé bann travayèr lo trin, épi bann dokèr, kan sa té i sort lo Por, té i mont dépi la préféktir, konm solda, an ran, lo poin lévé épi té i shant “l’intèrnasyonal”. Sak lavé pèr l’avé pèr, sak lo kèr té anbalé té anbalé… shakinn na son lopignon ; La myènn té i pous amoin pou bate la min, pou kriyé, é pou shant avèk tout marmay mon laz : « L’internationale sera le genre humain »… kordéon, gros kès épi jaz dann kès kamyonète té i donn lo son, é moin dann mon kèr marmay, moin té i répète : « l’intèrnasyonal sora lo zanr imin ! ». A ! Moin té i koné pa tout, mé zis asé pou kontant amoin !

In zour, pi d’trin !

So trin-la : trin nout jènn tan, trin la vi, trin léspoir, in zour solman lo trin la mor… Té fini, la pi lo trin ! La di té i rovyin tro shèr épi la guèr lé fini, é lavé lésans an kantité, la fé shemin, lashète loto, kamiyon… sa té i pas partou, lété pratik. An pliské sa, tyé lo trin, sété fini avèk la ras bann shomino, bann sindiklis… a jujé si in pé lété kontan !
Astèr, rogard in pé lo modèrnis : shomin blaké partou, katvoi i transh la montagn, i farfouy la tèr La Rényon. Loto i filosh, i filosh… kèl filoshé ? Zot i oi pa zot mèm nou l’apré toufé déssi shomin blaké ? L’èr k’i sava travaygranmatin bonèr, l’èr k’i rant la kaz déssi lo tar, inn déyèr l’ot, déyèr l’ot, déyèr l’ot ankor, ni arsanm zéskargo dann nout kokiy an fèr.
Dan tousala, alé pa kroir moin lé kont le progré ! Non va ! Moin lé pa kont la modèrnis ! Mé mi di so bann moun la kalkil sa dan lé zané sinkant, o moin noré pi mazine mèt in bon rézo ranspor an komin. Astèr, nou lé mayé dan la kol zak, la pa moiyin démay anou !

Akoz pa in trin ?

Kosa mi antan lotrozour ? Ala pa k’bann résponsab la mète ansanm pou tash moiyin trouv in solisyon pou tir anou dan so lanboulkidi : la di si, la di la, la parl transpor an sit-prop… ala k’inn dann ta la trouv in bon l’idé, in l’idé mazik ;
Li la di : « vou zot, mé z’ami, akoz pa in trin ? ».
Zot i antann sa marmay ? Zot i oi listoir koman k’i lé : li anroul déssi li-mèm, épi li déroul ; Pli for k’in sèrpan !
Vèy azot byin, so zistoir transpor-la lé riskab fini par landroi li noré di komansé !

G et R. Gauvin