Ki kré Kraké, Sat i kré fé pété

Voyage dans les noms d’origine indienne

Sortie du livre "La galaxie des noms malbar" aux éditions Azalées

Témoignages.re / 21 avril 2006

Un Nadarassin journaliste, vous connaissez ? Ramsamy porte aussi ce nom. Le livre historique que notre confrère de RFO signe aux éditions Azalées, illustre bien toute la richesse d’une partie des patronymes réunionnais. Avant tout, nous devons saluer tout le sérieux du travail de Jean-Régis Ramsamy-Nadarassin qui nous restitue tout un pan de notre histoire créole.

"On se souvient de racines ancestrales, parfois on ré-interprète l’histoire familiale, à défaut de posséder de réels souvenirs", postface Christian Vittori, qui enrichit - c’est un constat - notre richesse multiculturelle réunionnaise. Force est de constater que - en dehors des clivages conceptuels et linguistiques - sa ligne éditoriale nous propose une ouverture sur l’univers créole réunionnais, nourri sur les terres ancestrales. L’Inde y tient une place, non la moindre. Après 25 ans d’actes de publication, Azalée éditions enregistre la parution d’environ 200 titres pour 70 auteurs (dont 30 décédés), le suivi d’une dizaine de films, l’animation d’une centaine de rencontres poétiques "avant même les kabar-poèm", indique-t-il. Christian Vittori déclare travailler sur des sujets pertinents pour la construction identitaire réunionnaise. "Nous voulons donner des éléments identitaires forts, qui aident au développement économique, culturel", déclare-t-il. Et celui-ci d’interpeller "Il serait bon qu’une des instances dont c’est la fonction suscite une réunion des gens qui font le métier d’éditeur, en tenant compte quand même de l’importance du cheptel". Sa collection d’ouvrages comporte des ouvrages particulièrement intéressants. Celui de Jean-Régis Ramsamy-Nadarassin l’est en tout point.
"Le nom est un marqueur identitaire fort pour les Réunionnais d’origine tamoule", dit Christian, et dit-il faux ? Je ne le crois pas. C’est le principe pour chaque Réunionnais. Mon vrai nom est Texeira da Motta. Qui s’en souvient ? Je signerais Techer. Qui donc s’est intéressé aux patronymes malbar, je me le demande. Sudel Fuma, professeur réunionnais en histoire contemporaine, spécialiste de l’esclavage, directeur de la Chair UNESCO de l’Université de La Réunion, ne tarit pas d’éloges pour l’auteur, qui nous invite à voyager sans complexe dans une histoire qui est nôtre. La nôtre. Faut-il encore savoir la lire ! Encore merci Jean-Régis, encore merci Christian. Vous ouvrez les yeux d’un peuple sans connaissance. A qui la faute ? C’est peut-être la mienne ! ou nous autres, journalistes, historiens, qui ne disons rien. Merci à toi Jean-Régis, c’est important de le dire.

Un brillant livre d’histoire

En quoi ce livre est-il intéressant ? Il livre une histoire que nous connaissons peu, ou très mal. Volés, altérés, érodés, les noms indiens se sont dilués dans un système français qui ne cédait place à aucun compromis. Ces noms - fussent-t-ils divins - furent déformés, modifiés, volontairement ou inconsciemment, "mais résultant d’un processus historique lié au contexte de colonisation française de l’Ile de La Réunion au 19ème siècle", préface l’inconnu. Jean-Régis Ramsamy-Nadarassin, en bon serviteur de la langue et de la culture réunionnaises, nous livre en 283 pages une histoire réunionnaise à lire, à dévorer, à étudier. "La galaxie des noms malbar" éclaire l’évolution des noms indiens à La Réunion, depuis l’arrivée des engagés venus de ses contrées. Lecteurs, prêtez bien attention aux métiers, aux castes, aux régions d’origine, qui s’éclipsent derrière un nom malbar. Ne t’inquiètes pas cher Ramsamy, je laisse toute la liberté aux lecteurs de le vérifier de lecture. Ils ne s’en sortiront que mieux. Ils éprouveront - je le sens - une douce perception de notre richesse créole. Tu traduis divinement l’esprit même réunionnais, l’âme indocéanique. En te lisant, j’ai pu de nouveau constater que le patronyme indo-portugais que je porte dissimule mal mes origines, malgache, malbar aussi. L’Inde aujourd’hui m’ouvre ses portes. Je le sais. Suis-je réunionnais ?
Lecteurs, cherchez cet homme, cet artiste, ce chercheur, ce Réunionnais d’origine indienne qui écrit. Sa plume est vive et fine, son propos agencé, sa démonstration affûtée, son histoire avérée. Pourquoi nous priver d’une telle lecture ? Je ne parcours plus tes lignes, je m’imagine moi-même et tes souvenirs qui sont miens me reviennent aujourd’hui. Qui, comme moi ? Alors, lisez. Tout bon libraire doit l’avoir en bibliothèque. Je ne peux que vous recommander la lecture de ce corpus d’un intérêt salvateur, qui attise un fanal près de l’Inde. Qui pourrait se vanter de n’avoir que du sang bleu, blanc ? Rouge ?

Bbj


“ Mots créoles d’origine tamoule ”

(Selon le lexique du créole à dominante tamoule, de Firmin Lacpatia, Azalées Editions, 2005 mots conservés dans la graphie de l’auteur)

Achard : (indo-portugais) Préparation de légumes, fruits ou racines, avec du piment, sel, vinaigre, et autres aromates
Aka : (tamoul) sœur aînée
Anin : (tamoul) frère aîné, grand frère
Arack, arak, rak, larak, la raque : (hindi) liqueur fermentée obtenue avec le jus de canne. Boire la raque : boire du rhum. Chiffon la raque : alcoolique. La raque i bouille dans mon corps : l’alcool m’excite. La raque i ronfle dans mon coco : l’alcool m’échauffe la tête. Raquer : boire du rhum. Tombe dans la raque : devenir alcoolique.
Argamasse : (indo-portugais) mortier - aire à sécher - aire de battage
Baba, Ti-Baba, Baba-tann : (indo-portugais) petit enfant, ou degré de maturité d’une plante, ou sobriquet
Bancassale : (tamoul) abri pour canots, câbles et cordes
Bandège, bandèz, bandèse, bandaize : (indo-portugais) Autrefois sorte de table à thé. Baquet, bassine en fer-blanc utilisée pour la lessive ou pour les ablutions
Baccis : pourboire (mot très peu usité)
Bazar, bazard : (indo-portugais) marché, étalage de légumes, contenu du panier de la ménagère. Bazardier : marchand de légumes
Bobine : Tambourin en forme de bobine utilisé lors des cérémonies hindouistes. (Syn. Oulké, téléphone bondié). Bat bobine : invoquer les esprits ou s’adonner à la sorcellerie. Batteur de bobine, bobineur : sorcier.
Brède : (indo-portugais) Plantes dont les feuilles cuites accompagnent le plat de résistance qu’est le riz. Gagner ses brèdes : toucher son salaire
Cagnard, kagnar, kanyar : (hindi) jeune gens, jeune fille - fainéant - voyou - femme facile
Cal, kal : (tamoul) jambe, faire un croc-en-jambe (passer un cal), faire une jambe
Caloubadia, kaloubadia : (gujrati : Kakou badia) Marché noir, trafic. Kaloubadia dann tant kouvèrt : marché noir. Fé in kaloubadia : improviser, se débrouiller - faire une affaire louche (syn. Roul in kaloubadia). Koz an kaloubadia : parler d’une façon obscure
Carri, carry, kari, carik, curry :
(tamoul) Plat dans la préparation duquel entre de la poudre de curry. L’expression Rouler carri sou le riz serait indienne, signifiant tromper, tricher.
Cipaye ou sipaye : grand homme
Engagé, zengagé, zangazé, zangajé : nom donné aux indiens qui ont travaillé sur les plantations après l’abolition de l’esclavage et munis d’un contrat.

(à suivre)


“Zargné dan la nuit”

Zargné dan la nuit zétoil i mars
La pat i ral lot koté bato
Nésans nésans dan la kal
La mèr la lav lo prénon
Le sèl la blansi lo non

Roulo zèsklav roulo zangazé
Lé fé la tèr la fé lo tan
La koul lo non sou solèy Maïdo
La koul lo non dann gran koudvan
Roulo zèsklav roulo zangazé
La fé la tèr konm in kado

E non prénon
Prénon trouvé
Prénon forsé
Non amaré
Prénon largé
Prénon prété
Prénon kasé
Prénon frodé
Non malozé
Prénon karné

La antèr dann bitasion
Bann non lot koté la mèr
Lé fé fonn dann lo batèm
Lo prénon tout bann momon
La mèt goudron si somin

E non prénon
Non désiré
Prénon sabouk
Prénon la vièrz
Non prénon kalandrié
Non prénon fèt nasional
Prénon patron
Prénon la mès

Plas vid pou lo non kolonial
In plas pou lès lo prèt batizé
Prénon légliz prénon fransé

Mé kilé bann prénon la vi
Prénon lo van prénon la tèr
Prénon maron si la montagn
Non Zanzibar
Prénon Madras
Prénon Lafrik
Non Kalkita
Prénon tandrès
Prénon lamour

Mé okilé lo non out prénon
Kan ou sava in ot koté
Kan ou maliz somin losièl
Kan ou la arèt rod dan la sours
Lo non lo prénon out péi

Carpanin Marimoutou - “Zargné dan la nuit”, extrait du recueil "Narlgon la lang", édité en octobre 2002, aux éditions K’A