Changement climatique

Berguitta rappelle l’importance d’un aménagement du territoire adapté

Heureusement qu’une masse d’air sec a préservé La Réunion d’un cyclone intense

Manuel Marchal / 20 janvier 2018

Les dégâts causés par la tempête tropicale Berguitta posent à nouveau la question de l’aménagement du territoire à La Réunion.

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Pendant plusieurs jours, le Sud de La Réunion a subi de fortes pluies sous l’influence de la tempête tropicale Berguitta. Heureusement que ce cyclone intense a perdu une grande partie de sa force lors de sa traversée d’une masse d’air sec entre Rodrigues et Maurice, sinon les dégâts eurent été encore plus importants. Ils sont pourtant considérables. Des ravines ont débordé de leurs lits. Des routes et chemins se sont transformés en ruisseaux. Des éboulis ont barré des routes et continuent de menacer. Le retour à la normale sera long et coûteux, et ce n’était qu’une tempête tropicale passée à quelques dizaines de kilomètres du Sud-Est de La Réunion, pas un cyclone qui a traversé l’île.

L’exemple de la route des Tamarins

La force de l’eau reste le principal problème. Les solutions sont pourtant connues pour protéger les habitations et les voies de communications : endiguer les ravines, remplacer les radiers par des ponts, ne pas construire en zone inondable et s’éloigner de la falaise. Il est à noter que la route des Tamarins est restée ouverte pendant toute la durée de l’épisode pluvieux. C’est la preuve qu’elle est adaptée aux phénomènes climatiques extrêmes. Force est de constater que si ses opposants étaient arrivés à leurs fins, la circulation serait extrêmement difficile entre le Nord et le Sud, axe de communication reliant les zones les plus fortement peuplées de notre île. En effet, l’ancienne RN1 qui passe par les bas a été inondée à plusieurs endroits.

Au sujet des routes, le passage au large de Berguitta rappelle l’importance de prolonger la route des Tamarins par une liaison de moyenne altitude toute aussi sécurisée. Ainsi les conséquences d’une tempête seraient minorés car une fois l’alerte levée, il n’y aurait pas de problème de circulation pour les habitants des régions à mi-pente. Or, c’est précisément à cette altitude que la logique impose l’implantation des constructions nouvelles qui devront accueillir les 200.000 habitants supplémentaires que comptera notre île au cours des 20 prochaines années.

Radiers et ravines

Dans l’immédiat, la priorité reste la protection de la population. Cela passe par la sécurisation des passages de ravine, et l’endiguement des cours d’eau. En effet, un Réunionnais sur trois vit dans une zone à risque. Le déplacement d’une telle population dans un espace aussi contraint que notre île est impossible. Il est donc nécessaire de s’adapter aux effets des cyclones. C’est ce défi qu’a relevé Le Port en réalisant l’endiguement de la rivière des Galets. Cela a permis la fin de la menace d’une crue cyclonique pour les habitants de plusieurs quartiers du Port. Cela a aussi dégagé des terres qui peuvent être mises en valeur car la menace de l’inondation n’existe plus.

L’autre chantier reste le remplacement des radiers par des ponts. Ces zones sont les plus dangereuses lors des fortes pluies, à cause de tentatives imprudentes de franchissement de radiers submergés par des automobilistes. Elles obligent aussi à des travaux récurrents après chaque forte pluie. Certains radiers sont d’ailleurs surnommés « radiers fusibles », ce qui veut dire qu’à chaque fois que le débit de la rivière dépasse un certain niveau, ils sont systématiquement emportés. À chaque fois, il faut reconstruire la route. Ce sont des dépenses qui seront évitées si un pont est construit, apportant une solution définitive et sécurisée à ce problème.

Chantiers créateurs d’emplois

Ces chantiers supposent la mobilisation de financements. La COP15 à Copenhague avait ouvert la voie à un fonds abondé par les pays responsables du réchauffement climatique actuel, afin que les pays en développement puissent investir dans l’adaptation au changement climatique. En tant qu’île tropicale et ancienne colonie, La Réunion partage la vulnérabilité de nombreux pays dans le monde. Comme ces derniers, notre île n’est pas responsable du changement climatique, mais elle en subit les effets. Cela se manifeste notamment par la sécheresse, et aussi par la menace toujours plus proche des cyclones tropicaux très intenses. La zone d’évolution de ces derniers se rapproche en effet de nos côtes, sous l’influence de la hausse de la température moyenne de l’océan.

Aussi les financements doivent aller prioritairement vers la protection de la population. Ce sont également des chantiers créateurs d’emplois. Mais relever ce défi suppose des choix. Le plus important investissement en cours est une route en mer construite en dépit de la réalité du changement climatique. Située en zone tropicale, elle est condamnée par la montée du niveau de la mer et la violence des cyclones. Mais ces promoteurs continuent de défier cette réalité, et orientent les investissements publics vers leur réalisation au détriment d’autres chantiers bien plus utiles tels que l’endiguement des ravines ou la sécurisation des radiers.

Faire d’autres choix

Le passage au large de Berguitta a fait d’importants dégâts. C’est un avertissement important car si une masse d’air sec ne s’était pas trouvée sur la trajectoire de ce qui était alors un cyclone tropical intense, c’était une bien plus grande catastrophe.

Gageons que cet avertissement soit bien compris par les pouvoirs publics qui ont la responsabilité de décider de l’orientation des investissements. Berguitta rappelle en effet que la priorité reste un aménagement du territoire adapté à la réalité climatique présente et à venir de La Réunion.

M.M.